Tranches de vie
25 août 2009 par Joseph Facal
Je vous avais prévenus que, durant le temps que je serais basé en Espagne, je me sentirais moins obligé de commenter – pardonnez ma franchise – notre ennuyeuse petite vie politique provinciale.
Voici donc d’autres petits épisodes de ma nouvelle vie en Espagne. Prenez-les comme des petites vignettes sans morale ni prétention et qui n’appellent pas obligatoirement des commentaires, mais bon, si ça vous démange…
J’ai cru comprendre qu’on avait beaucoup parlé d’avortement ces jours-ci au Québec. Ici aussi. Le gouvernement Zapatero vient d’entreprendre une révision de la loi actuelle.
Un cas relaté dans un journal a attiré mon attention. Gemma Botifoll a 29 ans. Elle est employée de bureau dans une entreprise privée à Barcelone. Une vie parfaitement ordinaire d’après ce que je peux voir.
Les gynécologues suivent sa grossesse, qui semble se dérouler sans problème apparent. Il allait s’appeler Joel et elle le désirait très fort.
Au huitième mois, bang : l’échographie révèle que les parties gauche et droite du cerveau du bébé ne sont pas connectées.
Pronostic : il vivrait entre un jour et cinq ans, et serait aveugle, sourd et paralysé.
La jeune femme, qui n’a rien d’une militante, ne veut pas mettre au monde un être humain qui ne connaîtra que la souffrance.
Elle prend donc le bottin téléphonique. Refus catégorique. Partout.
La loi espagnole interdit en effet l’avortement pour cause de malformation après la vingt-deuxième semaine. La jeune femme fait donc 1100 kilomètres pour aller avorter en France.
La nouvelle loi devrait normalement couvrir des cas comme ceux-là.
Imaginons maintenant un médecin qui, pour des raisons de conscience personnelle, refuserait de procéder à un avortement pourtant légal.
Serait-il un objecteur de conscience protégé par son droit à sa liberté d’opinion, ou un professionnel qui refuse de porter assistance à une personne qui exerce son propre droit ? La liberté est-elle un chemin à une ou deux voies ?
Vif débat ici. Il faudra trancher.
José Antonio Gordo, lui, caporal dans l’armée espagnole, en avait assez d’avoir un pénis entre les deux jambes. Sans en parler à ses supérieurs, il fait enlever cette apparence de masculinité.
Il avise ensuite la hiérarchie militaire qu’il faudrait dorénavant l’appeler caporal(e) Maria del Mar Gordo. Onde de choc, vous dites ?
En Espagne, l’armée, voyez-vous, c’est autre chose que l’armée canadienne. Ce pays a été gouverné pendant quarante ans par le général Franco.
Comme on pouvait le prévoir, le/la caporal(e) ne fut jamais accepté(e) par ses pairs et démissionna rapidement.
L’armée entreprend cependant, ces jours-ci, de réécrire la réglementation sur l’admissibilité des recrues pour, comme on dit en langage moderne, les adapter à la nouvelle «sensibilité» de notre époque. Enfin…
Un ami est venu me visiter avec sa petite famille.
Après quelques jours passés à Madrid, ils sont partis à la plage à Màlaga. L’un des enfants se cogne la main sur on ne sait trop quoi.
Deux jours plus tard, deux de ses doigts sont enflés comme des saucisses à cocktail. Les dards d’un oursin, sans doute.
Comme ils sont Québécois, ils ont des réflexes québécois. Le garçon prend donc son Nintendo DS, et le père son livre, en vue d’une attente de quelques heures à la clinique. Mon ami parle espagnol comme je parle croate. Et contrairement à ce que s’imaginent bien des Québécois, non, le monde entier ne parle pas anglais.
Temps d’attente : cinq minutes. Les dards enlevés sans problème, accompagnés de l’ordonnance pour les médicaments.
Coût total : quelques «gracias», et pas un sou. Imaginez un instant si ceci était arrivé à un Espagnol chez nous…
Pardonnez-moi, j’oubliais : la petite morale officielle chez nous est que tout va toujours bien et que rien n’est jamais grave.
Hasta la vista.
11 réponses à “Tranches de vie”
Sans commentaires en effet. Sinon celui-ci : dommage que vous ne soyez pas en Italie. Papounet ça ferait un bon sujet de conversation…
À monsieur Delisle qui me demandait de préciser ce qu’est l’auto-flagellation et à qui je n’ai pu répondre étant le 51 ième : C’est simple monsieur Delisle. Vous tapez le mot recherché, vous ajoutez + et vous cliquez. tout ça sur Google. Et là vous verrez apparaître un miroir.
Juste une question M. Facal,
en Espagne, quelle est la partie du privé dans le système de santé?
@GI:
Ça n’a rien de scientifique mais ma copine et des amis en médecine sont espagnols et j’ai déjà jasé de santé avec eux.
Ils vous diront que ça marche bien parce qu’il y a un système avec du public gratuit pour tous (même les étrangers) et un système privé payant.
Si le public déborde, les Espagnols ont le réflexe d’aller au privé et ça libère les salles d’attente au public.
Un peu plus de 15% des gens vont aussi automatiquement au privé, ce qui aide aussi à laisser de la place aux gens à plus faibles revenus.
On en parle peu mais je crois que les libéralisations en Europe, dont celles visant à faciliter la mobilité des travailleurs, ont permis au système de profiter de la venue de médecins d’ailleurs en Europe, intéressés de vivre sous le soleil d’Espagne.
Ici, on a des gens qui protestent et qui se pompent tout seul dès lors qu’on parle d’amener juste un peu de privé pour rendre le système plus efficace et rapide.
Ici, on a des ordres professionnels obligatoires pour les praticiens et qui ne croient pas qu’une personne d’un pays occidental a les mêmes compétences qu’un super-Québécois, formé dans une université québécoise.
Pour l’armée, vous avez raison, c’est surtout une institution machiste. Le PSOE a nommé Carme Chacon l’an dernier sur le poste de la Défense.
Plusieurs officiers ont protesté contre le fait qu’une femme (enceinte alors) – une femme qui devrait rester à la maison pour certains – et Catalane en plus – le Mal absolu pour plusieurs partisans du PP – viennent les diriger.
Mais elle leur a montré que c’est une femme avec des « cohones »… ;-)
Pour revenir à l’avortement, je dois dire que je suis à 100% pour l’avortement qui survient à la suite d’un viol ou d’un problème »génétique ». Par contre, lorsque je vois certaines personnes qui utilisent l’avortement comme »police d’assurance », je trouve cela bien désolant.
M. Facal, à quand une petite chronique sur la politique et les partis politiques ibériques?
(J’étais malheureusement en Espagne lors des éléctions en 2004)
L’avortement à huit mois, c’est une forme d’euthanasie tolérée; je n’ai rien contre cette pratique MAIS seulement dans des cas comme celui que vous décrivez ici.
Votre blog devient de plus en plus interessant a mesure que le contenu quebecois diminue.
Cher GI,
Je ne suis évidemment pas un expert du système espagnol, et il est hors de question pour moi de fonder un jugement global sur la seule expérience relatée ici.
Ce que sais, c’est que chaque Espagnol est «couvert» par un régime d’assurance-maladie publique comme au Canada, mais que s’y ajoute un large système d’assurances privées.
La principale différence me semble être que les assurances privées peuvent aussi couvrir les soins de base et l’hospitalisation, alors qu’au Québec, les assurances privées ne couvrent que les soins qui ne sont pas pris en charge par le système public, sauf genoux, hanches et cataractes depuis la loi 33 (je simplifie outrageusement, mais bon…).
L’Espagne a donc ce qu’on appelle, au Québec, un système «mixte», comme d’ailleurs l’immense majorité des pays européens.
Évidemment, ici aussi, on entend des gens se plaindre, mais je ne lis pas dans les journaux et je ne rencontre pas de gens qui me relatent des histoires de temps d’attente franchement scandaleux. Mais bon, le temps d’attente n’est pas que fonction du type de système, mais aussi de la quantité de personnel, etc.
Chose curieuse, pour obtenir mon permis de séjour, les autorités m’ont obligé à acheter une assurance privée espagnole même si la RAMQ me couvre à l’étranger. Curieux, non, un gouvernement m’enjoignant de prendre une assurance privée ?
Pour ce qui est des parts respectives des dépenses de santé faites dans le privé et le public, je n’en sais fichtrement rien.
Salutations.
Non ! Monsieur Facal… tout ne va pas toujours bien chez-nous ! Tout le monde le sait ! Mais, tout le monde s’entend pour dire que d’en parler à haute voix ( de ce qui ne va pas ) ou de lancer le débat sur un sujet « brûlant » pour les neurones de la mémoire émotionnelle… ne conforte pas tout le monde !
La LIBERTÉ D’EXPRESSION c’est aussi la liberté de se TAIRE ! Ou de refuser de s’exposer à une « lapidation publique » pour avoir OSÉ DIRE ce qui nous semble une évidence ! Même en voulant « faire ce qui semble JUSTE et BIEN » en toute liberté…
Personne ne va se lancer LIBREMENT dans une confrontation des OPINIONS quand le risque d’être « décapité sur la PLACE PUBLIQUE » s’offre comme l’enjeu certain d’une prise de parole libre !
Tout ne va pas BIEN ! Certes ! Mais faut-il se soumettre à l’exercice cruel de brasser la soupe empoisonnée sans relâche pour faire preuve de COURAGE ? ou de RÉALISME ? Faut-il prendre le risque d’être AVEUGLÉ par l’ampleur des problèmes de la vie en commun… comme si ON DEVAIT porter en permanence des LUNETTES NOIRES pour nous empêcher de voir la vie sous son meilleur jour…
IL faut savoir CHOISIR entre le RÉALISME rigoureux qui nous entraine dans le pessimisme… et une attitude bienveillante à l’égard de la réalité !
TOUT ne VA PAS BIEN !
Hors, pour « supporter le difficile et l’inutile » il faut savoir préserver une BONNE DOSE de SÉRÉNITÉ… et respecter nos limites…
Çà s’appelle « préserver son équilibre » !
À huit mois, huit mois et demi de grossesse, appeler ça un avortement est un abus de langage. Je suis né à huit mois et demi !
Il s’agit d’un infanticide, que l’on veut légitime pour des raisons eugéniques. Maintenant, on peut être pour le droit de vie ou de mort des parents sur leurs enfants, et pour l’eugénisme, mais enfin, il est bon de nommer les choses pour ce qu’elles sont.
Monsieur Facal,
étant marié à une Espagnole, j’ai vécu plusieurs années en Espagne et je confirme que le système de santé est mille fois meilleur que celui d’ici. Ceux qui réduisent cela à une question de public-privé ont tort. C’est aussi une question d’attitude, de mentalité. C’est méchant à dire pour les Québécois, mais les Espagnols sont autrement plus aimables et généreux. Lorsque je suis revenu au Québec, il y a trois ans, c’est là que je me suis rendu compte du mauvais service qu’on avait ici (dans les magasins, à la banque, etc.). Combien de fois tombons-nous sur des employés bêtes et de mauvaise foi! Je ne dis pas que tout est rose en Espagne, mais règle générale, le service est meilleur. En ce qui concerne plus particulièrement les hôpitaux ou les cliniques médicales, le matériel est neuf et tout est toujours très propre… peut-on dire la même chose de nos installations médicales québécoises qui tombent littéralement en ruine?
Bon séjour en Espagne, M. Facal.
M Facal,
Avant d’être agent immobilier, j’ai travaillé 20 comme infirmier, dont 2 ans en Suisse.
Entre Gatineau et Lausanne, les soins de santé sont si différents! Mais pourquoi?
J’aurais aimé trouver une réponse autre que celle-ci: les Suisses doivent, pour la plupart, payer une assurance-santé.
Ici (au Québec), nous avons la fausse impression que les défébrillateurs, les stimulateurs cardiaques et les médicaments sont gratuits.
Un jour, le réveil sera brutal…