Articles
Commentaires

Bernard Landry mérite pleinement les hommages qu’il reçoit ces derniers jours. Le Parti Québécois doit cependant regarder vers l’avant. Que doit-il faire ?

Dans la tourmente, il faut toujours revenir à l’essence des choses. Dès son retour au pouvoir, le Parti Québécois doit se donner trois objectifs fondamentaux : faire du Québec un pays le plus tôt possible, créer davantage de richesse et la partager plus efficacement, et préparer le Québec au choc démographique.

D’ici là, les priorités du prochain chef péquiste crèvent les yeux : refaire l’unité du parti, proposer des idées claires, augmenter le nombre de membres, solidifier l’organisation et assainir les finances du parti. Il faudra aussi une discipline de fer pour vaincre des libéraux qui auront sans doute remplacé Jean Charest par Philippe Couillard.

La souveraineté est à portée de main si le PQ explique avec des mots simples ce qu’elle permettrait de changer concrètement dans nos vies. Mais il n’y aura pas de raccourci pour y parvenir. Les Québécois n’accepteront rien qui ne soit irréprochable au plan démocratique. Quand on se radicalise, on se marginalise, et on repousse ceux dont on a besoin pour construire une majorité.

Le Parti Québécois doit aussi comprendre que le Québec a changé. Le Québec de la Révolution tranquille s’est construit autour de trois idées fortes : les francophones devaient reprendre le contrôle de leur économie, la langue française était menacée, et il fallait se doter d’un État fort pour progresser collectivement. Il faut rester vigilants, mais les progrès accomplis justifient une attitude plus ouverte et confiante, moins crispée.

Le monde a aussi changé. La mondialisation rend l’État plus essentiel que jamais, mais nous force à être beaucoup plus performants au plan économique. Il y aura aussi de moins en moins de jeunes et de plus en plus d’aînés, ce qui va nous forcer à repenser le financement de tous nos programmes sociaux. Les changements technologiques sont déjà en train de profondément modifier  l’organisation du travail.

Le Parti Québécois n’a pas encore pris la pleine mesure de ces bouleversements. Il n’a pas fait la modernisation que les travaillistes britanniques de Tony Blair ont faite. Ce n’est pas se renier ou se trahir que d’admettre qu’on ne peut plus être social-démocrate en 2005 comme on l’était en 1985.

Le Parti Québécois s’est toujours défini comme un parti de centre-gauche, et c’est très bien ainsi. Mais il y a un monde de différence entre une gauche responsable et un gauchisme stérile. La première encourage les entrepreneurs. La deuxième les voit comme un mal nécessaire. La première considère que des finances publiques saines sont le fondement d’une vraie solidarité sociale. La deuxième considère que le déficit zéro fut une dérive néo-libérale. La première pense qu’il faut outiller les gens pour les rendre autonomes. La deuxième ne voit rien d’anormal à ce qu’ils restent dépendants de l’État pendant une vie entière.

Mais surtout, le prochain chef devra débarrasser le parti de cette image d’arrogance intellectuelle qui lui colle à la peau. C’est au Parti Québécois d’aller à la rencontre du peuple et de partir de ses préoccupations, plutôt que de se désoler qu’il n’ait pas encore vu la lumière qu’il leur propose.