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Au lieu de rêver à ce que vous feriez si vous deveniez soudainement millionnaire, jouons un instant à nous demander si nous aurions pu faire un meilleur budget que celui du ministre Michel Audet la semaine dernière ?

On ne peut blâmer le ministre de ne pas avoir donné ce qu’il n’avait pas. Mais on peut certainement reprocher au gouvernement Charest d’avoir fait des promesses qu’il savait pertinemment ne pouvoir tenir. Quand vous n’avez pas de surplus, il est mathématiquement impossible de dépenser plus pour la santé et l’éducation tout en baissant les impôts, sans faire de déficit ni alourdir la dette.

Était-ce trop demander à Michel Audet de dénoncer au moins le déséquilibre fiscal avec un peu plus de virilité ? Souhaitons-nous en tout cas que le dollar canadien et le prix du pétrole ne montent pas davantage. Quant à Jean Charest, il pourra se consoler en se disant qu’une journée sans gaffe est une bonne journée pour lui ces temps-ci.

Fondamentalement, le Québec est devenu ingouvernable parce que les dépenses augmentent plus vite que les revenus. Nous maintenons l’illusion de l’équilibre budgétaire en vivant à crédit sur le dos des jeunes qui nous suivront et en faisant de la comptabilité fantaisiste.

Pour faire honnêtement l’exercice de se mettre à la place de Michel Audet, il faut s’imposer les mêmes contraintes que lui : vous n’avez pas le droit de faire de déficit, et votre province est déjà celle où les taxes et la dette globale sont les plus élevées au Canada. La croissance économique sera, au mieux, modeste, et Ottawa préfère vous faire chanter que vous venir en aide.

Selon moi, le budget devrait être un élément d’une stratégie à long terme qui devrait poursuivre trois objectifs : ne pas hypothéquer davantage l’héritage que nous léguerons aux jeunes, encourager le travail et l’épargne, et commencer à se dégager une marge de manœuvre budgétaire. Une chose est absolument certaine : il n’y aura pas de redressement sans douleur.

Il est illusoire par exemple de penser qu’en taxant davantage les entreprises, on réglerait nos problèmes. Elles s’empresseront de refiler la note aux consommateurs en augmentant leurs prix ou à leurs employés en les mettant à pied…ou elles s’en iront ailleurs.

Voici une série de mesures que j’introduirais graduellement : freiner les dépenses en mettant tous les ministères sans exception à contribution, commencer à rembourser notre dette afin de payer moins d’intérêt,  dire franchement qu’il faut oublier pour le moment des baisses d’impôts dont nous n’avons pas les moyens, faire quelques expériences de partenariat privé-public, concentrer l’aide sur les travailleurs qui ont des enfants, faire un vigoureux ménage dans les structures gouvernementales, introduire le principe de l’utilisateur payeur lorsque c’est possible afin de modérer la consommation de certains services, réduire les subventions aux entreprises en échange d’une réduction de la taxe sur le capital, dégeler progressivement les frais de scolarité universitaires et resserrer l’assurance médicament.

Devenir un pays souverain ne serait pas un coup de baguette magique, mais nous mettrait à l’abri du chantage d’Ottawa, réduirait le gaspillage, introduirait plus de cohérence dans nos choix collectifs, et nous permettrait de concentrer nos énergies sur le développement économique et social au lieu de nous épuiser dans des batailles perdues d’avance.

Mais en avons-nous le courage ?