Articles
Commentaires

Onze morts!

Onze morts par infection bactérienne dans un hôpital. Pas au Rwanda. Au Québec, à Saint-Hyacinthe, en 2006. Après deux jours de manchettes, nous sommes passés à autre chose.Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes de cette hécatombe. Il faut donc être prudent avant de pointer quiconque du doigt. Les hôpitaux sont, par définition, des bouillons de culture. Mais il est tout simplement scandaleux que de telles choses surviennent dans une société développée.

Le ministre Couillard ne s’est pas privé pour évoquer un relâchement des plus élémentaires mesures d’hygiène. Mais lui-même n’a pas été sérieusement interpellé. Je me serais attendu à ce que les partis d’opposition déchirent une mercerie au complet d’indignation.

Je n’ai pas non plus senti la vague d’indignation qui aurait normalement dû traverser une société moralement saine. Presque rien en fait. Nos médias semblaient n’en avoir que pour les enfantillages entre Patrick Roy et Guillaume Latendresse. Un débat de société autrement plus important, n’est-ce pas ?

Mais que nous arrive-t-il ? Avons-nous perdu jusqu’à la capacité de nous scandaliser ? Serions-nous à ce point résignés ou insensibles ? Serait-ce que nous sentions que cela devait arriver tôt ou tard ? Serait-ce que nous jugeons d’autres choses plus importantes ? Si oui, je me demande lesquelles. Et si un de nos proches avait fait partie des onze ? Onze morts dont plusieurs étaient sans aucun doute parfaitement évitables.

Notre système de santé est si lourd et complexe qu’il est évidemment absurde de le juger d’un mot : tout bon ou tout mauvais. Le meilleur et le pire s’y côtoient. Pour chaque histoire d’horreur, on trouvera un témoignage d’une personne parfaitement soignée par un personnel admirable de dévouement et de compétence. Comme la majorité des épisodes de soins ne nécessitent pas d’hospitalisation et se passent bien, la population se dit encore globalement satisfaite des services. Mais cela craque de partout.

Des témoignages accablants, il y en a pourtant depuis des années, tant sous ce gouvernement que sous les précédents. Ce sont moins des histoires qui se soldent par des morts que la banalisation des petites indignités, des manques de respect, des intimités méprisées, et le désarroi d’un personnel épuisé et souvent désillusionné. Les réformes se succèdent les unes aux autres, toutes sensées et raisonnables sur papier. Mais les années passent et les mêmes témoignages reviennent.

Un sursaut ?

On n’a évidemment aucune raison de penser que nos gestionnaires ou notre personnel sont moins compétents ou moins dévoués qu’ailleurs. Alors où est donc le problème ? Tout n’est pas qu’une question d’argent, mais le Québec est la province canadienne qui consacre le moins de ressources à la santé.

Alors dépensons plus, direz-vous. C’est strictement impossible parce que nous finançons déjà la santé sur le dos des autres missions essentielles de l’État, comme l’éducation qui est la vraie clé de l’avenir. Nos routes sont une honte. Nos investissements dans l’innovation technologique sont risibles. Mais on trouve pourtant des millions pour éponger en un tour de main le déficit des Outgames : avons-nous perdu tout sens des priorités ?

On ne peut pas non plus augmenter les impôts, qui sont déjà les plus lourds en Amérique du Nord, ni gonfler davantage la plus lourde dette au Canada. L’an prochain, les prévisions placent le Québec au dernier rang au Canada pour la croissance économique. Un ralentissement économique semble aussi se profiler aux États-Unis et nous touchera extrêmement durement.

Une seule et unique voie s’ouvre devant nous : une mobilisation sans précédent pour créer davantage de richesse. Seul un colossal effort de redressement collectif remettra cette société sur la voie de la prospérité et de la vraie solidarité. Les solutions sont connues, mais elles sont extrêmement exigeantes. Combien de temps persisterons-nous dans la fuite en avant et la pensée magique ?