Oser dire non
17 mai 2006 par Joseph Facal
L’incompréhension et la frustration montent chez les Québécois : voile islamique, kirpan à l’école, piscines réservées à des jeunes filles musulmanes, locaux de prière dans des institutions publiques, turban religieux au lieu de casque protecteur sur les lieux de travail. Il faut ouvrir un débat large et responsable sur la place de la religion dans la vie publique avant que la situation ne s’envenime.
Depuis des centaines de milliers d’années, les humains croient à des dieux parce qu’ils cherchent un sens à leur vie et ont peur de mourir. Mais quand ces croyances légitimes entraînent des revendications extrémistes qui minent la cohésion sociale et les principes fondamentaux de la société d’accueil, il est temps de tracer respectueusement une ligne et de dire : ça suffit. Mais où tracer la ligne ? Plus nous attendrons avant d’aborder ces questions, plus les esprits s’échaufferont et plus il sera difficile d’en parler sereinement.
La majorité de la population accepte de moins en moins que ce soit toujours à elle de se montrer raisonnable et de faire des compromis. On lui a dit pendant quarante ans que le progrès consistait à sortir sa religion de la sphère publique, et elle voit aujourd’hui la religion de ceux à qui elle a ouvert ses bras s’imposer progressivement un peu partout. Elle se sent flouée, dépossédée, déboussolée. On sème ainsi les germes de la discorde et de la tension. Il serait parfaitement irresponsable d’utiliser les bons sentiments et les phrases creuses pour justifier la fuite en avant.
Aucun pays occidental n’a encore trouvé de manière parfaitement satisfaisante de trancher ces questions. Mais il faut sans doute commencer par poser un premier principe fondamental : s’il veut vivre dans une société occidentale, l’immigrant doit renoncer à une partie de la culture et des habitudes de son pays d’origine. Il doit y avoir un contrat social équitable entre l’immigrant et ceux qui l’accueillent : le premier apporte ses talents, améliore son sort et respecte les règles du jeu, et les seconds lui font une place juste et le traitent avec respect.
C’est d’ailleurs ce qu’accepte de bon cœur l’immense majorité des immigrants et des Québécois de souche. La quasi-totalité des affaires qui ont défrayé les manchettes sont le fait d’intégristes religieux dont il faut bien dire qu’ils ne souhaitent qu’une intégration minimale dans notre société et affirment des principes, particulièrement sur la place des femmes, qui sont radicalement incompatibles avec nos valeurs. Le voile islamique, par exemple, vise à dire aux non-musulmans que nous ne pouvons regarder ni désirer leurs femmes, et qu’elles resteront à tout jamais dans leur culture d’origine, ce qui est l’essence même du refus de s’intégrer. On crée ainsi une méfiance à l’endroit de tous les nouveaux arrivants dont l’immense majorité ne demande aucun privilège particulier.
De toute évidence, la notion juridique d’accommodement raisonnable est de moins en moins opérante. Elle fut conçue pour gérer un petit nombre de cas exceptionnels. Or, ceux-ci semblent vouloir se multiplier. D’autre part, elle suppose que les deux parties soient disposées à être raisonnables. Mais pour un fondamentaliste religieux, chaque nouveau gain met la table pour la revendication suivante. Le compromis n’est pour lui qu’une étape tactique. Ce ne sera jamais assez jusqu’à l’obtention de la liberté absolue de pratiquer sa foi sans aucune entrave, jusqu’à ce qu’il retrouve intégralement les conditions de pratique religieuse qui prévalaient dans son pays d’origine.
C’est à Pierre Trudeau que nous devons cette tyrannie des droits individuels et des tribunaux, et cette idéologie du multiculturalisme à la canadienne qui est d’autant plus pernicieuse qu’elle se drape dans des sentiments qui se veulent généreux et culpabilise ceux qui la critiquent. Les intégristes l’ont d’ailleurs parfaitement compris et l’exploitent à fond. Vous essaierez de prendre l’avion avec un poignard aux États-Unis ou de vous promener en jupe courte à Téhéran en invoquant votre liberté individuelle.
