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Dix ans après le référendum de 1995, le Canada anglais commence à comprendre qu’il pourrait bientôt y avoir un autre référendum au Québec. Rien n’est jamais sûr, mais quatre choses fondamentales ont changées depuis 1995, et les quatre semblent à l’avantage des souverainistes.

Un nombre considérable de jeunes, qui sont massivement souverainistes, auront droit de vote la prochaine fois. Les souverainistes plus âgés ne semblent pas, pour la plupart, avoir changé d’avis. Bref, la démographie joue peut-être en faveur de la souveraineté pour quelques années.

La souveraineté, c’est essentiellement une affaire de confiance en soi. Peu à peu, les Québécois apprivoisent le succès et gagnent en confiance. Une assurance tranquille s’est substituée à la ferveur de jadis. Cela rend d’autant moins efficace l’évocation des risques économiques de la souveraineté, qui fut toujours l’argument principal des fédéralistes.

Une majorité de la population canadienne s’est aussi toujours opposée à négocier la mise en commun de quoi que ce soit avec un Québec souverain. Pourquoi se dire ouvert à la négociation quand vous êtes en position de force ? Pour la première fois, des sondages indiquent le contraire. Cela montre que les Canadiens prennent au sérieux les chances des souverainistes et sont capables de regarder une carte. Pouvez-vous imaginer un Canada divisé en deux moitiés, avec un Québec indépendant dans le milieu, sans un minimum de bonne entente entre voisins ?

Pendant vingt ans, les Québécois ont aussi eu le choix entre trois projets politiques : la souveraineté, le Canada à la Trudeau, ou le fédéralisme renouvelé tel que l’envisageaient des gens comme Robert Bourassa ou Claude Ryan. Cette troisième voie, c’était un Québec qui serait resté dans le Canada, mais avec un statut particulier et des pouvoirs supplémentaires pour la langue, la culture et l’immigration. Le Québec fort dans le Canada uni d’Yvon Deschamps.

Cette troisième voie fut longtemps le projet préféré de la majorité des Québécois parce qu’il correspondait à leur tempérament prudent et qu’il est difficile de se détacher d’un pays que vos ancêtres ont bâti. Mais cette troisième voie fut mortellement blessée par le coup d’État constitutionnel de Trudeau en 1982, et fut ensuite achevée avec l’échec de Meech, quand les demandes les plus modestes jamais présentées par le Québec furent jugées inacceptables par le Canada.

Le verrou

La majorité canadienne se construit aujourd’hui un Canada à son goût, tel que l’avait rêvé Trudeau, dans lequel les Québécois francophones sont une minorité ethnique au même titre que les Canadiens d’origine chinoise ou ukrainienne. Il ne reste donc que deux options : la souveraineté ou la continuation de ce que nous vivons. Jean Charest le sait tellement qu’il dirige le premier gouvernement de l’histoire contemporaine du Québec qui n’a pas de revendications constitutionnelles. Il se satisfait d’ententes administratives quand les empiètements fédéraux dans les juridictions québécoises  le mettent devant des faits accomplis.

Si Jean Chrétien et Stéphane Dion ont mis tant d’énergie à essayer de changer les règles du prochain référendum, c’est non seulement pour rendre impossible une victoire souverainiste, mais aussi pour ne pas la reconnaître si elle survenait. Quand on ne peut changer un système, on le verrouille. Pourtant, la Cour suprême du Canada n’a jamais dit que la question de 1995 n’était pas claire. Elle n’a pas non plus proposé un autre seuil de majorité que celui que l’ONU elle-même exige quand elle supervise des référendums à travers le monde.

Dix ans après le référendum de 1995, le système politique canadien s’enfonce dans la paralysie constitutionnelle. Toutes les ententes administratives n’effaceront pas ce refus canadien de reconnaître la différence québécoise. Sans la capacité ni même la volonté d’accommoder le Québec, le Canada d’aujourd’hui ne maintient son unité qu’en niant les principes sur lesquels il a été fondé et auxquels tant de Québécois ont cru. Mais pour combien de temps ?