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Mes aïeux (2)

Je termine le récit de mon périple dans l’Espagne profonde à la recherche de mes origines.

Quand mon grand-père paternel quitta l’Espagne pour l’Uruguay, autour de 1920, il laissa derrière lui des frères et sœurs qui eurent de nombreux enfants. Ces derniers étaient donc les cousins éloignés de mon père.

Ils habitent encore presque tous, m’avait dit mon père, dans les environs de La Corogne, une des principales villes du nord-ouest de l’Espagne.  Je loue donc une auto à Madrid, y embarque la famille et prends la route.                                                                      

Mon père m’avait donné les coordonnées d’un certain Gerardo Facal, un de ses cousins, que je n’avais jamais rencontré de ma vie. Je prends une grande respiration et l’appelle.

Il me reçut avec une chaleur inespérée et me servit de guide pendant trois jours. Il enseigne les techniques infirmières dans une sorte de cégep. Comble de chance, il me montra l’arbre généalogique de la famille, qu’il avait partiellement reconstitué pendant ses temps libres.

En fouillant dans les archives de St-Jacques-de-Compostelle, il avait réussi à remonter jusqu’à un dénommé Juan Facal en 1650. Comme toutes les familles espagnoles, les Facal ne furent pas non plus épargnés par la guerre civile de 1936-1939.

Sur le perron de l’église, il me présenta son frère, qui est curé, juste avant que ce dernier ne revête sa chasuble pour aller dire la messe. Mes enfants, qui n’ont pas grandi dans un milieu particulièrement croyant, étaient fort impressionnés.                                                                  

Je savais que notre famille, d’origine rurale et de condition modeste, venait d’un petit village de campagne nommé Oca, à 30 minutes de La Corogne. Gerardo m’informa que la maison dans laquelle était né et avait grandi mon grand-père était encore debout. Y vivait aujourd’hui un de ses cousins, Manuel Facal. Gerardo m’y amena.

Prévenue de notre arrivée, toute la tribu nous y attendait. Imaginez la scène. Je débarque avec ma femme et mes enfants 100 % Québécois. Je suis le lointain cousin d’Amérique qu’ils n’ont jamais rencontré. Je me demande encore comment j’ai fait pour ne pas éclater en sanglots.

On me fit visiter le cimetière du village, où reposent plusieurs de mes ancêtres. Je n’ai malheureusement pas le talent d’écrivain qu’il faudrait pour exprimer les sentiments qui m’ont envahi.                                                                    

Quand je vivais en Uruguay, mes deux parents travaillaient, ce qui n’était pas commun à l’époque. J’avais donc une gardienne, une jeune Espagnole rentrée en Espagne depuis. Quarante ans plus tard, je l’ai retrouvée. Intense émotion. Riez si vous voulez.

Elle fut mon trait d’union entre l’Espagne et l’Uruguay. C’est elle qui m’appris le plus sur l’odyssée de mon grand-père, qui est celle des centaines de milliers d’Espagnols et d’Italiens qui quittèrent la pauvreté des campagnes pour peupler l’Uruguay et l’Argentine d’aujourd’hui.

De mon grand-père, j’avais gardé le souvenir flou d’un homme sévère mais bon, sans instruction, qui parlait peu, mais dont les silences étaient très parlants. Il aimait dire que, débarqué du bateau le matin, il pétrissait la pâte dans une pizzeria l’après-midi. Il ouvrit un commerce, puis un autre, puis un autre, se jurant que ses enfants auraient une vie meilleure que la sienne.

Il n’y a aucune morale à cette histoire.

13 réponses à “Mes aïeux (2)”

  1. le 06 août 2009 à 9:07 A. Champagne

    Très beau et émouvant. Bon séjour dans le pays de vos ancêtres.

  2. le 06 août 2009 à 9:15 Gaétan

    Bonjour M. Facal,

    Je suis extrêmement touché du fait que vous partagiez ce moment de votre vie. Vous êtes un personnage public au Québec et vous n’aviez pas besoin de nous en dire autant. Cependant, cela nous fait comprendre, nous Québécois de souche, comment notre Québec multiethnique se bâtit. En quelque sorte, vos origines sont les origines de notre société québécoise. Je ne sais pas si j’exprime bien mon idée. Sans nul doute, cela constitue-t-il pour vous et votre famille une période de vie intense.

    Merci de le partager avec vos amis québécois

  3. le 06 août 2009 à 10:23 Gilles

    Il est facile pour plusieurs d’entre nous, de faire un parallèle avec votre propre quête. Même si en certains milieux chez nous on semble vouloir relativiser l’attachement que l’on porte à notre pays d’origine.

    Votre ancêtre comme le mien et celui de bien d’autres ici n’est pas parti de son pays parce que ça allait bien… Et la suite de l’histoire montre que la coupure n’est jamais vraiment totale.

    C’est ce que d’autres Québécois ressentent aussi, et c’est pourquoi, dans ce cas cependant contrairement au vôtre, ils tentent de retrouver leur nationalité d’origine, au sein d’un collectif dédié à cette fin.

    À la fin du voyage, tout en demeurant profondément Québécois je n’en doute pas un instant, j’ai le sentiment que vous vous sentirez un peu être redevenu Espagnol. Plus qu’Uruguayen, parce que là, sont vos racines.

  4. le 06 août 2009 à 12:58 Alain

    C est toujours un plaisir de vous lire M.Facal

  5. le 06 août 2009 à 15:48 Garamond

    Mon ancêtre paternel venait de Paris…. assez facile à trouver !
    Du côté de ma mère, un ancêtre irlandais aux origines un peu moins précises.
    J’envie votre périple et ce coup d’émotion quand on retrouve des parents si loin !

  6. le 08 août 2009 à 9:18 RenéP.

    Le fait que vous retrouviez votre gardienne d’il y a 40 ans et ce, dans un autre pays est tout-à-fait extraordinaire. Quel exploit qui a dû être extrêmement émouvant. Quelle belle facon de commencer votre périple au pays de vos ancêtres. J’ai hâte au prochain épisode. Merveilleux!

  7. le 09 août 2009 à 8:26 marilou

    Bonjour, je fais de la généalogie depuis plus de 50 ans,,mon père est né au Québec,,mon grand-père est né en Belgique ,sa mère est Belge son père est Français, ses parents sont nés en France et leurs parents sont nés en Autriche,en Allemagne, en Roumanie , en Hongrie,,ma grand-mère paternelle est une amérindienne, ma mère est née au Québec ,mes grands-parents maternels sont au Québec depuis plus de 12 générations, nous savons cela grace à la généalogie, c’est une recherche de tout bords et cotés pour vraiment savoir la vie et l’histoire de ces gens qui ont fait le long voyage pour améliorer leur sort,Suivre la vie des nos ancetres nous fait voyager à travers le temps et nous fait connaitre les pays, bonne chance dans vos déplacements, hasta la vista , segnor,,,

  8. le 09 août 2009 à 8:44 marilou

    re….signor…? …

  9. le 09 août 2009 à 21:39 Magnolia

    Multo bene !

  10. le 10 août 2009 à 19:51 chatve

    S.V.P nous ne tenons pas plus que cela à partager notre sentiment avec le grand public. Nous sommes plutôt des gens pudiques.

    Bonjour M. Facal,
    Merci pour votre témoignage . Vous nous avez fait revivre de très beaux souvenirs avec votre récit. Nous sommes des enfants d’Espagnols nés au Québec. Nos parents ont dû quitter l’Espagne dans les années 40. Notre père est originaire de la Cantabrie et notre mère du Pays Basque (Saint-Sébastien-DONOSTIA). Après un premier exil à Bruxelles, ils se sont établis au Québec. Votre récit nous ramène donc un peu à notre propre histoire. Nous aussi sommes encore aujourd’hui pour nos familles restés en Espagne, des lointains cousins d’Amérique. Cela nous vaut donc toujours de faire l’objet d’un accueil toujours émouvant. C’est dire comme nous comprenons un peu ce que vous ressentez. Vous ne devriez pas vous ennuyer en Espagne. C’est le pays par excellence de TOUS les paradoxes.

    Pour paraphraser notre oncle Enrique… EN ESTE PAIS NUNCA LLEGAMOS A DAR LA VUELTA A TODOS LAS EXTRANINADES)

    Le rire devrait donc vous tenir compagnie pendant un bon bout de temps. C’est le bon pays pour cela.

    Bonne chance

    Familia Veci

    P.-S. Si vous avez envie de rire (pas de morale uniquement un rendez-vous avec le rire) je vous suggère de lire LA TESIS DE NANCY de Ramon Senders. Cet écrivain aragonais mort en exil en Californie met en scène une américaine qui découvre l’Espagne en se liant d’amitié avec un andalou. IIs apprennent à découvrir la culture de l’autre en riant. C’est simplement très drôle à condition d’être nors américain et de le lire en espagnol. Très bien pour les vacances.

  11. le 10 août 2009 à 19:51 Vicki Fragasso-Marquis

    Très touchant et intéressant comme texte! Merci de partager ces anecdotes personnelles avec nous…Profitez de tous ces moments et emmagasinez les souvenirs!

  12. le 12 août 2009 à 3:38 Joseph Facal

    Merci infiniment à tous et à toutes pour vos réactions si gentilles, fraternelles et dépouvues de moqueries et de cynisme. On ne sait jamais trop comment les gens vont réagir quand on soulève pudiquement un tout petit coin de nos sentiments. Merci encore.

  13. le 14 août 2009 à 13:40 MV

    J’ai fait un voyage uniquement en France pour aller voir les localités où mes ancêtres sont partis il y a très longtemps pour avoir une vie meilleure.

    À ma grande surprise, le village (à 15 minutes de route au sud de Dieppe) où mon ancêtre est né a une rue à l’honneur de mon nom de famille et aussi une rue à l’honneur des  »anciens canadiens ».

    En fin de compte, l’idée de faire ce voyage permet en quelque sorte d’en savoir un peu plus sur soi-même et de constater que le monde est en réalité plus petit que l’on pense avec les époques.