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Les hausses de prix subites sont évidemment plus choquantes que les hausses régulières. Tous ceux qui ont été outrés par une hausse de vingt sous le litre d’essence en une journée semblent avoir oublié que les prix du pétrole ont triplé depuis quatre ans. Mais cela ne justifie pas les bêtises que l’on entend ces derniers jours.

Au moment d’écrire ces lignes, le prix de l’essence est inférieur, en termes réels, à ce qu’il était en 1979. Cette année, le prix du pétrole avait doublé en six mois. Cette fois, il a fallu dix-huit mois pour qu’il double.

Excusez-moi, mais il faut être naïf ou très mal informé pour s’étonner de ce qui arrive. Pour l’ensemble de la planète, la consommation de pétrole de l’an dernier a été la plus forte des trente dernières années. Quand la demande explose, que l’offre se resserre et que les compagnies pétrolières font tout pour protéger leurs marges de profit, le résultat est aussi prévisible que l’hiver après l’automne.

Les trois dernières récessions – celles de 1973, de 1978 et de 1989 – ont toutes été provoquées principalement par des hausses des prix du pétrole. Est-ce que cela va se reproduire ? La vérité est que personne ne le sait.

À qui la faute ? La mode du jour, c’est de blâmer la Chine. Il est vrai que la Chine et les États-Unis sont de loin les plus gros consommateurs au monde. Comme l’essence en Chine est lourdement subventionnée par les autorités, les consommateurs chinois n’ont aucun intérêt à freiner leur appétit.

Il reste que chaque Chinois consomme quinze fois moins d’essence que chaque Américain.  À eux seuls, les États-Unis consomment le quart de tout le pétrole mondial. Chaque dollar de PIB produit aux États-Unis gruge deux fois plus de pétrole qu’en Europe.  Pourquoi ? Parce que l’essence y est deux fois moins chère qu’en Allemagne.

On peut aussi être certain que le président Bush, qui est plus près du lobby du pétrole que de n’importe quel autre, ne fera pas ce qui serait responsable : taxer l’essence pour encourager les économies d’énergie. Bref, les États-Unis seraient bien mal avisés de faire la morale à qui que ce soit.

Avons-nous raison d’être fâchés contre les compagnies pétrolières ? Oui, sauf que nous vivons tout simplement les effets d’un cartel. Un petit nombre de joueurs contrôle chaque étape du processus de production : de l’exploration à la vente au détail en passant par l’extraction et le raffinage. Quand l’une d’entre elles hausse ses prix, les autres emboîtent le pas.

Dans cette industrie, la théorie économique classique en prend pour son rhume. Aucune compagnie pétrolière n’est sanctionnée par le marché pour cause d’incompétence. La concurrence y est disparue depuis que les gros ont mangé les petits.

Et nous, les consommateurs ? Égaux à nous-mêmes : toujours plus prompts à blâmer les autres qu’à changer nos habitudes de consommation.

Il est carrément stupide de blâmer le gouvernement du Québec. Comme il est lui-même un des plus gros consommateurs d’essence, sa propre facture augmente. Quant aux taxes qu’il prélève sur l’essence, elles financent des services publics, et nous grimpons aux rideaux à la moindre menace de compressions dans leur financement.

Mais les crises ont parfois l’avantage de forcer des remises en question.