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Sous la loupe

J’ai beau chercher, je n’ai jamais rien vu de tel: un gouvernement dont la majorité des Québécois veulent se débarrasser conserve des chances sérieuses d’être réélu.

Quand les gens sont satisfaits d’un gouvernement, ils ne se cherchent pas des raisons pour le remplacer. Les partis d’opposition peuvent bien faire des pieds et des mains, cela ne change habituellement rien. C’est seulement quand les gens veulent congédier une équipe qu’ils se demandent si les autres partis feraient mieux.

En quatre ans, les libéraux n’ont réglé aucun des problèmes fondamentaux du Québec. Les gaffes ont été nombreuses. La plus importante de toutes les promesses, les baisses d’impôt, a été reniée. Les régions sont moroses. Mais depuis six mois, les libéraux ont retrouvé leurs réflexes. Le budget fédéral devrait contenir de bonnes nouvelles. Ordinaire en temps normal, Jean Charest n’a jamais fait une mauvaise campagne électorale de sa vie. Et les clientèles traditionnelles du PLQ vont toujours voter.

Mario Dumont a finalement compris qu’il n’y a aucun appétit pour la droite dure au Québec. Son nationalisme traditionnel et son gros bon sens pourraient faire mouche dans certaines régions. Son coup de poker sur les accommodements raisonnables a totalement pris de court ses adversaires. Plus on cherchera à le diaboliser, plus il passera pour le défenseur du monde ordinaire qui dit les «vraies affaires».

Un nouveau PQ?

André Boisclair, lui, n’a jamais été sérieusement en danger de perdre son poste. Députés et militants savent qu’on ne fait pas une révolution de palais à quelques jours du déclenchement des élections. L’hallucinante sortie de Bernard Landry, qui a suscité autant de peine que de colère, a précipité les députés dans les bras de leur chef. Ce n’est pas tout à fait ce que monsieur Landry avait en tête.

Les députés péquistes pressent leur chef de placer la souveraineté au coeur de sa campagne. Ils ont parfaitement raison. En elle-même, l’idée de la souveraineté n’est absolument pas un handicap, bien au contraire. Les libéraux amèneront donc le débat sur leur terrain. Ils viseront à ce qu’on ne parle pas des avantages emballants de la souveraineté, mais de la tenue d’un référendum au printemps 2008.

Jean Charest va évidemment dire que promettre de tenir coûte que coûte un référendum que l’on n’est pas raisonnablement sûr de gagner est irresponsable, mais que promettre de tenir un référendum que l’on sait qu’on ne pourra pas tenir est moralement discutable. La réponse n’est pas évidente.

André Boisclair souhaite aussi moderniser la social-démocratie péquiste. Il a entièrement raison. Mais pour convaincre la population de cela, il devra aussi expliquer pourquoi cette modernisation est nécessaire. On a vu la semaine dernière que des minorités puissantes au sein du Parti québécois se sentent heurtées par cela. Si vous ne pensez pas comme eux, vous êtes forcément de droite.

La population voudra savoir quel est le Parti québécois qui se présentera devant elle: celui qui est fermement décidé à changer ou l’autre? André Boisclair profitera sans doute du dévoilement de la plate-forme électorale pour clarifier cela. Les temps ont changé: dans un contexte où les gens sont très cyniques envers toute la classe politique, c’est la clarté idéologique qui devient désormais payante.

Le Parti québécois a un double défi à relever: contrer la perception que ses militants se parlent entre eux au lieu de parler aux Québécois, et qu’il n’a pas mis à profit son séjour dans l’opposition pour faire un travail de fond sur ses orientations économiques et sociales. Partout en Occident, de Lula à Ségolène Royal, les partis progressistes qui aspirent à gouverner réaffirment leurs valeurs de justice sociale, mais actualisent leurs politiques.

Toutes ces questions peuvent se solutionner. Mais elles demandent du temps. Jean Charest ne fera ce cadeau à personne.