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Sommes-nous surtaxés ? Réponse : ça dépend qui. Certains paient beaucoup d’impôts. D’autres en paient trop peu. Certains n’en paient pas du tout. Démêlons tout ça.

D’abord, il ne faut pas s’imaginer que tous les contribuables  paient ce que leur taux d’imposition indique. Notre fiscalité ressemble au labyrinthe en miroir de La Ronde. Une kyrielle d’abris fiscaux, de déductions et de crédits d’impôt fait qu’on s’y perd rapidement.

Quarante pour cent des Québécois ne paient pas d’impôt parce qu’ils n’ont pas de revenus ou qu’ils sont trop faibles. Rien d’étonnant donc à ce que les sondages indiquent que les Québécois jugent la santé plus prioritaire que les baisses d’impôt : nous serons tous malades tôt ou tard, mais pourquoi devrais-je me soucier  de l’impôt de mon voisin si moi je n’en paie pas ?

Un Québécois sur deux gagne moins de 20 000 $ par année. Ceux-là paient  2,7 % du total de l’impôt prélevé par Québec. Ceux qui gagnent entre 40 000 $ et 100 000$ par année, qui ne sont donc ni très pauvres ni très riches, représentent 20 % des contribuables, mais paient 51 % de tout l’impôt. C’est donc la classe moyenne qui est la vache à lait du système.

Idéalement, oui, il faudrait baisser les impôts de ces contribuables. Mais le Québec ne crée pas encore assez de richesse pour se le permettre. Dans le contexte actuel, des  baisses d’impôt trop fortes se traduiraient par des coupes sombres dans les services publics. La preuve, c’est que le gouvernement Charest s’apprête à briser de nouveau sa promesse de baisser les impôts d’un milliard $ par année.

Dans les années 70, les marxistes-léninistes pensaient avoir trouvé la réponse : « faisons payer les riches » disaient-ils. Petit problème : il y a trop peu des riches au Québec. Seulement 2% des contribuables déclarent plus de 100 000$ de revenu, et ils paient 23% du total des impôts. Si on les presse davantage, ils partiront. Les fiscalistes ont un dicton : trop d’impôt tue l’impôt.

Il est vrai que les impôts sont moins lourds en Ontario. Mais avez-vous vu ce que les Ontariens paient pour les loyers, l’électricité, les frais de scolarité, les garderies et j’en passe ? Tous les Elvis Gratton qui pensent que c’est toujours mieux aux « States », où il n’y a pas d’assurance-maladie universelle, seront aussi rassurés d’apprendre que la moitié des faillites personnelles chez l’Oncle Sam sont dues aux factures médicales.

Les entreprises, elles, ont-elles raison de se plaindre de la lourdeur de leurs impôts ? Quatre études consécutives de KPMG ont conclu que le régime fiscal auquel sont soumises nos entreprises n’est pas l’enfer fiscal qu’elles prétendent.

La papetière Tembec, par exemple,  ne courrait pas grand risque dans l’aventure de la Gaspésia puisqu’elle récupérait par la fiscalité, en toute légalité, plus de 75 % de sa mise de fonds initiale. Quant à Bombardier, avec tout ce qu’elle a reçu des gouvernements, aussi bien dire que nous avons affaire à une entreprise d’État…sauf pour les profits évidemment

Revenu Québec estime à un milliard $ par année le manque à gagner pour le trésor québécois causé par la fraude fiscale. C’est beaucoup, mais en même temps ce ne serait pas assez pour régler les problèmes de ce gouffre sans fond qu’est la santé. Le vrai scandale est à Ottawa : onze milliards $ de surplus cette année et septième surplus consécutif. Tout ce qu’il faut pour se payer quelques douzaines de balles de golf autographiées par Jean Chrétien.