Que faire maintenant?
24 janvier 2007 par Joseph Facal
Il serait dommage de ne pas donner des suites concrètes au débat des derniers jours sur les revendications des minorités religieuses. Par où commencer?
D’abord en comprenant qu’un débat public sur une question émotive n’est pas un séminaire universitaire. Il était normal que la discussion parte dans toutes les directions. C’est ensuite qu’il faut savoir se ramasser et choisir les bonnes cibles. Ceux qui ne rendent service à personne, ce sont ceux qui auraient souhaité que ce débat n’ait jamais lieu.
Évidemment, la campagne électorale vient tout compliquer. Dans un tel contexte, les idées émises par les leaders politiques servent moins à faire progresser les enjeux qu’à marquer des points politiques. Mario Dumont avait certes raison de dénoncer notre mollesse face à des revendications qui, souvent, n’ont rien de raisonnables, mais sa sortie n’était évidemment pas désintéressée. L’ADQ n’a pas toujours pensé cela.
Les libéraux, eux, ne voudraient surtout pas indisposer des communautés culturelles qui votent massivement pour eux. Le Parti québécois, lui, ne peut se permettre de laisser l’ADQ se poser en défenseur de la majorité francophone.
Quel que soit le prochain gouvernement, pourrait-on au moins s’assurer de réussir le passage de l’enseignement confessionnel à l’enseignement de culture religieuse qui est prévu pour l’automne 2008 ? Quand on songe à nos conventions collectives délirantes, aux faibles exigences de formation des enseignants, aux ratés du programme d’histoire au secondaire, aux aberrations qui émanent parfois du ministère de l’Éducation, on peut s’inquiéter.
J’imagine d’ici tous ces journalistes qui demanderont d’assister aux premiers cours. Je vois d’ici telle communauté dire qu’on parle trop des autres religions et pas assez de la sienne, ou pas de la bonne manière. Nous avons un an et demi devant nous. Personne ne pourra dire qu’il n’avait pas vu venir la tempête.
On nous apprenait aussi hier qu’une importante commission scolaire exemptait certains élèves de devoir jouer de la flûte à bec dans les cours de musique. Leurs parents pratiqueraient, paraît-il, une forme particulièrement rigide d’islamisme qui condamne cela. Les experts étaient unanimes: une demande parfaitement déraisonnable à laquelle il ne fallait pas céder.
Sans s’imaginer qu’on peut tout prévoir à l’avance, ne serait-il pas possible de répertorier les situations les plus typiques afin de produire ensuite des codes de conduite qui aideraient le personnel des établissements à savoir comment réagir? Certains hôpitaux ont déjà commencé.
Relever le regard
Toutes ces affaires devraient aussi nous faire réaliser que nos politiques d’immigration ont, jusqu’ici, surtout été conçues en fonction de nos besoins de main-d’oeuvre. Cette perspective économique est bien sûr nécessaire, mais elle est trop étroite.
Nos politiques d’intégration, elles, baignent dans les bons sentiments. Quand nous les examinons de plus près, nous les abordons toujours sous l’angle de la reconnaissance des diplômes, de l’accès au logement ou de la lutte à la discrimination. Tout cela est évidemment très bien, mais ne devrait pas empêcher de se poser des questions autrement plus fondamentales.
Est-il réaliste d’espérer l’intégration au Québec francophone d’enfants qui fréquentent des écoles à 80% d’origine immigrante? Est-il normal que 60% des allophones migrent vers les cégeps anglophones dès que la loi 101 cesse de s’appliquer? Est-il normal que, pour les immigrants arrivés depuis 1981, ceux qui sont d’origine non latine ne soient que 38% à avoir une connaissance fonctionnelle du français? Connaissez-vous une autre société en Occident dans laquelle on demande à une seule ville d’intégrer la quasi-totalité des immigrants?
Et puis, question encore plus fondamentale: réalise-t-on qu’on demande à une petite société de sept millions de francophones, en Amérique du Nord, de réussir l’exploit de trouver l’équilibre entre l’ouverture et la protection de ce qu’elle est, alors qu’elle fait partie d’un pays dans lequel l’idéologie officielle du gouvernement central est qu’il est bon de préserver et même de cultiver les différences d’origine?
