Les vraies affaires
15 avril 2009 par Joseph Facal
Un vieux débat va bientôt recommencer. Et en deux exemplaires.
Dès que le Canadien a été mis en vente, le ministre Bachand a fait savoir que le gouvernement du Québec serait prêt à fournir un appui «raisonnable» à un éventuel acheteur local. Pauline Marois a fait savoir qu’elle ne s’objecterait pas à ce que la Caisse de dépôt s’engage dans l’affaire.
Bernie Ecclestone, lui, laisse entendre qu’il voudrait ramener ses bolides de F1 à Montréal. Il posera évidemment ses conditions à nos gouvernements. La dernière fois, il s’est fait dire non.
Les deux dossiers sont différents, mais soulèvent la même question : doit-on engager des fonds publics dans le sport professionnel ? Deux camps s’affrontent. L’un en fait une question de principe et dit toujours non. L’autre préfère étudier chaque cas séparément. C’est loin d’être simple.
L’argent public qu’on met dans le sport professionnel, dit-on, est de l’argent qu’on ne met pas dans les hôpitaux ou les écoles. Absolument vrai, mais les problèmes des hôpitaux ou du décrochage scolaire ne sont pas seulement une question d’argent, bien que plus d’argent aiderait énormément.
On subventionne des milliardaires. Encore vrai. Mais il y a mille exemples de subventions des contribuables d’en bas à ceux d’en haut. L’exemple du sport professionnel est juste plus frappant.
Les retombées économiques le justifient, dit-on. Si on regarde des indicateurs globaux comme la croissance économique ou le taux d’emploi, personne n’a jamais réussi à le prouver.
Les retombées dépendent sans doute de qui on parle. Restaurateurs et hôteliers perdent évidemment de l’argent sans Grand Prix. Retrouvent-ils une clientèle de remplacement ? Si oui, pas immédiatement.
Les salariés dont l’emploi dépend directement de l’événement, eux, travailleraient ailleurs. Ils ne chôment pas si l’événement n’est plus là.
Le sport professionnel apporte une notoriété internationale à une ville, dit-on aussi. Vrai pour Green Bay, dont vous n’auriez jamais entendu parler sans les Packers. Moins vrai pour Montréal, qui a d’autres atouts, et encore moins vrai pour New York.
Une équipe qui gagne donne un «feeling» positif à toute une communauté. Pas fort comme argument, mais pas faux.
Chose certaine, la menace de déménager fonctionne souvent. Judith Grant, de l’Université Harvard, a calculé qu’entre 1990 et 2006, les équipes de la NFL, de la NBA, de la LNH et de la MLB ont reçu un total de 18,5 milliards $ de dollars américains en fonds publics pour rénover les amphithéâtres qu’elles possèdent, si vous tenez compte des exemptions de taxes consenties.
La concurrence entre villes est forte pour attirer des franchises de sport professionnel ou des événements comme la F1. À moins de faire l’hypothèse que tous ces élus sont fous, ils semblent trouver un intérêt à attirer ces produits chez eux ou à puiser dans les fonds publics pour les conserver.
Ou serait-ce que, nonobstant la question économique, ils craignent de subir la colère des électeurs si l’équipe ou l’événement part ? Le départ du Grand Prix de Montréal n’a sans doute pas coûté un seul vote à personne. Le cas du Canadien serait totalement différent.
Je vous l’ai dit : pas simple, vraiment pas simple.
6 réponses à “Les vraies affaires”

La différence entre l’achat du CH et la subvention à la F1 est que dans le cas du CH, le gouvernement serait actionnaire, alors que dans l’autre cas, c’est une simple subvention et que Bernie Ecclestone peut à sa guise décider de déplacer le GP l’année suivante. Évidemment pour les retombées, la F1 n’est pas à négliger, mais le CH a des revenus récurrents… ce qui le rend plus intéressant, à mon avis.
Je ne lis pas le Journal de Montréal mais je me dis franchement que c’est le choix personnel de M. Facal d’écrire ses chroniques du fait qu’il est pas syndiqué. Je sais que les syndiqués du J de M ont leurs raisons d’être en lock-out mais je crois que la presse écrite, en particulier une presse visant une clientèle populaire devra finir par s’adapter avec une crise que l’on voit dans ce domaine depuis environ 15 ans qui est en compétition avec les quotidiens gratuits (comme Métro ou 24 heures qui appartient aussi à Québécor), la télévision, la radio et les autres médias électroniques.
Pour revenir au sport professionnel, si on regarde cela d’une manière strictement économique, je ne crois pas que le gouvernement se devra s’investir dans quelque chose dont il existe déjà une panoplie d’acheteurs potentiels qui résident à Montréal. Tout de même, il faut dire que le CH va pas si mal en comparaison avec d’autres équipes comme les Prédateurs de Nashville ou les Thrashers d’Atlanta. Tout de même, je ne compare pas l’Impact (dont Hydro-Québec et le gouv du Québec sont des actionnaires avec Saputo) et le CH car on parle de deux champs différents.
Si la CDP achètait le CH et la Marois devenait PM, est-ce que ce serait le ministre du sport ou Michael Sabia qui déciderait disons de l’utilisation de Georges Laraque ?
Et si le CH ne se rendait pas en series, le gouvernement risquerait-il une défaite électorale ?
Et si le CH remportait la Coupe S., est-ce que le gouvernement en place ne serait pas tenté d’aller aux urnes ?
Toutes des questions aujourd’hui ridicules vous me répondrez, mais pensez-y bien. Les conséquences de la politicisation d’une institution « nationale » comme le CH aurait sans doute des conséquences pratiques très inatendues et probablement bizarres.
Et si on construisait un nouveau Colisée à Québec pour acceuillir les Nordiques, le gouvernement y participerait sans doute. Alors il ( le gouv’t) se trouverait proprio de deux grands rivaux…
Je pourrais continuer longtemps…
De toute façon, personne n’oserait déménager le CH hors de Mtl, peu importe le proprio. La LNH a déjà son lot de canards boiteux dans le Sud des États-Unis, dont plusieurs risquent carrément de fermer, faute de ville pour les accuillir. Déjà le CH subventionne ces marchés pauvres à travers la redistribution des revenus de la ligue.
Conclusion: ne touchez pas svp MM. les politiciens.
Les Canadiens sont une des équipes les plus profitable de la LNH. Il n’y aurait aucune raison pour justifier qu’un propriétaire la déménage, chose qui de toute façon il ne probablement pas faire.
Ceci étant dit, pour ce qui est des fond public. En même temps je dirais que le Grand Prix a un attrait beaucoup plus économique. L’intérêt du Grand Prix c’est surtout que des touristes d’ailleurs viennent dépenser à Montréal. Dans le cas du Canadiens, c’est principalement les Québecois qui lui donne ses profits.
Mais, au niveau culturel le hockey est important au Québec. On a beau dire ce qu’on veut, reste que le principe qu’une grande partie de la population suive de plus ou moins près la même « histoire » année après année ajoute quelque chose à la cohésion sociale. C’est comme si ca rendait moins morose le passage du temps et des saisons. Il y a les arts qui ont aussi la même vertu, mais certainement pas à un niveau aussi mobilisateur.
Deux commentaires étaient totalement hors-sujet et furent donc «flushés» sans états d’âme. Cartons jaunes, oranges en fait. Je ne veux pas écoeurer personne ici avec le litige en cours au J de Mtl et je m’attendais à ce que ce soit réciproque. Vous vous expliquerez là-dessus…le jour où mon billet sera là-dessus. En passant, le montant qui avait été évoqué à propos de mes chroniques était d’ailleurs totalement faux. J’aimerais cependant qu’il soit vrai. De toute façon, je dois désactiver momentanément la fonction «commentaires» car je serai dans l’impossibilité, au cours des prochains jours, d’en assurer le suivi. Je vous redonne signe de vie très prochainement. Je ne suis jamais très loin, vous le savez.
Moi, je préfère la LNI ! La Ligue Nationale d’Improvisation ! Là encore, un espace et un « art » du dépassement qui fréquente les zones inconnues de la culture en soi ! L’ART de déraper singulièrement dans l’imaginaire, et de composer aussi bien avec les verbes qu’avec la folie d’un instant ! Une activité trop peu coûteuse qui rassemble une élite de « fous de la création instantanée » autour d’une patinoire de mots glissants…
Évidemment, il ne s’agit pas là des « vrais affaires » !
Le véritable ENJEU du JEU n’a que peu d’affinités avec le « pognon » ! Mais « l’esprit de jeu » entraine à la fête dans sa tête… un carrousel, une foire de mots mis au jeux pour le plaisir de l’esprit…