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Pour moi, c’est clair, net et précis : non, les études universitaires ne devraient pas être gratuites. Il est parfaitement normal que les étudiants paient des frais de scolarité raisonnables pour financer une formation dont ils seront les premiers à bénéficier.

De toute façon, la gratuité est une illusion : ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les routes, ni aucun service public ne sont gratuits. Il faut bien payer les professeurs, les médecins, les bibliothèques, les salles d’opération, les loyers et ainsi de suite. Devinez qui paie. Bravo pour votre bonne réponse : ce sont effectivement les payeurs de taxes. Et c’est normal qu’il en soit ainsi tant qu’on n’exagère pas.

Aucun des arguments en faveur de la gratuité ou du gel des droits de scolarité au niveau actuel ne me convainc. On veut nous faire croire que la gratuité rendrait l’université plus accessible aux jeunes des milieux modestes. C’est faux. Le Québec a de loin les frais de scolarité les plus bas au Canada, mais il y a  la même proportion d’enfants de riches et de pauvres sur nos campus que dans les autres provinces.

Pourquoi ? Parce que le tri s’est déjà fait, malheureusement, au niveau secondaire. Ce sont les taux de décrochage au secondaire qui devraient nous faire honte : un sur quatre en moyenne. Un épouvantable gâchis. Quel avenir y a-t-il aujourd’hui pour un jeune qui n’a pas de secondaire V ? Les vraies clés pour accéder à l’université sont d’avoir des parents qui croient à l’importance des études et d’avoir eu des notes convenables aux paliers précédents.

La gratuité, c’est donc faire subventionner l’éducation d’enfants venant surtout des classes moyennes et supérieures par des contribuables dont certains ont peu de chances de voir leurs enfants accéder à l’université. Au lieu de cette vaste hypocrisie que serait la fausse gratuité, pourquoi pas des vraies bourses pour ceux qui viennent des milieux défavorisés et une lutte sans répit contre le décrochage au secondaire ?

On nous dit que les études universitaires sont gratuites en France. Justement, les universités françaises se meurent faute d’argent, et un réseau parallèle de grandes écoles forme l’élite. Les universités sont aussi gratuites dans les derniers régimes communistes de la planète et dans des petits pays d’Europe avec lesquels le Québec n’est pas en compétition. Le Québec, lui, est en Amérique du Nord. Si nos universités ne sont pas de taille, les meilleurs  professeurs s’en iront ailleurs au Canada ou aux États-Unis.

Il est vrai que les étudiants vivent très modestement pour la plupart. Mais contrairement à bien des vrais pauvres, ils ne sont pas prisonniers de leur condition, qui dure le temps d’une formation qui leur vaudra plus tard des revenus incomparablement plus élevés que ceux des non diplômés. Les leaders étudiants pressent toujours les gouvernements de voir les dépenses publiques en éducation comme un investissement dans le futur. Pourquoi ne s’appliquent-ils pas cette logique à eux-mêmes ?

Le vrai problème à l’heure actuelle n’est pas l’endettement des étudiants, qui est en moyenne le plus bas au Canada, mais le sous-financement des universités, justement parce que les frais de scolarité sont trop bas. Au lieu de saupoudrer l’aide financière, il faudrait la concentrer sur ceux qui viennent vraiment des milieux défavorisés. On devrait aussi demander à un étudiant en médecine de payer plus qu’à un étudiant en lettres. Vous n’avez pas besoin d’un dessin pour comprendre pourquoi.