Qui sommes-nous?(1)
23 novembre 2006 par Joseph Facal
Si la suite des choses est bien gérée, Mario Dumont aura peut-être rendu un fier service au peuple québécois.
Qu’a dit Mario Dumont au juste? Que la société québécoise, sans être parfaite, est accueillante et généreuse, et qu’elle n’a pas de leçons de morale à recevoir de quiconque. Que la majorité, qui ouvre ses bras aux étrangers ou qui accepte que des communautés établies ici depuis longtemps puissent préserver certaines coutumes ancestrales, a parfaitement le droit d’affirmer ses valeurs sans se sentir coupable. Il a aussi noté que certaines des revendications faites par des groupes religieux étaient totalement déraisonnables et qu’il faudrait un débat public avant que la frustration grandissante que l’on sent se transforme en ressentiment durable.
Sur tous ces points, Mario Dumont a entièrement raison. Là où il a erré, c’est seulement en alimentant la confusion qui existe déjà dans l’esprit de beaucoup de gens entre certaines demandes complètement loufoques, comme d’installer des vitres givrées au YMCA, auxquelles des directions d’établissements pleutres et qui devraient avoir honte ont consenti sans y être obligées, et la notion juridique d’accommodement raisonnable, qui n’oblige une organisation à chercher un compromis raisonnable que dans les seuls cas où des droits fondamentaux sont compromis.
Jusqu’ici, monsieur Dumont n’a donc strictement rien dit qui dépassait les bornes. Il s’avance sur un terrain qui est délicat, mais ce n’est pas une raison pour s’interdire d’y aller. C’est en partie parce que notre classe politique fuit comme la peste les sujets qui préoccupent vraiment nos concitoyens qu’elle est si discréditée. Comme monsieur Dumont n’a fait que dire ce que ressent un nombre croissant de Québécois, lui en faire reproche revient à dire que plusieurs de ceux qui font métier de nous dire comment il faut penser ou qui aspirent à nous diriger croient que le bon peuple, comme toujours, ne comprend rien à rien et a tort de ressentir ce qu’il ressent.
La tête dans le sable
La vérité, c’est que l’intégrisme religieux progresse au Québec. Le phénomène est, pour le moment, marginal, mais il gagne rapidement du terrain, minant progressivement la cohésion sociale et semant les germes du ressentiment. Pourquoi le Québec serait-il, comme par enchantement, à l’abri des graves tensions que vivent déjà les sociétés européennes? Les homélies pieuses et les procès d’intention de toutes ces vierges offensées qui dissimulent leur vide ou leur lâcheté derrière leur moralisme à deux sous font plus de tort que de bien.
Évidemment, ne soyons pas dupes. Monsieur Dumont a désespérément besoin de relancer un parti qui jouera sa survie à l’occasion de la prochaine élection. À la veille d’une importance réunion qui risquait de passer totalement inaperçue, il lui fallait trouver un moyen de braquer les projecteurs sur lui. Il a donc joué une de ses dernières grosses cartes. Mais reprocher à un politicien de faire parfois preuve d’opportunisme, c’est comme s’étonner qu’un musicien ait de l’oreille. Les autres partis n’ont qu’eux-mêmes à blâmer s’ils ont laissé monsieur Dumont se saisir d’une question cruciale qu’ils auraient dû aborder depuis longtemps.
Il faudra attendre pour voir si, derrière le coup de gueule de Mario Dumont, se profile une contribution intellectuellement robuste de son parti sur l’un des enjeux les plus vitaux des prochaines années: comment une société culturellement minoritaire doit-elle gérer la diversité ethnique sans sacrifier son identité propre? Monsieur Dumont a maintenant le devoir d’approfondir correctement le chemin qu’il vient d’ouvrir.
Chose certaine, il ne faudra pas compter sur les libéraux, qui ont épuisé leurs réserves de courage politique, pour aborder franchement cette question. On sent cependant que ce sont les souverainistes qui sont les plus déstabilisés par cette question. Normalement, ce serait pourtant à eux de défendre avec vigueur l’identité québécoise, qui est la raison d’être la plus fondamentale de leur projet. Je vous explique leur dilemme la semaine prochaine.
