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L’odeur de la coupe

Finies les folies, disait souvent Trudeau. À l’approche des élections, les choses retrouvent en effet leur logique profonde.

Comme une équipe qui resserre son jeu dès le début des séries éliminatoires, les libéraux redeviennent disciplinés et cessent de gaffer, mais la côte à remonter sera abrupte. André Boisclair siffle la fin de la récréation et le Parti québécois reprend progressivement contact avec la réalité.  Mario Dumont est porté disparu en forêt, mais les secouristes devraient le retrouver à temps pour les élections. Québec solidaire, qui a largué l’embarrassant monsieur Kadhir mais qui ne comprend toujours pas pourquoi il lui faudrait avoir un vrai chef, retrouve peu à peu le niveau d’appui  traditionnel de l’extrême-gauche.

Le réalignement le plus important est évidemment celui du Parti québécois, seul parti qui peut déloger les libéraux. Le pourquoi de la souveraineté, nous dit André Boisclair, est plus important que son comment. La réalité et le sens des responsabilités primeront sur le détail des textes issus du congrès. Les Québécois doivent retrouver le goût du mouvement et du succès.

Hormis la montée de lait du SPQ libre, dont le principal animateur obtint 1,2% des voix lors de la course à la direction, les réactions jusqu’ici à ces propos semblent indiquer qu’il y a encore un réservoir de bon sens chez les militants, qui finissent toujours par comprendre que le pouvoir n’est jamais très loin du centre.

Les péquisteries

On reste toutefois émerveillé devant les dons de ce parti pour s’égarer périodiquement dans des chemins de traverse qui l’éloignent de son objectif fondamental. Prenez par exemple cette idée de rédiger une constitution avant un référendum.

La rédaction d’une constitution doit être une démarche solennelle qui unit un peuple. Dans une société irrémédiablement divisée en deux blocs à peu près d’égale force, tous les fédéralistes boycotteront cette démarche dans laquelle ils ne verront qu’une astuce partisane visant à mousser l’appui à la souveraineté. Les souverainistes se retrouveront donc en famille à rédiger un document dépourvu de légitimité dès le départ, en plus de s’exposer à la surenchère de tous les groupes sociaux qui marchanderont leur appui à la cause contre l’inscription dans cette constitution de leurs intérêts particuliers. Une très mauvaise idée.

Une variante de cette façon de penser consiste à vouloir à tout prix lier la souveraineté à la réalisation d’un projet de société défini à l’avance. La souveraineté, disent ces gens, n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen de réaliser un Québec qui sera évidemment altermondialiste, pacifiste, écologiste et tout le tralala. Sauf qu’il est parfaitement antidémocratique que des gens en 2006 veuillent graver dans la pierre, au nom des générations suivantes, ce que devra être le Québec en 2020 ou en 2030. Dans une démocratie véritable, il y a compétition libre entre des partis, et c’est l’ensemble de la population du moment qui décide si elle veut être gouvernée plus à gauche ou plus à droite.

Imaginons que dans un Québec souverain, les gouvernements successifs optaient pour des politiques économiques et sociales très similaires à celles du Canada : cela ne rendrait pas la souveraineté moins désirable, car ces politiques auraient été librement choisies et non décidées par d’autres comme à l’heure actuelle.  Être pleinement responsable de soi demeure l’argument le plus fondamental en faveur de la souveraineté. Les générations futures utiliseront cette responsabilité comme bon leur semblera.

La vraie question qui devrait préoccuper les souverainistes est de savoir comment une option qui fait du surplace à autour de 45% depuis dix ans pourrait réussir à se hisser à 55 % d’appuis. Plus de discours ? Plus de tournées ? Plus de dépliants ? De nouveaux arguments ? Kim Campbell fut jadis crucifiée pour avoir dit que les campagnes électorales étaient le pire moment pour discuter de choses vraiment sérieuses. Elle avait évidemment raison.