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Revaloriser la vérité

Si je vous demande pourquoi vous avez si peu d’estime pour les politiciens, vous me répondrez que ces derniers jonglent trop avec la vérité. Nous disons vouloir des politiciens qui donnent l’heure juste. Je vais vous faire un aveu : je n’en crois pas un mot.

Une minorité de la population veut vraiment toute la vérité. Mais la plupart des gens repoussent les mauvaises nouvelles comme un calice qu’ils ne veulent pas boire, et punissent les politiciens qui disent les choses comme elles sont en votant pour leurs adversaires ou en les faisant passer pour des extrémistes. Faut-il ensuite s’étonner que les politiciens choisissent la voie de la facilité que nous les poussons à emprunter ?

On en a vu un bel exemple lors de l’annonce par la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) qu’une très forte hausse des primes était inévitable. La réaction populaire ? Hurlements, indignation, incrédulité. Debout à côté du PDG de la SAAQ, le pauvre ministre des Transports aurait donné sa chemise pour être ailleurs.

En réalité, nous sommes tous un peu responsables de cette situation. À chaque fois que les gouvernements du passé, péquistes comme libéraux, ont annoncé des gels de tarifs, nous poussions des soupirs de soulagement. Mais comme le coût des indemnisations a continué à grimper et que celui des primes n’a pas suivi, la SAAQ est aujourd’hui en déficit. Pour qu’un régime d’assurance fasse ses frais, il est pourtant normal que le coût des primes soit ajusté périodiquement pour couvrir les débours.

Partout pareil

Les exemples sont innombrables. Tous les gouvernements passés ont gelé les droits de scolarité universitaires pour acheter la paix avec les associations étudiantes. Une année à l’université coûte en moyenne 1890 $ au Québec alors qu’elle coûte  4850 $ dans le reste du Canada. Résultat : nos universités sont aussi sous-financées que nos hôpitaux, ce qui est dramatique dans une économie du savoir. Avons-nous au moins rendues nos universités plus accessibles aux jeunes issus des milieux défavorisés que celles des autres provinces ? Pas du tout.

Prenez maintenant nos garderies à  sept dollars. On gèle les tarifs durant des années parce que c’est politiquement rentable. Mais pendant ce temps, les salaires des éducatrices, les coûts de construction, les assurances, tout cela augmente. Le gouvernement se retrouve rapidement débordé parce que les revenus n’ont pas suivi les dépenses. Résultat : le gouvernement n’a plus l’argent pour payer des salaires décents aux éducatrices, qui se mettent alors en grève. Mais dans l’immédiat, nous nous réjouissons de payer des tarifs si bas qu’ils nous donnent la fausse impression que le service est presque gratuit.

Les locataires sont habituellement très heureux que la Régie des loyers limite sévèrement les hausses de loyers. Il est vrai que les ménages à très faibles revenus consacrent une trop forte proportion de leur budget à se loger. Mais le contrôle des loyers est si rigide que personne n’a intérêt à construire des immeubles locatifs qui ne pourront faire leurs frais. Résultat : pénurie de logements et familles démunies hébergées dans des gymnases. Toute la pression se retrouve alors sur le gouvernement, donc sur l’ensemble de contribuables, pour qu’ils financent du logement subventionné par leurs impôts. Assar Lindbeck disait jadis qu’un contrôle trop strict des loyers était le moyen le plus infaillible de tuer un quartier….après les bombardements.

La morale de cette histoire est que nos politiciens font des choix populaires à court terme, mais funestes à long terme, parce que nous ne récompensons pas ceux qui donnent l’heure juste et préférons nous laisser bercer par la trompeuse musique de ceux qui font croire que l’on peut éternellement vivre à crédit.