Un cancer au coeur de la démocratie canadienne
6 mai 2005 par Joseph Facal
Dans sa pathétique adresse à la nation, Paul Martin admettait que la Chambre de communes et son gouvernement étaient incapables de fonctionner tant l’atmosphère était devenue irrespirable. Mais du même souffle, il demandait du temps …pour prolonger cette paralysie.
L’an dernier, il avait annoncé la mise sur pied de la Commission Gomery et s’était empressé de déclencher les élections sans attendre ses conclusions. Cette année, il nous dit qu’il faut laisser le juge terminer son travail avant d’appeler les Canadiens aux urnes.
Il y a quelques semaines, pour faire durer son gouvernement minoritaire, Paul Martin avait présenté un budget qui visait à plaire aux conservateurs : allégements fiscaux aux entreprises et réduction de la dette. Pour s’accrocher au pouvoir, il est maintenant prêt à modifier le budget de façon à ce qu’il plaise aux néo-démocrates : adieu baisses d’impôts et vive les nouvelles dépenses !
Les libéraux fédéraux répètent aux provinces depuis des années qu’ils ne peuvent en faire plus pour les aider à financer l’explosion des coûts de la santé, mais Paul Martin trouve instantanément 4,6 milliards de dollars pour plaire à un Jack Layton qui n’a même pas assez de députés pour lui garantir qu’il pourrait s’accrocher au pouvoir quelques mois de plus.
Reste-t-il à Paul Martin et à son gouvernement un minimum de principes ? Évidemment, tous ceux qui en ont assez sont automatiquement accusés de faire le jeu des «séparatistes».
Au fond, si Alfonso Gagliano et Charles Guité sont devenus les personnages emblématiques du scandale des commandites, c’est autant par leur attitude depuis l’éclatement de l’affaire que par le rôle qu’ils y ont joué. À ce jour, ils continuent à soutenir que la fin justifie les moyens. Au nom de l’unité canadienne, on peut tout faire à condition de ne pas se faire prendre. Un jour, il faudra bien se rappeler que l’ultime responsable de cet état d’esprit s’appelle Jean Chrétien.
À toute chose malheur est bon : nous vivons la fin de cette époque où le Parti libéral fédéral considérait l’État canadien comme sa chose personnelle. Les affirmations de M. Benoît Corbeil sur la politisation du processus de nomination des juges n’ont pas encore été contredites, et les incroyables propos du juge Michel Robert sont venus les illustrer. Ce qu’on nous présentait comme les excès de quelques individus s’avère de plus en plus un système aux ramifications très étendues.
Pour le bien de ce qu’il reste de la démocratie canadienne, il faut crever l’abcès au plus vite. Des élections sont devenues nécessaires. En démocratie, si on perd la légitimité que confère une gouverne honorable, il faut en appeler au peuple afin qu’il redonne la légitimité de gouverner à qui il le voudra.
On nous dit que les Canadiens n’ont pas envie d’aller voter : évidemment, puisqu’on les a dégoûtés de la politique. Les gens n’aiment pas non plus aller chez le dentiste : il le faut pourtant des fois. Des élections n’empêcheront pas le juge Gomery de continuer son excellent travail.
Cette crise sans précédent rend-elle inévitable la souveraineté du Québec, comme le prétend Alfonso Gagliano ? Bien sûr que non. Rien n’est jamais inévitable. Les hommes font l’Histoire tous les jours, et celle-ci n’est jamais écrite d’avance. Mais on se demande bien ce que les libéraux fédéraux pourront faire pour se réhabiliter auprès de tous ces Québécois pour qui les mots honneur et probité veulent encore dire quelque chose.
