Plus ça change
27 janvier 2010 par Joseph Facal
J’ai fait un saut au Québec la semaine dernière à l’occasion du lancement de mon livre.
C’est comme si je n’étais jamais parti : le même pelletage en avant de nos problèmes, les mêmes petits calculs politiques à courte vue, les mêmes faussetés véhiculées par les mêmes personnes.
Le Québec au grand complet continue à vivre au-dessus de ses moyens, exactement comme un individu qui fait la grosse vie tant qu’il y a de la marge sur ses cartes de crédit. La différence est que la facture sera refilée à nos enfants.
Quant à la passivité du gouvernement, elle n’a que deux explications : ou bien il n’y a vraiment que le pouvoir qui l’intéresse, ou alors, comme le soulignait le chroniqueur Michel David du Devoir, Jean Charest ne veut pas, à la veille de négociations difficiles avec les syndicats, donner à ces derniers l’opportunité de se poser en «défenseurs du monde ordinaire» face à des hausses de tarifs.
Nos concitoyens, eux, conscients que ça va mal, voudraient pouvoir refiler TOUTE la facture aux plus privilégiés.
C’est un réflexe normal, mais illusoire.
La société québécoise fait penser à une famille qui s’est procurée à crédit deux autos, un chalet, des vacances dans le sud et une piscine creusée…et qui voudrait croire qu’elle s’en sortira en suspendant un abonnement à une revue ou en trouvant quelqu’un qui aura la grandeur d’âme de payer pour elle.
Il faut dire que des forces puissantes travaillent à nous endormir. Je participais l’autre jour à une émission de télévision. Un ex-dirigeant syndical est venu dire que la dette du Québec, quand on la compare à la moyenne des pays de l’OCDE, n’est pas si pire. Je préfère penser que c’était une erreur de bonne foi.
Les chiffres de l’OCDE incluent les dettes de TOUTES les administrations publiques d’un pays. Si vous refaites les calculs en tenant compte des dettes d’Hydro-Québec, du réseau de la santé, des municipalités et notre part de la dette fédérale, la dette québécoise est la cinquième plus lourde en Occident.
Les autres pays très endettés ont cependant une plus grosse capacité de remboursement que nous parce qu’ils ont un plus gros moteur économique. De plus, nous sommes la société qui verra chuter le plus rapidement le nombre de travailleurs qui mettent des bûches dans le poêle pour chauffer tous les autres.
Par où commencer ? Imaginez que vous avez un rendez-vous de routine chez le médecin. D’entrée de jeu, il vous annonce que le traitement de chimio commence demain matin. Maudit malade, direz-vous. Vous grimperez aux rideaux. Vous vous sentez bien.
Par contre, s’il vous montre les radiographies où l’on voit la masse cancéreuse en progression et qu’il vous explique les conséquences si on ne fait rien, vous finirez par accepter. Autrement dit, il faut d’abord comprendre le mal, puis discuter froidement des options de traitement, pour finir par accepter le traitement proposé.
Il faut donc commencer par une massive opération de pédagogie pour expliquer à nos concitoyens la vraie nature du mal et leur faire comprendre que ce mal ne se guérit pas avec de l’aspirine.
13 réponses à “Plus ça change”

Tout à fait d’accord avec vous M. Facal.
Comment expliquez la réaction si négative à votre cri de coeur parmi les ’solidaires’ qui vous accusent de néo-libéralisme à tour de bras.
Je crois que les ’solidaires’ pensent que le soi-disant ‘modèle québécois’ est de l’acquis et qu’une fois acquis ce l’est pour toujours. Et surtout ne nous embêtez pas avec vos théories économiques qui prouvent que la pyramide va s’effondrer.
Je suis toujours abasourdi par le discours d’un Léo-Paul Lauzon, pour en nommer un qui me vient facilement à l’esprit, qui répond que la dette publique n’est pas une vraie dette car ce serait de l’argent que nous nous prêtons à nous-même ???? Pour moi son discours et celui des ’solidaires’ en général c’est du vaudou économique.
Si j’ai une hypothèque sur ma maison et je continue à l’augmenter pour me payer des voyages aux Antilles, peu importe le nom du prêteur, je cours à ma perte.
Franchement on arrivera bientôt au point de non retour avec tout ça et c’est le cycle du pays du tiers monde qui arrivera. La grosse majorité de la population ne se rend pas compte de ce qui se passe mais ceux qui savent et ne veulent rien faire auront un jour à rendre des comptes. Les jeunes d’aujourd’hui sont éduqués, polyglottes et sans frontières. Tous les pays se battent pour aller chercher les meilleurs talents de partout. (Sauf peut-être le Québec qui ne reconnaît par leur diplôme une fois arrivé) On demandera à ces jeunes apatrides de payés des impôts énormes qui iront uniquement à la santé et à la dette en plus d’augmenté leur cotisation à la RRQ. Comment peut-on pensé que cela se produira sans une fuite massive de nos cerveaux vers des pays pour qui l’équité intergénérationnelle est un concept respecté. Regardé les pays du monde ou l’élite quitte pour de meilleurs cieux…
Je viens de terminer votre excellent livre M. Facal et je peux dire que j’en suis sortit avec une impression contradictoire d’espoir et de résignation. Espoir parce que c’est vrai que les Québécois ont déjà accomplis de grande réalisation et résignation parce que j’ai franchement l’impression qu’ils ne veulent plus en faire! Chose certaine, j’espère que les défenseurs du statut quo oseront donner les réponses quand la débandade sera entamée!
J’ai une demande spéciale pour vous M. Facal. C’est un peu hors sujet, mais bon.
J’essaie de puis un bout de temps de retrouver le « Manifeste pour un Québec lucide », mais malheureusement le site que vous aviez mis en place avec vos cosignataires semble être tombé en ruine.
Es-ce que vous pourriez rendre disponible une copie de votre manifeste sur votre blog? Ça serait très dommage que ce texte tombe dans l’oublie.
Bonjour Monsieur Facal,
Les moteurs de l’économie.
Votre analyse n’est pas trop réjouissante.
Pour rencontrer ses dépenses, le gouvernement a besoin de revenus. Notre économie est basée sur la consommation, qui comprend les achats des particuliers et ceux requis dans les projets d’investissement et pour les opérations des entreprises. Le niveau d’activité est une façon de mesurer la « circulation » de l’argent. Le gouvernement va chercher ses revenus en siphonnant dans cette « circulation » (taxes, impôts, permis). Concernant les impôts des particuliers, si la « circulation » de l’argent augmente, cela favorisera les revenus des gens et, par le fait même, plus d’impôt pour le gouvernement.
Le gouvernement a « emprunté » en prévoyant que le niveau d’activité suivrait son ascension (comme un chiffre d’affaires qui augmente au fil des ans). Mais, force est de constater que le système ne tourne pas rond:
- beaucoup de particuliers descendent dans l’échelle des taux d’imposition
- un certain pourcentage d’entre eux deviennent même éligibles à des crédits d’impôt supplémentaires
- les caisses des commerces récoltent moins de taxes
- le gouvernement vient en aide aux démunis et aux entreprises en difficulté
Le résultat est que le gouvernement ne réussit plus à rencontrer ses dépenses et qu’il a accumulé des dettes. Et nous devons conclure que nous devons le renflouer.
Une économiste écrivait aujourd’hui dans le Journal de Montréal que la situation financière du Québec est la pire dans tout l’Occident !!!
Je me pose trois questions:
Est-ce que ce déséquilibre dépenses/revenus va continuer à s’aggraver ?
Qu’est-il arrivé pour que le Québec attire moins les investisseurs (dont les immigrants investisseurs), pour que ça ne marche plus comme avant?
Si, dans un premier temps, les explications ne sont pas trouvées (autres que de se référer au phénomène de la récession), comment pourrons-nous espérer venir à bout de la situation ?
Le travail a un prix.
S’il est trop imposé, ou taxé, ou règlementé, le travail finira par se mettre à l’abri : au noir. Mais ce n’est pas le pire. Le pire, et nous sommes dedans, c’est que les entreprises, si elles ne se mettent pas au noir, elles se mettent à l’abri, sous le manteau de l’état lui-même. À sa charge. Le pluss-pire demeurant les délocalisations.
Subventions et prêts, toujours en appui supposé aux emplois, en amont et en aval, pour le maintien d’emplois existants, ou pour la création d’emplois, et parfois pour une même entreprise.
J’ai connu quelques entreprises, extrêmes, qui argumentaient leurs bonnes performances auprès des médias, mais qui tenaient le discours contraire auprès des fonctionnaires, pour être aidées.
Vous pourrez bien engager tous les fonctionnaires que vous voulez, faire valoir aussi les économies d’échelles que telle activité pourrait valoir à la collectivité, c’est l’omniprésence elle-même de l’état, non pas l’état lui-même, son omniprésence, qui fait problème.
La sôôcial-démocratie a vécue. Mais cela ne signifie pas qu’il faut tout jeter en même temps.
Re-bonjour Monsieur Facal,
La situation est tellement peu réjouissante qu’elle peut même irriter.
Je pense à Gilles Duceppe qui n’en peut plus et qui a décidé d’intervenir pour prévenir la fermeture de Shell dans l’est de Montréal. Oui, c’est terrible, non seulement les investisseurs semblent bouder le Québec, les fermetures et déménagements d’entreprises sont devenus très fréquentes, trop fréquentes maintenant. Ce phénomène est malsain pour la « circulation » de l’argent chez nous.
Pourquoi le Québec est devenu moins attirant ?
Que s’est-il passé ?
Normand, des réponses, peut-être?
40 ans d’incertitude politique
La loi 101
Trop d’intervention de l’état
L’anglophobie
Les taxes
La bureaucratie
Le plus haut niveau de syndicalisation en amérique
Mais, est-ce que cette liste est totalement correcte. Bien non. Il y a la réalité et il y a la perception. Malheureusement la perception est souvent confondue avec la réalité.
A ymdelisle,
40 ans d’incertitude politique: c’est un faux motif car des invertissements se font dans des endroits bien plus incertains qu’au Québec-Canada. De plus l’incertitude est attribuable autant au Canada qui ne veut pas protéger la pérennité du peuple Québécois au niveau constitutionnel qu’au Québec dont la majorité francophone veut son autonomie.
La loi 101: voulez-vous dire qu’on doit se sentir coupable de vouloir protéger notre langue? Une langue nationale n’est pas un problème quel que soit le pays.
Trop d’intervention de l’Etat: les Etats-Unis forment un pays où l’Etat intervient peu et pourtant, on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas de problèmes d’investissement.
L’anglophobie: permettez-moi de vous dire que là, vous charriez et pas à peu près. Quelle serait, selon vous, l’attitude des anglophones si on leur imposait seulement la moitié de ce qu’ils nous font vivre? Ne serait-ce pas eux plutôt qui ont une peur « bleue » du francais? Il y a beaucoup de francais sur les affiches dans l’ouest de l’île?
Les taxes: elles correspondent aux services que nous nous sommes donnés et dont plusieurs Canadians aimeraient avoir. C’est une question de choix. Et puis, ailleurs, dans l’ouest du Canada par exemple, les taxes sont moins élevées mais le coût de la vie, lui, l’est beaucoup plus. C’est relatif…
La bureaucratie: sur ce point, je suis d’accord avec vous. On a probablement hérité cela de nos cousins francais.
Le plus haut taux de syndicalisation en amérique: et puis après? Si les entrepreneurs ont le droit de s’associer et de faire du lobbying auprès du Gouvernement, je ne vois pas pourquoi les employés ne pourraient pas en faire autant. D’ailleurs, les hommes d’affaires sont beaucoup plus puissants que les employés et ils abusent beaucoup plus de leur pouvoir que les simples employés.
Le Québec est aussi attirant qu’ailleurs en autant qu’il y a ici de l’argent à faire. Maintenant, en amérique du nord, c’est bien entendu que les Etats-Uniens vont se servir en premier puis ensuite, les Canadians font de même puis après viennent les Québécois puis les Mexicains. Cela est dans la nature des choses et il n’y a pas de quoi s’en offusquer. Là où l’on doit s’offusquer, c’est lorsque le Gouvernement Canadian n’investit pas proportionnelement autant d’argent au Québec qu’il le fait ailleurs au Canada. C’est d’ailleurs pourquoi le Québec doit être autonome car on n’est jamais si bien servi que par soi-même.
«le 27 jan 2010 à 16:42 daveyy
Tout à fait d’accord avec vous M. Facal.»
Naturellement, le commentateur favori de tous, dave igrec igrec, est toujours en accord avec Joseph. Il ne saurait en être autrement. C’est une symbiose qui dure depuis deux ans.
Mais… Contrairement à tous vos commentateurs/admirateurs, il y a un point de vue différent et contrariant à ce billet.
« Il faut donc commencer par une massive opération de pédagogie pour expliquer à nos concitoyens la vraie nature du mal et leur faire comprendre que ce mal ne se guérit pas avec de l’aspirine. » JF
Je suis impressionné par l’anglophonie de votre pensée. « Massive opération » au lieu de «une opération massive de…». Pour un latin de naissance, ispanophone, le conditionnement anglo-américain de l’UdeM est réussit. Il n’en reste plus rien.
Naturellement. Ce bout est l’expression du psychique d’un enseignant de métier, convaincu que les choix du public électeurs sont erronés. Parce qu’ils sont soit immatures ou ignorants ou les deux. Peut-être même imbéciles, pour les sans DES et DEC, quoi. On appelle ça de l’infantilisation.
Cela, après nous avoir fait le coup classique des radiographies.
Les radiographies qui, comme on le sait tous au Québec, ne peuvent pas être erronées et fautives, malgré que l’équipement médical utilisé soit si vieux, qu’il date de la dernière guerre mondiale. Vraiment abrutissant, ce coup de la radiographie.
Résumons…
Le Québec est un état démocratique. Les choix des électeurs adultes et vaccinés ont été faits et publiés. Vous avez donc le choix. Soit vous acceptez ces priorités et foutez la paix à ces concitoyens. Soit vous déménagez ailleurs pour ne pas être affecté par ces prioritées, et foutez encore la paix à ces concitoyens.
Débutons, alors, par le commencement.
- Fermer les délégations du Québec. – Stopper de subventionner les événements culturels. – Ne plus subventionner les écoles privées. – Abolir les commissions scolaires.
Ajoutez, imposer les revenus et les profits des multimillionnaires centrales syndicales. Doubler à 14 $ le tarif des garderies CPE de la CSN. Doubler le prix des billets de Loto. Tripler la TVQ sur la bière. Réduire les hausses de salaires à l’inflation, à la santé et à l’éducation. La dette attendra son tour.
Tout de même…
Si ces choix vous chagrinent profondément, cher Joseph, faite un signe. J’ai eu l’autorisation de vous prêter la boite de papiers mouchoirs «Personnelle» des filles. Pour amortir votre déception «concitoyenne», quoi.
Bonne fin de semaine.
sp
Cher Maxime,
Oui, vous avez raison, le manifeste «lucide» n’est plus disponible via son site original, que nous avons «déconnecté», car, tout de même, cinq ans (ou à peu près) avaient passé. Je vais voir ce que je peux faire.
M. Facal,
Est-ce celui là?…
http://zonecours.hec.ca/documents/H2010-1-1658763.ManifestePourunQuebeclucide.pdf
René. J’ai mis des exemples et j’ai dit qu’ils n’étaient pas tous correcte ou encore, un reflet réel du Québec moderne. Mais, malheureusement, c’est la perception qui compte, pas la la réalité. Chomsky parle de « Manufacturing Consent ». Il y a beaucoup de manipulation de l’information et des perceptions qui en résulte. La réalité est que le Québec est un endroit ou il fait bon vivre. Oui, nous avons nos problèmes réels (taxes, démographie, langue) et nos problèmes perçus (immigrants, les anglais, le Canada). Nous sommes comme le reste du monde quoi? Nous ne sommes pas unique. Le problème Québecois est que les nationalistes ont véhiculés depuis 40 ans que nous étions un petit peuple meurtrit par notre histoire. La réalité est que nous avons surmonté des éléments négatifs de notre histoire pour créer quelque chose de positif. Parfait….non? Encore des problèmes….oui! Ce que M. Facal et les lucides tentent de démontrer est que nous avons des problèmes, « Made in Québec », que nous devons régler. Bienvenu à la réalité.
Merci beaucoup Daniel.
J’en garderai une copie pour la postérité!
:-)