Rien n’est réglé
10 mai 2007 par Joseph Facal
Tout a été dit sur les problèmes qui ont affligé André Boisclair depuis qu’il a pris la tête du Parti québécois. Je trouverais inélégant d’en rajouter.
Chose certaine, quand la question de la succession de monsieur Boisclair sera réglée, il ne faudrait pas que les militants du Parti québécois commettent la funeste erreur de retomber dans les ornières de la certitude confortable. S’imaginer que tout se résume à une question de chef qu’il suffirait de remplacer, ce serait faire en effet une lecture particulièrement myope de la situation. Le résultat des dernières élections s’inscrit dans une tendance de fond amorcée depuis 1994.
Le Parti québécois a en effet obtenu 44,7 % des voix en 1994, puis 42,7 % en 1998, 33,2 % en 2003 et 28,3 % en 2007. Même si des raisons conjoncturelles expliquent une partie de la déroute du 26 mars, des facteurs plus profonds sont de toute évidence à l’oeuvre.
Des centaines de milliers de Québécois, souvent souverainistes, ne se reconnaissent tout simplement plus dans la lecture du Québec que propose le Parti québécois depuis plusieurs années. La preuve en est que l’ADQ, avec un discours simpliste mais qui portait sur le quotidien des gens, a fait des percées spectaculaires dans des régions qui ne sont pas du tout de tradition conservatrice.
Un des principaux obstacles à un véritable brassage d’idées au sein du Parti québécois est aussi que ses règles de fonctionnement font que la redéfinition de ses orientations passe par des congrès qui sont des exercices en vase clos. Or, un authentique ressourcement intellectuel suppose l’ouverture sincère aux idées de gens qui ne pensent pas nécessairement comme vous.
Aucune reconstruction sérieuse n’est en effet possible si chacun est d’emblée convaincu que lui seul a raison, que les changements d’attitude ne sont bons que pour les autres, ou que tout est de la faute des journalistes ou du peuple qui ne comprend pas. J’y reviendrai.
Fiston strikes again
Avant la bombe d’hier, j’avais prévu vous parler de celui que Liza Frulla appelle déjà la rock star. Je vous en glisse rapidement un petit mot.
Figurez-vous que mon ami Yvon a voulu hier me remonter le moral en me faisant remarquer que les souverainistes n’étaient pas les seuls à être parfois durs à suivre.
Yvon, dont le beau-frère vient de Caraquet, je crois, voulait parler évidemment de Justin Trudeau.
La nouvelle recrue de Stéphane Dion est allée dire au Nouveau-Brunswick que le fait d’avoir des systèmes scolaires distincts au Canada, un francophone et un autre anglophone, «divisait» les gens, en plus de coûter «cher».
On se doutait que fiston n’avait jamais lu l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés de son père, mais on ne lui connaissait pas cet intérêt pour les finances publiques.
Puisque les chiffres semblent intéresser fiston, il devrait méditer sur ceux-ci. On mesure le taux d’assimilation en calculant le pourcentage de gens qui parlent encore leur langue maternelle à la maison. Un taux d’assimilation de 70 % signifie que sur 100 francophones, il n’y en a plus que 30 % qui parlent encore français à la maison.
Voici quelques taux d’assimilation des francophones hors Québec dans le Canada de Justin: 73 % en Colombie-Britannique, 70 % en Alberta, 72 % en Saskatchewan, 54 % au Manitoba, 43 % en Nouvelle-Écosse et 40 % en Ontario.
Posez-vous la question: à compétence égale, si Justin Trudeau s’appelait Justin Tremblay, qui se soucierait des niaiseries qu’il sème à tout vent?
5 réponses à “Rien n’est réglé”

Vous voyez avec toute cette histoire de changer le chef, de refonte du parti et autres, j’en arrive à me dire un truc…
J’ai presque perdu « espoir » en le parti quand André Boislair est parti. Comme vous le dites, tout ne se résume pas au chef, mais quand bien même que nous trouverions enfin un nouveau programme, une ligne directrice, cette dernière ne servirait strictement à rien si le chef ne peut tenir son poste plus que quelques années!
Trouvez-moi encore un chef qui ne durera pas plus que 2 ou 3 ans, et je n’arriverai plus à croire au beau projet du parti qui m’est si cher… Sans chef qui arrive (de par lui-même ou non) à tenir au front longtemps, nos beaux projets n’arriveront jamais à terme.
Je ne connais pas votre décision. Je ne sais pas si ca vous tente (ca doit!). Je ne sais pas si ca serait une bonne décision (pour vous) par contre.
Tout un parti…
Mais je vous soutiendrai si vous faites le saut!
J’aime votre esprit d’analyse, j’espère juste que le monde est pret a écouter, ce qui n’est franchement pas gagné.
Bonne réflexion!
PS: j’avais encouragé Boisclair aussi sur son blogue aussi avant qu’il se lance…Beau gachis… J’espère que ca vous portera pas malheur…
Puisque notre système parlementaire ne permet pas (semble-t-il) la formation de gouvernements de coalition, le PQ est condamné à se poser en parti rassembleur de la gauche et de la droite, dans l’espoir de former une majorité. Nous en avons discuté souvent, il ne serait pas souhaitable que le PQ soit un parti “sans contenu”, qui espère prendre le pouvoir avec le seul Article 1.
Il y a donc une urgence de recentrer le parti sur les désirs et sur les valeurs des citoyens, qui ont évolué depuis 30 ans. Est-il possible de “râtisser assez large”? Je ne sais pas. Une chose est certaine, l’électorat semble suivre une courbe de distribution gauche-droite beaucoup plus aplatie que par le passé.
Puisque nous sommes devenus “maîtres chez nous”, dans la mesure où le système fédéral canadien nous donne une autonomie substantielle déjà et que nous avons pu l’élargir grâce à nos initiatives, nous avons eu l’occasion de nous choisir un modèle de société et de l’expérimenter. Il n’est donc pas étonnant que des personnes critiques de nos choix de société proposent aujourd’hui des avenues différentes. Être maîtres chez nous, c’est aussi gérer nos propres dissentions.
L’éclatement de l’électorat est donc indirectement la conséquence de notre prise en main. Des facteurs externes, comme par exemple le glissement vers la droite économique qu’on perçoit depuis une décennie en Occident, n’y est pas étranger non plus. La faillite des idéologies d’extrême-gauche n’a pas fini de pousser le balancier vers la droite.
Enfin, les conséquences de la Révolution Tranquille et de l’accélération généralisée de notre train de vie, couplées à un accès élargi au crédit, ont stimulé le “cocooning” — “l’individualisme militant” (pardonnez l’oxymore), la recherche d’un certain confort plutôt matérialiste. Dans ces conditions, notre projet de société est tout simplement écartelé entre l’individualisme du “contribuable” (ex-citoyen) et le relativisme doux imposé par la charte canadienne des droits et libertés.
On a vu apparaître le parti souverainiste Québec Solidaire, qui se présente comme une “second voie” souverainiste… enfin, c’est peut-être plus une voie de garage pour l’instant. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’idéologie socialiste de ce parti est aussi étrangère aux idéaux sociaux-démocrates de la Révolution Tranquille, que le braderie néo-libérale imposée par le PLQ actuellement.
Il ne serait toutefois pas étonnant qu’un parti souverainiste libertarien voie le jour. Le libertarisme voit traditionnellement les grands états “bureaucratiques” comme des ennemis de la liberté individuelle. Ils seraient donc tentés de soutenir une démarche souverainiste.
Avec l’ADQ qui grapille dans la “droite matérialiste” et QS qui ronge la “gauche communautaire”, le PQ est condamné au centre. Toutefois, notre base électorale n’est pas obligée de fondre si vite. Il suffit peut-être d’”élargir le centre” en montrant comment gauche et droite modérée peuvent cohabiter dans un contrat social qui soit à la fois flexible et responsable. Bref, nous avons plus que jamais besoin de réhabiliter le Modèle Québécois, dans une version actualisée.
Il est clair que l’éclatement des idéologies au Québec sera d’autant plus aigu, que les débats de société suivent non pas deux mais trois axes idéologiques: socialisme versus néo-libéralisme, conservatisme versus libéralisme, indépendance versus intégration canadienne. Il reste beaucoup de “niches écologiques” à occuper dans l’espace des idéologies. Et cela augure bien mal.
Le modèle parlementaire britannique, basé peut-être sur une conception manichéenne du bien et du mal, suppose l’existence de deux partis politiques opposés seulement. Ce bipartisme suppose en retour qu’il n’y a que deux réponses possibles à toute question d’ordre moral et qu’une troisième voie est fort probablement assimilable à l’une des deux polarités déjà définies. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que même dans un système présidentiel comme aux États-Unis, l’héritage parlementaire britannique ait solidement ancré le bipartisme.
Dans les faits, un tel modèle s’accommode de la présence de tiers-partis uniquement si ceux-ci sont marginaux. Je ne suis pas surpris que des analystes politiques canadiens aient annoncé très sérieusement la disparition de l’un des trois partis majeurs au Québec; avec un tel “principe d’exclusion”, on nage en pleine physique quantique (ou en darwinisme politique)!
Que dire d’un modèle qui autorise la double minorité à la tête de l’état? Qu’un parti puisse prendre le pouvoir en ayant moins de 50% des députés élus et représentant moins de 50% des citoyens?
Non seulement ce modèle de gouvernement permettrait au PQ de prendre le pouvoir dans des conditions ne permettant pas la souveraineté (puisqu’une minorité réduit à néant la légitimité d’un tel projet)… mais il pourrait très bien évoluer vers une situation inverse, où plusieurs partis souverainistes rejoignent une large majorité de la population, mais sont incapables de se faire élire ou de faire avancer leur projet commun (puisque ce fractionnement n’existe pas du côté fédéraliste). On en vient à espérer le retour du Equality Party!
Une conclusion logique à ce “paradoxe parlementaire”, c’est que le PQ devrait plutôt axer ses efforts politiques en direction d’une réforme de la loi électorale et de la structure du gouvernement, avant même de se lancer dans un épisode référendaire. Ce grand projet de société devrait donc précéder la souveraineté, plutôt qu’en être la conséquence. Je vais poster les détails d’un tel projet dans mon blogue aussitôt que possible.
Hugo Dufort
Le Bic, QC
ps: Veuillez me pardonner pour les fautes d’orthographe et pour les phrases parfois boîteuses. J’ai écrit ce texte d’un seul jet.
Monsieur Facal,
La dernière phrase de votre texte m’a fait rire aux larmes. J’ai d’ailleurs méchamment saccagé un journal du Tim Hortons pour traîner votre citation avec moi et la partager à mes collègues!
Je vais me permettre de répondre a votre question en fin de texte, M. Facal.
Cela dépend de l’espace a remplir dans le journal. Un jour plat ou rien d’important ne se passe il se peut que quelqu’un quelque part se souvienne d’une déclaration de l’hypothétique Justin Tremblay et en fasse un papier, puisque de toute facon il faut bien trouver de quoi à publier. A partir de ce point les ténors des autres partis pourront se pourlècher les babines en pensent au gibier de potence que l’on vient de leur servir sur un plateau d’argent.
On n’a qu’a penser à Jean-Francois Plante qui a fait des commentaires maladroits sur une radio internet écoutée par 12 personnes ou presque. Pourtant quelqu’un a sorti ca a quelque part et tout le monde a sauté a pieds joints sur la nouvelle.
Bref, que l’on s’apelle Justin Trudeau, Justin Tremblay ou ti-clin baillargé tous sont égaux devant le besoin de nouvelles des médias d’information.