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Pour un québec lucide

L’impact du Manifeste pour un Québec lucide, dont je suis l’un des signataires, a dépassé toutes nos attentes. Nous avons touché les cordes sensibles de tous ces Québécois qui sentent que nous préparons des jours difficiles à nos enfants. Allez donc lire le texte intégral, et faites-vous votre propre opinion. Quant à certaines des réactions hystériques entendues, elles illustrent ce que nous disions : au Québec, la façon habituelle de faire taire quelqu’un est de lui coller une étiquette sur le front et de l’insulter.

Tous les signataires reconnaissent que notre modèle de société a, somme toute, bien fonctionné depuis quarante ans. Aucun d’entre nous ne propose de le jeter au panier. Aucun d’entre nous ne propose que les sacrifices soient faits seulement par une partie de la population. Nous ne prétendons pas non plus avoir le monopole de la lucidité. Nous disons seulement que nous vivons à crédit, et ne réalisons pas les effets dévastateurs que notre déclin démographique aura dans un monde où la concurrence sera de plus en plus impitoyable. Le président du Mouvement Desjardins, Alban d’Amours, qui n’est pas un homme de droite, disait exactement la même chose que nous le lendemain devant la Chambre de commerce de Québec.

Personne n’a pu nier nos constats. Les solutions que nous avançons sont discutables et douloureuses, mais ceux qui les rejettent n’en proposent pas ou ne vont pas au bout de leur raisonnement. Tout le Québec se dit maintenant en faveur de reprendre le contrôle de notre dette et d’investir massivement en éducation. Mais où trouver l’argent si on refuse complètement ce que nous proposons ?

D’autres solutions ?

Il est faux de dire que les riches ne paient pas leur juste part des impôts : il n’y a que deux pour cent des contribuables qui gagnent plus de cent mille dollars par année et ils fournissent le quart de tous les impôts payés. Il est faux de dire que le Québec est un paradis fiscal pour les entreprises : aux impôts qu’elles paient sur leurs revenus, il faut ajouter les taxes sur le capital, sur la masse salariale et les cotisations pour la santé. De toute façon, nous n’avons jamais dit que les entreprises ne devaient pas faire leur part. L’évasion fiscale existe, mais il est irréaliste de penser l’éliminer complètement.

Le gel des frais de scolarité équivaut à faire subventionner l’éducation d’une minorité par des contribuables dont les enfants n’auront pas, pour la plupart, la chance de fréquenter l’université. Mais au Québec, on appelle cela être «progressiste». En maintenant les tarifs d’hydro-électricité à des niveaux absurdement bas, nous nous privons d’un fabuleux levier de développement collectif. Il paraît que c’est néo-libéral de vouloir augmenter les dividendes d’Hydro-Québec pour les réinvestir dans nos écoles, nos hôpitaux et nos garderies. Nous y voyons plutôt de la solidarité entre les générations.

Nous n’avons pas non plus banalisé la question du statut politique du Québec. Décider si le Québec doit rester dans le Canada ou en sortir est une question cruciale qu’il faudra régler pour de bon un jour. Nous disons simplement qu’il est illusoire de penser que le règlement de cette question, dans un sens ou dans l’autre, nous dispensera de prendre des décisions difficiles.

On nous a reproché de ne pas parler des régions, de l’environnement et de la culture. C’est aux partis politiques qui aspirent à gouverner qu’il revient de préparer des programmes complets. Certains ont aussi déploré de ne pas retrouver dans notre texte une vision globale de la société. Mais il est naïf de penser qu’un regroupement de souverainistes et de fédéralistes, certains plus à gauche et d’autres plus à droite, pourrait y parvenir. Notre but était essentiellement de faire partager notre inquiétude afin de sonner le réveil. Je crois que c’est bien parti.