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Personne ne devrait se réjouir de la descente aux enfers du gouvernement de Jean Charest. Quand un gouvernement plonge à ce point dans l’estime populaire, il répand autour de lui la morosité et démobilise tout le Québec. Essayons de comprendre ce qui lui arrive.

Dès les premiers déboires du gouvernement, certains ont fait valoir que la nouvelle philosophie libérale heurtait de front les valeurs collectives des Québécois. Nous ne le saurons jamais vraiment. Le train de la réingénierie de l’État n’a jamais quitté la gare.

C’est  en effet la gestion des affaires courantes qui fut la source des malheurs de ce gouvernement. La liste des dossiers tout simplement mal gérés est accablante : le CHUM, le Suroît, les écoles juives, les défusions, les 103 M $ des bourses, l’ambivalence autour du déséquilibre fiscal, un cadre financier qui n’a pas tenu six mois, et on en passe. Rien de tout cela n’a de rapport avec un quelconque débat philosophique sur le modèle québécois.

Bien sûr, tout n’est pas entièrement négatif. L’entente sur les congés parentaux est un incontestable pas en avant. La décision d’appliquer le rapport Coulombe est courageuse. Les changements à l’article 45 n’ont pas entraîné les catastrophes annoncées. Mais même les plus chauds partisans libéraux – parmi lesquels je ne compte évidemment pas - admettent en privé leur désarroi.

J’ai toujours trouvé profondément injuste que l’on mette en cause l’amour de Jean Charest pour le Québec. Mais on ne peut s’empêcher de trouver que nombre de ses décisions témoignent d’une curieuse déconnexion entre lui et la sensibilité majoritaire des Québécois en 2005. Il n’est pourtant pas le premier homme politique québécois à être d’abord passé par Ottawa. Pour moi, il y a  toujours ici une énigme non résolue.

Le deuxième problème de l’équipe libérale, c’est tout simplement que les compétences y sont rares. La garde rapprochée du premier ministre semble incapable de lui déminer le terrain. Mais c’est aussi la responsabilité d’un chef de choisir ses collaborateurs et de les écouter. Au conseil des ministres, seuls Philippe Couillard, Jean-Marc Fournier et Claude Béchard semblent avoir de solides instincts parmi ceux qui ont des fonctions de premier plan.

Le troisième problème de Jean Charest, c’est sa tendance à décider en vase clos. Avec les bons et les mauvais côtés que cela comporte, peu de personnes en politique sont mieux branchés sur l’humeur de l’électorat que le caucus des députés. Mais le premier ministre ne les met dans le coup qu’après les gaffes. Il est tout simplement impensable, par exemple, qu’une décision aussi insensée que celle du financement des écoles juives aurait franchi une seule réunion du caucus.

Le quatrième problème de ce gouvernement, c’est son incapacité à donner un sens à son mandat. Quelle est l’idée forte qui le porte ? Que veut-il que l’on retienne de lui ? Robert Bourassa  attacha son nom au développement hydro-électrique. Jacques Parizeau voulut faire l’indépendance. Lucien Bouchard nous fit comprendre l’importance d’avoir des finances publiques saines. Quel est le grand projet de Jean Charest ?

Sa chance, c’est qu’il lui reste encore deux ans, donc une éternité en politique. Il a aussi en face de lui deux partis d’opposition qui ont également de profonds problèmes. Mais quand une perception d’irrémédiable incompétence s’incruste, elle devient extrêmement difficile à renverser. Pour le bien du Québec, il faut souhaiter que ce gouvernement ne plonge pas plus bas.