Les valeurs canadiennes
3 mai 2007 par Joseph Facal
Quand on fait la morale aux autres, il faut être soi-même irréprochable. Ça vaut pour les pays comme pour les individus. Allez voir dans votre dictionnaire la définition du mot chauvin. Le mien dit: «Qui a une admiration outrée, partiale et exclusive pour son pays.» Autrement dit, si c’est de chez nous, c’est toujours bon, généralement sublime et forcément mieux que ce qui vient d’ailleurs.
Comprenez-moi bien: il est normal d’être fier de son pays. Il est légitime aussi de croire que votre pays a quelque chose d’unique à apporter au patrimoine commun de l’humanité. C’est ce que je ressens et souhaite pour le Québec.
Mais cela n’a rien à voir avec cette intime conviction de tant de Canadiens, plus souvent anglophones, que le Canada serait d’une essence morale supérieure aux autres nations, qu’il est une sorte de condensé de plus belles vertus humaines et, à ce titre, un exemple dont les autres pays devraient s’inspirer.
De nombreux Canadiens sont réellement convaincus que nous sommes plus ouverts, plus tolérants, plus généreux, plus progressistes, plus cool que ces Américains arrogants, ces Français prétentieux ou ces Russes ombrageux. Le monde se porterait tellement mieux, n’est-ce pas, s’il était plus canadien, plus comme nous.
Ce virus qui gonfle démesurément la glande de l’orgueil ne frappe pas seulement Justin Trudeau ou tous ces jeunes Canadiens qui font coudre la feuille d’érable sur leur sac à dos pour qu’on ne les prenne pas pour des Américains ou parce qu’ils pensent que cela les rendra plus sympathiques à Katmandou.
Il frappe aussi d’éminents intellectuels canadiens, comme les Tully, Kymlicka, Taylor ou Ignatieff, inlassables diffuseurs à travers le monde de cette idée du Canada comme phare de vertu éclairant la pénombre de l’humanité.
Dans sa version vulgaire, cela va du mauvais goût cocardier d’un Don Cherry payé par les fonds publics au «plusse» meilleur pays au monde de Jean Chrétien, en passant par les drapeaux canadiens qu’on demandait à nos athlètes de ranger tellement leur nombre mettait les autres athlètes mal à l’aise dans les villages olympiques.
Le Canada complice?
Il semble bien que, dans la réalité, le Canada lave moins blanc que ce qu’il voudrait laisser croire. En Afghanistan, nos forces armées remettent leurs prisonniers aux autorités locales qui les tortureraient, selon ce que rapportent nos propres diplomates sur place. Si on les torture, c’est évidemment pour leur extraire des renseignements qui profiteront à ceux qui les combattent, donc à l’armée canadienne.
Bref, le Canada foulerait aux pieds les conventions internationales à propos des droits des prisonniers de guerre dont il est signataire.
L’opposition libérale était en bonne voie de déchirer une pleine mercerie de chemises quand on a appris que les gouvernements Chrétien et Martin en avaient été informés dès 2002 et à chaque année depuis.
Ajoutez à cela des explications loufoques. Lundi, tout cela n’était que rumeurs sans fondement. Mardi, des gens impartiaux veillaient au bon traitement des prisonniers. Mercredi, une entente formelle entre les gouvernements canadien et afghan encadrait tout cela. Jeudi, pas d’entente mais l’intention d’en conclure une. Une duplicité bien peu canadienne.
Évidemment, il n’y a pas de solution simple. Les forces canadiennes ne peuvent garder indéfiniment ceux qu’elles capturent. Avant de les remettre aux autorités afghanes, l’armée canadienne les livrait aux Américains qui s’y connaissent aussi en méthodes persuasives pour vous faire jaser.
Guantanamo et Abou Ghraib, ça vous dit quelque chose?
Il est vrai que le Canada fait partie d’une coalition de 37 autres pays présents en Afghanistan, qui vivent tous le même dilemme. Mais au moins ces autres pays ne passent pas leur temps à bomber le torse pour faire la morale au monde entier.
6 réponses à “Les valeurs canadiennes”

C’est un élément pervers du nationalisme canadien, nationalisme sous-étudié et développé en grande partie par Pierre Trudeau qui affirmait vouloir combattre toute forme de nationalisme.
Il y a aussi beaucoup de Québécois qui sont réellement convaincus que nous sommes plus ouverts, plus tolérants, plus généreux, plus progressistes, plus cool que ces Américains arrogants, ces Français prétentieux ou ces Russes ombrageux.
Et là je ne parle pas de la condescendance envers les albertains.
C’est très bien la création de ton Blog.
Bonne chance !
Je suis une canadienne fière, mais je constate qu’il y un certain groupe de personnes qui sont comme vous l’avez décrit.
Cependant, la gang qui se gonfle pour dire qu’on est le meilleur pays au monde a tendance d’être plus libéral que conservateur. Confondre les deux, c’est manquer un peu de nuance.
Pis je suis d’accord avec David qu’il y a ben des Québécois qu’ils se sentent tellement supérieurs au reste du Canada, et cela anime leur désir de se sépararer. Les méchants canadiens…
Bienvenue à madame Marois à la tête du PQ
Après le système scolaire, elle devra maintenant réformer le PQ en allant chercher les souvrainistes décrocheurs. En tout cas, une chose est sûre, il y aura de la turbulance au PQ même avant la prochaine consultation populaire…
M. Facal, comment pouvez-vous prétendre qu’il existe une telle chose qu’un Canadien anglophone?
Suzanne a raison de se dire fière d’être Canadienne. Elle n’a pas besoin de déterminer qu’elle est francophone puisqu’elle est Canadienne.
Il n’y a pas de Canadiens anglophones. Il n’y a que des Canadians. C’est ainsi qu’ils se nomment.
Pas plus qu’il n’existe de Quebeckers francophones.
Votre texte semble confirmer et légitimer le Canada Uni de Stephen Harper ou de 1867. Or, en 1760 les Anglais conquérants créent une “province”(qui veut dire “colonie des vaincus”) qu’ils nomment Québec dans le but d’y assimiller les “Canadiens” à l’Anglais (Britanniques).
N’arrivant pas à nous assimiller, ils décident en 1791 de diviser ce Québec en deux Canada; le haut-Canada des anglais (Canadians) et le bas-Canada des français (Canadiens). Ainsi nous volant notre nom pour mieux nous assimiller.
Les Canadiens, en riposte, se nommeront Canadiens français, forcant ainsi l’Anglais à se sommer English Canadian.
Vers 1840, voyant qu’ils n’arrivaient toujours pas à nous assimiller, Londres nous envois Lord Durham afin d’unir, par la force, les deux Canada pour n’en faire qu’un seul et dont une seule langue y sera officielle; l’anglais. Et ce fut fait(Acte d’union voté à Londres sans que les Canadiens n’aient aucun mot à y dire).
Encore les Canadiens refusèrent de s’assimiller.
Alors, en 1867, l’Anglais eut l’idée de la fédération canadienne. Non pas un pays en soi mais une fédération dont le gouvernement central conservera l’identité canadienne (majoritaire anglais biensûr) composé de provinces “États colonies”. Ce qui lui permis de remplacer les termes haut-Canada et bas-Canada par Ontario et Québec (retour au Québec imposé par l’Anglais en 1760). L’Anglais ainsi ne faisait pas que s’approprier l’identité du Canadiens mais se réclâmait le fondateur du Canada. L’auteur original de ce pays, 100 ans après sa conquête. Et celà au nez des véritables Canadiens toujours bien là et résistants dans le Québec imposé, véritables auteurs et fondateurs, avec les Amérindiens et Métis, (du pays, de son nom et de tous ses symboles) depuis plus de 300 ans!
M. Facal, la division émotive et identitaire que vous tenter d’imposer entre Canadiens et Québécois est aussi odieuse que toutes celles que l’Anglais a aussi tenter de nous imposer. Si tant de Québécois se disent toujours fières d’êtres Canadiens, c’est qu’ils nont pas oublié les 300 ans de leur histoire que les idéologues du PQ et Bloq voudraient bien que tous les Québécois abandonnent et oublient. Notre peuple n’a pas 100 ans mais 400 ans. Nous ne portons pas le nom, strictement territorial, que nous a imposé le conquérant. Nous portons le nom que nous-nous sommes donné du pays que nous avons fondé, et tous les symboles que nous avons créé. Nous n’abdiquerons jamais. Nous-nous assimillerons jamais.
Jamais nous porterons le nom “civique” imposé par le conquérant et limiterons notre histoire et identité à l’intérieur de notre état de conquis et encore moins qu’à l’intérieur de la Révolution Tranquille, l’orsque les trois quarts de notre histoire est d’un peuple Canadien libre, en harmonie avec ses frères Amérindiens et Métis, tous ensembles autochtones et fondateurs du véritable Canada.
Jamais nous ne légitimerons le mensonge de l’Anglais.
Vous voulez un Québec qui retrouve tous ses pouvoirs? Nous aussi.
Vous voulez un Québec indépendant et civique? Pas de problème. Mais pour celà il vous faudra reconnaître officiellement les peuples Canadiens français, Amérindiens, Innuits, et Métis, comme autochtones et fondateurs ainsi que leur histoire commune de plus de 400 ans!
Sinon, nous serons pour vous ce que nous sommes pour l’Anglais; une épine dans le pied.