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Yvon est tout mêlé

J’ai revu mon ami Yvon au dépanneur. Il avait pensé voter par anticipation lundi, mais il va prendre encore quelques jours pour y penser.

Je vous ai déjà parlé de mon chum Yvon qui habite à deux pas de chez moi. Yvon est comptable. Un gars de chiffres. Tellement qu’il amène son livre de sudoku quand il s’enferme dans sa salle de bain.

Quand j’étais député, Yvon votait pour moi. Un vrai bon gars, je vous dis. Yvon trouve que la souveraineté serait plutôt une bonne chose, mais disons que ce n’est pas la première chose à laquelle il pense en se levant le matin.

Yvon est un gars raisonnable à tous points de vue, sauf quand il frappe ses balles de golf début avril avec une tuque sur la tête.

Yvon accepte le mariage gai, mais n’aime pas trop les fesses à l’air du défilé de la fierté gaie. Comme il dit, ni lui ni Doris ne grimpent sur un char allégorique pour montrer leur derrière.

Yvon n’a pas de problèmes avec les immigrants, mais il se pompe vite dès qu’il est question d’aménager des locaux de prière. Qu’ils aillent prier à la mosquée comme ma mère va prier à l’église, me lance Yvon. Si je changeais de pays, on ne ferait pas d’exception pour moi, qu’il me dit.

Tu votes pour qui ?

Pendant qu’il faisait vérifier ses billets de loterie, je lui ai demandé pour qui il allait voter. J’aurais dû me taire.

Il se ferait couper un bras avant de voter libéral. Il a encore en travers de la gorge la promesse de baisser les impôts. Imagine, qu’il me dit, si j’avais promis une hausse de salaire à Johanne, ma secrétaire, et que je me défile. Il est comme ça Yvon : une promesse, c’est une promesse.

Et puis un parti provincial qui veut prendre le crédit pour le budget d’un parti fédéral dans l’espoir de remonter, ça fait pas sérieux

Il a ensuite pris l’air du médecin qui va vous annoncer que vous avez une tumeur au cerveau. Je sais que je te fais de la peine, qu’il me dit, mais le PQ ne m’enthousiasme pas.

Son gars, qui rentre à HEC, vient de s’acheter une auto, alors le gel des frais de scolarité le fait suer. Et puis un référendum quand vous avez moins d’un vote sur trois, il trouve ça pas mal déconnecté. Mais il a admis que Boisclair avait été excellent lors du débat.

La ruche

Je le voyais venir, le gros. Non, mon Yvon, pas Mario, j’ai dit, pas toi. Là, c’est moi qui commence à ventiler.

Écoute, calme-toi, qu’il me dit. Je le sais : pas d’équipe, des candidats folichons, des réponses trop simples, un cadre financier qui coûte plus cher que celui des libéraux et des péquistes. Plus dépensier que ça, tu vas chez Québec solidaire.

Alors, c’est quoi l’affaire, je lui dis. Sérieux comme Benoît XVI, il me dit : ben tsé, un coup de pied dans la ruche, rebrasser les cartes, envoyer un message, essayer autre chose, fera pas pire que les deux autres. Vous avez dû entendre la cassette.

Évidemment, je me regarde le bout des souliers. Je suis pétrifié.

Tout d’un coup, Yvon, qui est bâti comme un congélateur, éclate de rire et me donne une tape dans le dos qui m’envoie valser.

Il est reparti en se dandinant, le gros, avec son pain tranché dans une main et son journal dans l’autre. Aucune idée de ce qu’il va faire.

Yvon prend ça au sérieux le vote. Je le respecte pour ça.

Un coup de pied dans la ruche. Penses-y, mon Yvon. Quatre ans, c’est long. Ça fait cher du coup de pied.