Une balle dans la tête
7 juin 2006 par Joseph Facal
Certains militants du Parti québécois s’interrogent très légitimement sur le financement public de l’école privée. S’engager dans cette voie serait une erreur monumentale…et un suicide politique.
L’école publique est souvent le reflet de son quartier. Dans les quartiers favorisés, elle est généralement de bon niveau. Dans les quartiers défavorisés, elle hérite de tous les problèmes économiques et sociaux des parents des enfants. Chose certaine, l’engouement pour l’école privée, qui ne se dément pas, est le plus sûr indice de l’inquiétude de nombreux parents.
On peut comprendre cette inquiétude. Les résultats aux examens de 2005 des élèves de quatrième et cinquième secondaire étaient les pires depuis 1992. La réforme en cours soulève autant de questions qu’elle n’en résout. Les taux d’échecs ahurissants de ceux qui seront les enseignants de demain aux tests d’entrée à l’université donnent froid dans le dos. Des milliers d’enseignants quittent la profession bien avant la retraite.
Mais stopper le financement public de l’école privée est l’exemple parfait d’une fausse solution à un vrai problème. Les subventions à l’école privée représentent 1,9 % du budget du réseau public : déshabiller Pierre n’habillera pas Paul. Précisément parce qu’elle est subventionnée, l’école privée québécoise est accessible à la classe moyenne. Sans subventions, les écoles privées qui n’auraient pas fait faillite devraient imposer des frais d’admission qui en feraient le refuge d’une élite économique plutôt que d’une élite intellectuelle. On devrait laisser à Françoise David cette curieuse conception du progressisme.
Il est vrai que l’école privée écrème le réseau public de ses élèves les plus doués. Mais on se demande par quelle curieuse alchimie le retour dans le réseau public de ces élèves doués aurait un miraculeux effet d’entraînement sur les plus lents. Bizarrement, les partisans du gel des frais de scolarité universitaires, qui aiment invoquer certains exemples européens, n’aiment pas qu’on leur rappelle qu’en France ou en Belgique, l’État subventionne l’école privée à hauteur de 90 %, parfois même 100 %. Dans ces pays, on pense que les parents doivent avoir la liberté de choisir, mais que cette liberté serait pure fumisterie si elle n’était réservée qu’aux riches.
Une guerre de religion
Le vrai débat porte sur la sélection par les notes, qui est le caractère distinctif essentiel de l’école privée qui la rend si attirante pour les parents. C’est donc jouer sur les mots que de dire que l’on tolérerait l’école privée à condition qu’elle ne sélectionne pas. Il faut avoir une curieuse tournure d’esprit pour trouver injuste ou scandaleuse la sélection par les notes. Toute la vie en société est fondée sur la sélection par le mérite. De ce point de vue, l’école doit-elle, oui ou non, préparer à la vie telle qu’elle est ?
Un parent normal aime ses enfants plus que n’importe quoi d’autre au monde, et fera tout ce qui est son pouvoir pour leur assurer les meilleures chances de réussite. Si ce parent pense que l’école privée donnera cet avantage à son enfant, le gouvernement qui voudrait l’en priver récoltera une tempête politique comme on n’en a jamais vu au Québec. Les fusions municipales auront été un pique-nique en comparaison. Voici un débat qui n’opposerait pas la gauche contre la droite, les souverainistes contre les fédéralistes, mais qui diviserait toutes les familles politiques habituelles. Cette question, qu’il est presque impossible de discuter sereinement, contient tous les ingrédients d’une véritable guerre de religion.
En 1995, Jacques Parizeau et Jean Rochon avaient commencé à fermer des hôpitaux quelques mois avant le référendum. On aurait pu penser que la leçon avait été retenue. Peut-être finira-t-on aussi, un jour, par comprendre qu’on ne touche pas impunément aux institutions qui, parce qu’elles ont traversé les siècles, ont fait la preuve qu’elles répondent, par définition, à un besoin fondamental.
