Articles
Commentaires

L’herbe du voisin

Plusieurs lecteurs me demandent des nouvelles de l’Espagne, où je suis toujours. Je ne vous blâme pas de vouloir vous changer les idées. Vous allez voir : ça console.

L’Alakrana, ça vous dit quelque chose ? Ce bateau espagnol pêchait le thon aux larges de la Somalie quand il fut attaqué par des pirates. Rien de politique. Du pur banditisme. Trente-six otages. Négociations secrètes.

Après quarante-sept jours de séquestration, un hélicoptère de l’armée espagnole laisse tomber sur le pont du navire la rançon demandée : 4 millions de dollars en euros. Tous les otages sont sains et saufs. Oui, le crime a payé, mais c’est facile à dire.

Il était impossible d’intervenir en force, à la russe, sans provoquer un carnage. Les familles des otages étaient à la télévision tous les soirs, en larmes. Qu’arrivera-t-il maintenant aux prochains bateaux ? C’est ça aussi gouverner. Vous auriez fait quoi ?

Le chômage, lui, devrait dépasser les 20% en 2011. L’Espagne sera probablement le dernier pays d’Europe de l’Ouest à renouer avec la croissance. On ne parle pas ici de la Bulgarie, mais de la huitième économie au monde. C’est surtout l’immobilier qui s’est effondré ici.

Au lieu de stimuler l’investissement et la consommation, le gouvernement Zapatero veut augmenter les impôts. C’est comme mettre le pied sur le tuyau d’oxygène du patient. Le peuple est contre à…92,6 % ! La moitié des gens voudrait moins d’impôts et accepterait moins de services. Quatre personnes sur dix veulent les mêmes impôts et les mêmes services.

Ce gouvernement minoritaire est cependant prisonnier de son aile radicale, des petits partis et des syndicats du secteur public. Pour eux, ce n’est pas l’État qui doit être au service du citoyen, mais le citoyen qu’il faut mettre au service de l’État.

La corruption, elle, est pire que chez nous. La dernière affaire est particulièrement juteuse. L’homme pointé du doigt est le richissime Francisco Correa, qui fait surtout dans la construction et l’organisation d’événements. Son «comptable» semble avoir une clé USB très compromettante.

Correa serait la tête dirigeante d’un réseau qui, en échange d’appels d’offres truqués, finançait de nombreux élus et leurs proches. L’affaire est née à Valence, mais fait tâche d’huile partout dans le pays. En 2010, 300 personnes liées au milieu politique seront jugées pour corruption. Les nôtres sont des amateurs en comparaison.

Le problème va au-delà des individus. Pour fonctionner, les grands partis politiques modernes ont besoin de sommes qu’on ne peut plus récolter à coups de petits dons volontaires. On est en plein cercle vicieux : les seuls qui peuvent s’attaquer au problème sont justement les partis qui bénéficient du système. C’est particulièrement délicat dans un pays qui n’est revenu à la démocratie que dans les années 1970, après quarante ans de dictature franquiste.

Le peuple réagit avec un mélange de résignation et de cynisme. Mon voisin notait que l’abus de confiance dans ce milieu était aussi normal que le miaulement chez le chat : «une expression naturelle de sa condition zoologique», disait-il. C’est évidemment injuste et exagéré, mais c’est le sentiment qui prédomine.

4 réponses à “L’herbe du voisin”

  1. le 23 nov 2009 à 13:57 Gilles

    C’est plate en maudit Joseph, tout le monde ne parle que de langue aujourd’hui au Québec….

  2. le 23 nov 2009 à 21:16 Robert Lachance

    Même moi, dans Le mur invisible !

  3. le 24 nov 2009 à 11:17 RenéP.

    S’il était impossible d’intervenir pour une question de sécurité, était-il possible de le faire une fois la rancon versée et les otages libérés? Ces bandits et/ou leur bateau ont sûrement été filmés. Il doit y avoir moyen de les retracer. Si oui, à la place des autorités et après m’être assuré de la bonne identification des bandits, je les ferais éliminer sans jugement et rendrais leur mort publique pour enlever le goût à d’autres de faire la même chose. C’est radical bien sûr mais à la guerre comme à la guerre. Les laisser s’en tirer n’est pas acceptable. Il s’agit d’un cas de légitime défense de la part de la société face à des tueurs antisociaux.

    « La corruption elle, est pire que chez nous ». Je n’en suis pas si sûr. Il serait préférable d’attendre une enquête publique au Québec au sujet de la corruption dans la construction et les contrats de travaux publics: on pourrait peut-être y découvrir quelque chose de pire que l’affaire des commandites. Le fait que le Gouvernement du Québec fasse tout pour éviter une telle enquête publique parle par lui-même: quand on a rien à cacher, on ne cache rien.

  4. le 24 nov 2009 à 13:42 Jean Claude Pomerleau

    Après, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur. Et le président de l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), Jean-Guy Dagenais qui demandent une enquête publique, voici que d’autres voix s’ajoutent:
    …………………………
    ……………………………………………………..

    Les procureurs de la Couronne ajoutent leurs voix pour demander une enquête publique:

    (…)

    L’Association des procureurs de la Couronne du Québec a ajouté sa voix à celle des policiers, en réclamant à son tour hier soir la tenue d’une enquête publique. «Même les policiers affirment qu’une enquête publique ne nuira pas aux enquêtes déjà en cours. C’est l’intégrité de toutes nos institutions qui est aujourd’hui en cause», affirme le président de l’Association, Christian Leblanc.

    (..)

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/277872/construction-les-pressions-s-accentuent-charest-resiste

    ………………………………………………………………

    L’ensemble de ces intervenants dans le domaine de la justice ont ils les capacités de faire tombé le gouvernement pour rétablir L’INTÉGRITÉ DES INSTITUTIONS?

    C’est là où nous en sommes aujourd’hui hui.