Quitte ou double pour Jean Charest?
19 août 2005 par Joseph Facal
Tout est en place pour un autre psychodrame entre le gouvernement du Québec et les syndicats des employés du secteur public. Rien de cela n’est nouveau, mais trois facteurs viennent compliquer encore plus la situation : l’impopularité abyssale du gouvernement, l’inexistence d’une quelconque marge de manœuvre budgétaire, et la profonde méfiance entre les parties.
Il est vrai que les demandes syndicales sont exorbitantes. Mais il est tout aussi vrai que les employés de l’État ne sont pas surpayés, et que l’écart s’est creusé à leur détriment, ces dernières années, entre eux et les travailleurs du secteur privé.
L’offre gouvernementale de 12,6 % sur six ans équivaut à une augmentation moyenne de 2 % par année, soit environ le taux moyen d’inflation des dernières années. En clair, les employés de l’État ne feraient aucun progrès en termes de pouvoir d’achat. Dans le secteur privé, la progression des salaires des dernières années a été nettement plus forte…mais le danger de perdre son emploi aussi.
On peut bien invoquer l’état des finances publiques, mais cet argument n’a jamais ébranlé les chefs syndicaux. Leur mandat est d’abord de faire avancer les intérêts de leurs membres. On aimerait parfois une autre attitude, mais c’est au gouvernement qu’incombe la responsabilité fondamentale de défendre l’intérêt général.
À tout prendre, l’agressivité d’un syndicat qui veut faire des gains salariaux est-elle pire que le chantage d’une entreprise qui rafle des subventions dont elle n’a pas besoin en menaçant de partir ? Personne n’a le monopole de la cupidité.
Prenons maintenant le point de vue du gouvernement. Les demandes syndicales sont de 12,5 % sur trois ans et ne tiennent pas compte du règlement de l’équité salariale, qui représente à lui seul quelques centaines de millions de dollars.
Le maintien du déficit zéro est une fiction comptable depuis au moins deux ans en raison de l’alourdissement de la dette. Mais les propres projections du gouvernement prévoient un déficit de 773 millions l’an prochain dans le scénario optimiste où la croissance économique anticipée est au rendez-vous. Or, les signaux en provenance des États-Unis sont très inquiétants.
Comme Jean Charest a déjà brisé deux fois sa promesse de baisser les impôts, il signerait son arrêt de mort en les haussant pour acheter la paix. Augmenter la dette ? Elle est déjà deux fois plus lourde par habitant au Québec que dans le reste du Canada. Et le premier ministre a lui-même fermé cette avenue en s’engageant à ne plus refiler les factures aux jeunes.
Une partie de la solution pourrait passer par Ottawa qui continue à engranger des surplus choquants en raison du déséquilibre fiscal. Mais comment Jean Charest pourrait-il faire plier Ottawa tout seul ? Les autres provinces n’ont aucune réticence à laisser le gouvernement central envahir leurs juridictions, et notre premier ministre n’a aucun pouvoir de négociation parce qu’il a choisi d’être inconditionnellement fédéraliste.
De toute façon, même un miraculeux règlement du déséquilibre fiscal ne suffirait pas à combler les demandes syndicales, et le gouvernement fait face à bien d’autres demandes légitimes.
Quand on ne peut plus reculer ni faire un pas de côté, il ne reste qu’à foncer. Au beau milieu d’un tumulte similaire, Robert Bourassa avait remporté les élections de 1973 en posant aux Québécois une simple question : qui gouverne ? Mais Jean Charest n’a sans doute plus la force politique pour réussir un tel coup d’audace. Il lui restera toujours la prière.
