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Il était parfaitement prévisible que Jean Charest allait s’empresser de liquider l’idée lancée par le président d’Hydro-Québec, André Caillé, de hausser graduellement les tarifs d’hydro-électricité jusqu’au prix du marché, avant qu’on ne se mette à en discuter sérieusement. Quand un gouvernement patauge  dans une impopularité chronique,  il met ses voiles dans le sens du vent et écarte systématiquement tout ce qui peut nuire à ses chances de réélection. Voilà pourtant un débat auquel il faudra  revenir tôt ou tard.

L’idée n’est pas neuve. En février 2004, un groupe de personnalités réunies par le quotidien La Presse, dont je faisais partie, avait mis de l’avant la même proposition. Pour en comprendre la pertinence, il faut être capable de regarder l’ensemble du portrait et pas seulement notre facture mensuelle.

L’État du Québec est aujourd’hui incapable de faire face à ses obligations de base. Les réseaux de la santé et de l’éducation ont raison de se dire sous-financés. Nos routes sont une honte. Le poids de la dette est de plus en plus lourd à porter. La croissance économique génère des revenus fiscaux insuffisants pour suivre le rythme des dépenses. Trois raisons à cela : le déclin démographique, une création de richesse insuffisante et le déséquilibre fiscal entretenu par Ottawa.

Si les tarifs d’électricité rejoignaient le prix du marché, des revenus supplémentaires de plus de quatre milliards par année seraient générés. Placés dans un fonds d’investissement sur le modèle de ce que l’Alberta a fait jadis avec ses revenus pétroliers, ils pourraient financer des projets prioritaires de développement qui profiteraient à toute la collectivité. On ne peut, d’un côté, déplorer l’insuffisance des moyens budgétaires du gouvernement et, de l’autre, se fermer complètement à ce que l’on exploite davantage la principale ressource naturelle dont le Québec dispose. L’État, c’est nous.

Le principal défi serait de mettre en place des balises qui garantiraient que l’État ne détournerait pas à d’autres fins ces sommes, comme le fait Ottawa avec les cotisations à l’assurance-emploi. Il faudrait aussi  prévoir des mesures de compensation pour les ménages à faibles revenus et les entreprises les plus durement touchées.

La vraie question est de savoir s’il est préférable de profiter d’une richesse collective sous forme d’investissements générateurs de croissance économique ou sous forme de tarifs subventionnés. On pourrait aussi s’en servir, comme le suggérait Pierre Fortin,  pour commencer à rembourser notre dette, qui semble toujours être le problème de quelqu’un d’autre.

L’autre grande vertu de ce changement de cap serait son impact environnemental et culturel. Les Québécois pensent à tort que les services publics sont gratuits. Il en résulte un gaspillage faramineux dont profitent surtout les plus riches. Il faut avoir entendu au moins une fois les réactions de certains immigrants quand ils voient des Québécois arroser l’asphalte de leur entrée de garage en plein été.

Soyons honnêtes : la plupart d’entre nous sommes des environnementalistes du dimanche, qui nous donnons bonne conscience en mettant au chemin les matières recyclables une fois par semaine, en autant que cela n’affecte pas trop un mode de vie que nous prenons pour un droit inaliénable. Quand on voit le psychodrame orchestré par des groupes organisés à chaque hausse des tarifs d’électricité, on comprend que le principal défaut de l’idée de M.Caillé est d’être radicalement en avance sur son temps.