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Quand Jean Charest était chef de l’opposition, il nous disait qu’un premier ministre du Québec fédéraliste obtiendrait plus qu’un souverainiste car Ottawa et ses homologues des autres provinces pourraient avoir pleinement confiance en lui. Comment un premier ministre du Québec souverainiste, disait-il, qui n’a aucun intérêt a ce que le fédéralisme fonctionne puisqu’il veut en sortir, pourrait-il nouer des rapports efficaces de collaboration avec le reste du Canada ?

Après plus de deux années de cette approche bon-ententiste, une conclusion s’impose : ce qui compte en politique pour obtenir quelque chose, c’est le rapport de force que vous détenez, pas le fait de partager ou pas les mêmes opinions que vos interlocuteurs.

Le gouvernement Charest est en effet le plus inconditionnellement fédéraliste de tous les gouvernements libéraux québécois depuis Adélard Godbout. Cela n’empêche pas le gouvernement Martin, qui promettait pourtant une nouvelle attitude de collaboration, de maintenir la même politique de centralisation et de négation des revendications du Québec.

Tout a été dit sur le déséquilibre fiscal, mais prenez par exemple la plus récente controverse autour de la signature d’une entente internationale relative à l’adoption d’enfants entre le Québec et le Vietnam.

L’affaire est pourtant désespérément simple. Depuis quarante ans, la politique internationale du Québec est fondée sur la doctrine Gérin-Lajoie, du nom de son concepteur qui fut ministre libéral dans le gouvernement de Jean Lesage. Le Québec étant pleinement souverain dans ses champs de compétence, dit cette doctrine, il peut donc signer des ententes internationales dans des domaines comme l’éducation, la culture, la sécurité sociale ou l’adoption.

Au fil des ans, vingt-neuf ententes internationales de sécurité sociale, concernant notamment le versement des pensions de vieillesse, ont été signées entre le Québec et des pays souverains. D’innombrables autres ententes, relatives par exemple aux droits de scolarité universitaires, ont aussi été conclues.

La nouvelle position fédérale veut que les ententes internationales signées par le Québec ne doivent avoir aucune portée juridique. Ottawa veut donc s’approprier le monopole du droit international et faire fi des précédents. Pour y parvenir, le gouvernement fédéral choisit comme Cheval de Troie l’adoption d’enfants par des parents québécois qui attendent leur tour depuis des années. Complètement frustrés, ces parents se sentiront pris en otage et blâmeront également les deux gouvernements, ce qui fera parfaitement l’affaire d’Ottawa qui aura torpillé le Québec.

Jean Charest a évidemment raison de refuser de signer l’entente vidée de sa substance que propose Ottawa, mais n’avait-il pas promis une ère de collaboration fructueuse avec le gouvernement fédéral ? Quant aux négociations visant à faire une place au Québec au sein de la représentation canadienne à l’UNESCO, où l’on discute pourtant de culture et d’éducation, elles n’avancent pas d’un poil, en dépit de l’engagement formel de Paul Martin.

Il s’agit tout simplement pour le gouvernement fédéral de tout faire pour ravaler le Québec au rang de province comme les autres, afin de poursuivre cette entreprise de centralisation qui transforme progressivement les provinces en sous-traitantes des orientations stratégiques du seul gouvernement qui doit vraiment compter dans nos vies. Ottawa construit la nation canadienne en maintenant sous tutelle la nation québécoise.

En politique, on obtient quelque chose quand on se place dans une position où on ne peut vous refuser ce que vous exigez, pas parce qu’on vous récompensera d’avoir été gentil et accommodant.