Réforme électorale: il faudra se hâter lentement
29 janvier 2005 par Joseph Facal
Des observateurs intelligents de notre vie publique, comme Michel Venne, finiront peut-être par me convaincre qu’il faut modifier notre mode de scrutin. Mais la faiblesse des arguments entendus jusqu’à maintenant me rend de plus en plus sceptique. Je mesure bien cependant à quel point il est devenu impopulaire et risqué de défendre de vieilles institutions.
Il faut d’abord vouloir une réforme pour les bonnes raisons. On nous présente la réforme du mode de scrutin comme un antidote au cynisme à l’endroit de nos institutions politiques et comme une façon de revitaliser notre démocratie. Rien ne permet d’établir un tel lien de cause à effet. Le décrochage politique est au moins aussi élevé dans les sociétés qui ont d’autres modes de scrutin.
Partout et à toutes les époques, les politiciens ont toujours été des mal-aimés parce que la lutte pour le pouvoir est souvent inélégante, parce qu’ils doivent prendre des décisions impopulaires, et parce qu’ils sont confrontés à des problèmes infiniment plus complexes que ne le pensent les citoyens. La démocratie québécoise est certainement perfectible, mais elle est moins malade que ne le prétendent ceux qui trouvent toujours plus verte l’herbe du voisin et veulent lui administrer un remède auquel ils prêtent d’illusoires vertus.
On comprend évidemment que des petits partis comme l’ADQ ou l’UFP souhaitent un changement des règles qui les dispenserait de devoir recueillir de larges appuis. Des intellectuels sincères appuient aussi cette réforme, mais en se drapant dans un agaçant monopole de la vertu qui laisse entendre que ceux qui ne pensent pas comme eux sont moins démocrates.
Il est vrai que notre système produit des anomalies comme celle de 1998 où les péquistes avaient eu plus de sièges et les libéraux plus de votes. Mais ce n’était que la troisième fois dans notre histoire que cela se produisait. En l’an 2000, Al Gore obtint plus de votes que George W. Bush, mais moins d’appuis au collège électoral. Aucun système n’est à l’abri des anomalies. Il s’agit donc de savoir si le changement en vaut la chandelle.
Un système politique est le produit d’une histoire et d’une culture qui lui donnent son ancrage, sa légitimité et auquel les gens s’attachent plus qu’ils ne le réalisent. Je persiste à m’interroger sur l’accueil qui serait fait à un candidat rejeté par l’électorat, mais qui deviendrait tout de même député après avoir été repêché par la grâce des nouvelles règles. L’immense majorité des actuels députés sont d’ailleurs contre les changements proposés malgré les positions officielles de leurs formations. Ils trouvent bien sûr valable le système qui les a fait élire, mais ils sont aussi les mieux placés pour savoir que la vraie légitimité s’est toujours gagné ici par les urnes.
On balaie trop cavalièrement des inquiétudes légitimes comme la constitution de minorités de blocage ou l’importance de préserver un pouvoir québécois fort dans le contexte canadien. Faut-il absolument faire passer pour des demeurés ceux qui les soulèvent ? On évoque également que des personnalités éminentes comme René Lévesque ou Claude Ryan appuyaient ces changements, alors qu’ils firent pourtant de longues carrières en s’accommodant du système actuel.
Cette question fait les délices de minorités agissantes qui voudraient faire croire qu’elles représentent une majorité. Quand on connaît la fâcheuse tendance du gouvernement Charest à faire plaisir à des lobbies bien organisés, il convient d’autant plus de se hâter lentement.
