Où s’en va le Parti Québécois?
28 septembre 2005 par Joseph Facal
Les neuf candidats à la direction du Parti Québécois se retrouvent ce soir à Montréal pour leur deuxième débat. Mais on voit déjà la tâche herculéenne qui attend le prochain chef.
Le PQ a toujours été un parti turbulent. Ceux qui se sont étonnés de la vigueur du premier débat n’ont pas de mémoire. Mais dans le passé, deux forces empêchaient les pires dérapages : des chefs d’une envergure exceptionnelle et des priorités branchées sur le Québec réel.
Il faudra évidemment donner du temps au prochain chef pour asseoir son autorité. Mais il n’y parviendra jamais s’il fait continuellement le funambule pour tenter de satisfaire à la fois les socialistes purs et durs et la droite traditionnelle.
Le PQ doit se donner une colonne vertébrale idéologique et cesser d’essayer d’être tout et son contraire. Le PQ est social-démocrate. Il doit occuper ce créneau vigoureusement et sans gêne.
Il n’est pas socialiste parce qu’il croit que l’excellence individuelle mérite d’être récompensée. Il n’est pas libéral parce qu’il croit que le marché et la liberté individuelle ne suffisent pas. Il n’est pas conservateur parce qu’il n’est pas nostalgique. La tradition doit plutôt éclairer la modernité.
Mais on ne peut plus être social-démocrate comme en 1985. La mondialisation interdit le protectionnisme. La dette interdit de continuer à vivre à crédit. Le déclin démographique exigera un formidable sursaut de productivité économique. Une population plus instruite que jadis n’acceptera plus que l’État décide tout pour elle.
Tony Blair et Gordon Brown ont mis des années à moderniser le New Labour britannique, et n’ont pas essayé de faire plaisir à tout le monde. Ils n’ont réussi que parce qu’ils ont eu le courage de dire à leurs militants des choses que ces derniers ne voulaient pas entendre au début.
La Saison des idées du PQ n’a duré que quelques mois et a soigneusement évité toutes les questions difficiles. Elle faisait pourtant suite à la pire raclée électorale subie par le PQ en trente ans. Mais on a préféré croire qu’il s’agissait d’une autre belle victoire morale.
Retour sur Terre
Prenez par exemple la santé. Il était touchant d’entendre les candidats, la main sur le cœur, dire non à la médecine à deux vitesses lors du premier débat. Si c’est pour refuser l’américanisation de notre système, ils ont raison. Mais si c’est pour défendre le statu quo, cela veut dire qu’ils continueront à financer la santé sur le dos des écoles, des garderies, de la culture et des routes.
Regardons les choses en face : dans le système actuel, y a-t-il, oui ou non, allongement des délais d’attente pour certains traitements ? Oui. Y a-t-il, oui ou non, des passe-droits pour ceux qui en ont les moyens ou qui connaissent les bonnes personnes ? Oui. Y a-t-il, à l’heure actuelle, un développement accéléré d’un réseau privé parallèle qu’on fait semblant de ne pas voir ? Oui.
Faut-il ensuite s’étonner du cynisme de la population envers les politiciens quand ces derniers persistent à invoquer comme un évangile des principes contredits tous les jours par la réalité ?
Il faut arrêter de faire croire, comme les marxistes-léninistes des années 1970, que faire payer les riches est une solution. Il n’y a que deux pour cent des contribuables qui gagnent plus de cent mille dollars par an. Et si vous augmentez radicalement les impôts des entreprises, elles refileront la facture aux consommateurs en augmentant leurs prix.
Le PQ doit aussi cesser de faire croire que la souveraineté sera un coup de baguette magique qui règlera tout. Elle exigera au contraire toute l’intelligence et l’énergie dont les Québécois sont capables. Mais elle en vaut la peine.
Le PQ doit remplacer la séduction et le marketing par un travail en profondeur qui s’adressera à l’intelligence des Québécois.
