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Les nouveaux curés

Au-delà des bonnes résolutions qui durent quelques semaines, les débuts d’année peuvent aussi servir à faire le point et à distinguer l’essentiel de l’accessoire.

Les défis les plus pressants pour le Québec crèvent les yeux. Comment maintenir notre niveau de vie avec de moins en moins de bras pour produire de la richesse ? Comment nous adapter au nouveau monde qui émerge sans nous renier ? Comment faire réaliser aux Québécois le déclin de leur influence au sein du Canada ?

On ne peut pourtant s’empêcher d’avoir le sentiment que le Québec tourne en rond. Nous radotons collectivement. Des questions secondaires, comme celle des garderies en milieu familial, deviennent des psychodrames.  Le divertissement insignifiant prend plus de place que jamais. Personne ne semble trop savoir quelle direction nous devrions prendre. Ceux qui osent faire des propositions un peu dérangeantes se font huer par des minorités organisées qui prétendent parler au nom de tous.

Il n’y a probablement rien à attendre de ceux qui sont présentement au pouvoir. Jean Charest n’a plus assez de force politique pour proposer aux Québécois de le suivre dans une voie qui exigerait du courage et de l’audace. Le prochain gouvernement fédéral, qu’il soit libéral ou conservateur, sera minoritaire. Les partis qui détiendront la balance du pouvoir le forceront donc à continuellement chercher des accommodements.

Le vrai progrès

Mais le piteux état de notre classe politique n’est que le reflet de notre propre désarroi. Les blocages les plus profonds sont dans nos têtes. Le pire de ces blocages, c’est la peur de faire face à la réalité. Les Québécois ne veulent pas admettre qu’ils ne peuvent plus vivre à crédit et que des choix douloureux s’en viennent. Le deuxième de ces blocages, c’est le poids paralysant des dogmes. Ayant déserté les églises, les Québécois ont laissé les curés de la rectitude politique écrire les nouveaux évangiles.

Ces nouveaux curés voudraient nous faire croire que les écarts se creusent entre les riches et les pauvres. C’est faux. Ils nous disent que la mondialisation nous appauvrit. C’est faux. Ils nous disent que les riches, sans compter évidemment ceux qui fraudent, ne paient pas assez d’impôts. C’est faux. Ils nous disent que la dette n’est pas un problème sérieux. C’est faux. Ils laissent entendre qu’il serait un peu raciste de se dire trop fier d’être Québécois. C’est faux. Ils nous disent que le privé est toujours vil et le public toujours vertueux. C’est faux. La majorité silencieuse, chez qui le bon sens n’est pas encore disparu, sent qu’un fossé se creuse entre ce qu’elle pense et ce que dit cette partie de notre élite médiatique.

Évidemment, si vous osez dire que le roi est nu, l’argument massue pour vous clouer le bec est tout trouvé : vous n’êtes pas «progressiste». Il fut un temps où les progressistes étaient ceux qui voulaient que les choses changent. Aujourd’hui, beaucoup de ceux qui se drapent dans la rhétorique du progressisme s’opposent à tout changement, sauf à ceux dont ils profiteraient personnellement.

Les trois moteurs qui ont donné son impulsion au Québec des quarante dernières années sont aujourd’hui épuisés. Les francophones du Québec étaient des citoyens de seconde catégorie sur leur propre territoire. Ce n’est plus le cas. La culture québécoise était fragile. Ce n’est plus le cas. Le gouvernement était l’unique levier pour attaquer tous nos problèmes. Ce n’est plus le cas. Il faut dépasser la Révolution tranquille en tablant sur ses formidables acquis.

Je souhaite qu’en 2006, nous avancions collectivement sur la voie d’un Québec plus confiant, moins crispé, moins envieux de ceux qui réussissent, moins prompt à culpabiliser au moindre reproche, plus assuré dans son identité nationale, et où nos problèmes collectifs, qui sont parfaitement surmontables si nous sommes courageux et lucides, ne seront pas toujours la faute de quelqu’un d’autre.