Pourquoi les intérêts particuliers triomphent souvent de l’intérêt général
22 avril 2005 par Joseph Facal
Qui d’entre nous ne ressent pas périodiquement la frustration de voir des groupes de pression bien organisés réussir à obtenir de nos gouvernements des avantages qui, à l’évidence, vont à l’encontre de l’intérêt général ?
Comment se fait-il, par exemple, que des entreprises obtiennent des subventions pour des projets de développement qu’elles auraient fait de toute manière ? Comment se fait-il que des cols bleus se font reconnaître des planchers d’emploi qui ont pour effet automatique d’augmenter les impôts des contribuables ? Comment se fait-il que certains ordres professionnels parviennent à bloquer l’accès à la pratique aux immigrants, et entretiennent ainsi une pénurie contraire à l’intérêt général ?
La démocratie représentative n’est-elle pas fondée sur l’idée que les élus sont censés représenter l’intérêt général ? Un célèbre économiste américain, Mancur Olson, trouva jadis une explication que personne à ce jour n’a surpassée.
Chacun des membres d’un petit groupe organisé aura un intérêt personnel considérable à ce que son groupe obtienne ce qu’il cherche. Inversement, chacun des membres de la majorité ne devra assumer qu’une infime fraction du coût total de cette mesure au profit du petit groupe. La minorité sera donc beaucoup plus motivée à obtenir ce qu’elle veut que la majorité ne sera motivée pour la bloquer, à plus forte raison lorsque le coût de la mesure est dissimulé dans une fiscalité opaque. Ces petits groupes marchanderont donc leur appui aux politiciens contre des promesses futures d’intervention étatique.
Supposons que vous souhaitez vous faire élire. Vous devez donc additionnez les promesses de vote en votre faveur. Serez-vous porté à défendre l’intérêt d’une majorité relativement indifférente parce que les enjeux n’entraînent qu’un coût infime pour chacun d’entre nous ? Ne serez-vous pas davantage sensible à des minorités plus motivées qui vous financeront, vous soutiendront bruyamment…ou pourraient vous faire très mal si vous choisissez de leur tenir tête. L’idéalisme a un prix que peu d’hommes politiques seront prêts à payer.
Prenons l’exemple de certaines denrées agricoles comme le lait, les œufs ou la volaille. Il est vrai que nos agriculteurs sont en concurrence avec des producteurs étrangers lourdement subventionnés. Il est logique qu’ils veuillent se battre à armes égales.
Mais du point de vue du consommateur, la fixation de quotas de production réduit l’offre et augmente les prix. Ce qui est bon pour la minorité est désavantageux pour la majorité. Mais cette dernière ne se mobilisera pas pour payer ses œufs quelques sous de moins. Alors que pour chaque producteur, ces quelques sous feront toute la différence entre la prospérité ou la faillite. Qui mettra le plus de pression sur les politiciens ?
Le plus bel indice que les prix des produits agricoles réglementés sont beaucoup plus chers que les prix d’un marché libre, c’est la petite fortune qu’un aspirant producteur doit payer pour acheter le droit d’entrer dans ce marché. L’achat du droit de produire coûte souvent plus cher que la valeur des animaux, de la machinerie et des installations.
Les pères fondateurs des États-Unis avaient bien vu que le suffrage universel, même s’il est le meilleur des systèmes, est vulnérable à ces distorsions contraires à l’intérêt général. Pour eux, le gouvernement ne devait donc lever que des taxes à taux uniforme pour financer des mesures au bénéfice de tous. Nous devrions méditer sur la sagesse de ces temps révolus.
