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Les donneurs de leçons

Vous me connaissez : je refuse de me comporter comme un poisson dans un de ces bancs de poissons qui se déplacent en bloc, tous allant en même temps dans la même direction.

Comme la planète entière n’en aura aujourd’hui que pour les élections américaines, je parlerai d’autre chose.

Revenons un instant à notre Québec si vous le voulez bien. Désolé si c’est moins enivrant.

Le gouvernement Charest vient d’annoncer que les prochains immigrants devraient dorénavant signer un contrat moral par lequel ils s’engagent à respecter trois «valeurs québécoises» : langue française, égalité hommes-femmes, et séparation de la religion et de l’État.

Évidemment, aucune contrainte véritable, aucun suivi du contrat, aucune sanction en cas de non-respect.  Difficile en effet d’imaginer des inspecteurs gouvernementaux vérifiant comment un tel traite sa femme.

On ne peut être contre des vœux pieux, direz-vous.

Mais oui, on le peut. Car il y en a pour qui la moindre affirmation québécoise sera toujours un dangereux flirt avec la xénophobie ou l’autoritarisme.                                                              

Plusieurs des ex-conseillers de la commission Bouchard-Taylor, dont monsieur Daniel Weinstock, se sont en effet sentis obligés, vendredi dernier, de dire tout le mal qu’ils pensaient de la timide initiative gouvernementale.

Je reproduis ici leur texte pour que vous ne me disiez pas que j’exagère.

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La Presse
Forum, vendredi, 31 octobre 2008, p. A16OpinionUn agacement de plus
La profession de foi qu’auront à faire les nouveaux arrivants n’a heureusement rien de contraignantComment réagir à la décision prise par le gouvernement Charest d’exiger de tout immigrant admis au Québec qu’il signe un « contrat moral » à l’effet qu’il adhère aux valeurs de la société québécoise? Nous pourrions tout simplement décider de l’ignorer. Après tout, le calcul politique qui le sous-tend est clair. À la veille du déclenchement d’élections, le parti au pouvoir a pu penser qu’un flirt avec la tendance hérouxvilloise de la société québécoise serait la condition de son obtention d’une majorité parlementaire.Par ailleurs, la profession de foi qu’auront dorénavant à faire les nouveaux arrivants n’a heureusement rien de contraignant. Il ne s’agira pas de retourner dans leurs pays d’origine les néo-Québécois dont l’ardeur démocratique et égalitariste serait jugée lacunaire par un fonctionnaire de l’État. Bref, ce contrat représentera pour le nouvel immigrant un agacement de plus parmi les multiples obstacles administratifs et financiers que nous plaçons dans le chemin des candidats à l’immigration, un peu à l’image du serment qu’il devra porter à la Reine et à ses héritiers.Si nous pensons qu’il faut néanmoins rappeler le gouvernement à l’ordre sur ce point, c’est que, tout anodin qu’il soit sur le plan strictement juridique, il véhicule une vision fausse et dangereuse à la fois des rapports entre les membres de la société québécoise à ses nouveaux arrivants, et de ces fameuses « valeurs québécoises » dont le gouvernement semble craindre qu’elles ne feront pas l’objet d’une adhésion suffisante de la part des immigrants.La faute des immigrants?Prenons d’abord le premier point. Ce qui semble latent dans cette mesure est que, s’il y a problème dans la société québécoise pour ce qui est de l’acceptation des valeurs d’égalité et de démocratie libérale, il se situe entièrement du côté des immigrants, les populations historiquement installées en terre québécoise étant entièrement immunisées contre toute velléité anti-démocratique ou anti-égalitariste.Or, aucune étude sérieuse ne conforte cette hypothèse. Rien, outre le préjugé, ne donne à penser que des attitudes problématiques du point de vue de la démocratie québécoise sont plus répandues chez nos immigrants que chez les populations installées depuis longtemps.

Mais qu’en est-il, réellement, de ces fameuses « valeurs » ? Elles sont énoncées dans le contrat moral à un tel niveau d’abstraction qu’elles en perdent toute signification concrète. Prenons l’exemple de l’égalité des hommes et des femmes. Rien de plus facile que de donner un assentiment verbal à ce principe.

Le bât blesse lorsqu’il s’agit d’en tirer des implications concrètes. Par exemple, les Québécois de confession catholique pourraient lui donner leur assentiment tout en continuant à exclure les femmes du clergé. D’autres pourraient penser que cette exclusion est incompatible avec le principe de l’égalité.

Bref, les valeurs affichées dans le contrat moral sont ouvertes à de multiples interprétations. Le débat entre les tenants de ces diverses interprétations représente d’ailleurs le pain et le beurre de la vie démocratique. Le gouvernement entend-il imposer une version particulière de ces valeurs à nos immigrants?

En ce cas, c’est lui, et non eux, qui court-circuitent la démocratie. Son intention est-elle plutôt d’exiger une conformité rhétorique? Il se complairait alors dans un symbolisme vide de sens, mais ô combien dommageable aux relations civiques québécoises.

Si le gouvernement de Jean Charest a sincèrement l’intention d’améliorer les mécanismes par lesquels les immigrants s’intègrent à la société québécoise, il est à espérer qu’il se ravisera, car les enjeux de l’intégration se situent ailleurs que dans les déclarations de grands principes. Il renoncera à cette mesure inutile, qui donne par ailleurs une image d’un Québec frileux et paranoïaque qui voit dans ses immigrants une menace plutôt qu’un atout.

Le texte suivant est cosigné par Daniel Weinstock, Marie McAndrew, Rachida Azdouz, Jane Jenson, Roderick MacDonald et Micheline Milot (membres du Comité conseil de la Commission Bouchard-Taylor) ainsi que Jocelyn Maclure (analyste expert de la Commission).

 ****************

Vous avez bien lu.

Qu’est-ce qu’un immigrant pourrait penser, avancent-ils, de ces Québécois qui affirment haut et fort l’égalité entre les sexes alors que la religion catholique interdit la prêtrise aux femmes ?

Comme s’il n’y avait pas une distinction à faire entre les règles d’une institution ancrée dans notre histoire, mais en plein déclin aujourd’hui, et la vie quotidienne.

Si le gouvernement s’avisait de vouloir aller plus loin, il serait «antidémocratique», ajoutent-ils.

Veut-on dire par là que tous les gouvernements qui, en Occident, ont récemment resserré leurs exigences en matière d’immigration sont «anti-démocratiques» ?

C’est toujours le même débat : a-t-on le droit de poser notre histoire, notre culture comme fondements centraux de notre société, ou le Québec est-il désormais un territoire avec des repères minimaux, interchangeable avec un autre, dans lequel chaque nouvel arrivant peut reproduire ce qu’il vient de quitter si c’est ce qu’il veut ?

Du haut de leur magistère, ils se sentent même le droit de «rappeler à l’ordre le gouvernement». Rien de moins.                                                                 

Le plus désolant est l’arsenal des qualificatifs dérogatoires pour amalgamer dans l’opprobre tous ceux qui ne sont pas de leur avis : «tendance hérouxvilloise», «Québec frileux et paranoïaque», «vision fausse et dangereuse», et ainsi de suite.

Tout leur texte suinte le dépit, la colère et le ressentiment à l’endroit d’un peuple qui refuse de penser comme eux, et d’un gouvernement qui choisit de tenir davantage compte de lui que de nos brillants penseurs.  

Voici des gens qui plaident toujours pour la «diversité», sauf pour la diversité intellectuelle, puisqu’ils n’acceptent pas qu’on pense autrement.

Ils parlent de «tolérance», mais sont singulièrement intolérants de ceux qui ne partagent pas leur enthousiasme pour le multiculturalisme à la canadienne.

Ils prêchent «l’ouverture», mais n’en ont aucune pour ceux qui ne s’extasient pas comme eux devant des mutations sans balises qui sèment l’incompréhension et le ressentiment.

La saga des accommodements raisonnables aura au moins eu un double mérite : faire réaliser à ces gens à quel point ils sont déconnectés d’un peuple qui se fout complètement de leur opinion, et  faire réaliser à ce dernier à quel point ces arbitres de la pensée correcte n’ont pour lui que mépris et suffisance.

23 réponses à “Les donneurs de leçons”

  1. le 05 nov 2008 à 9:06 Garamond

    Le texte que vous citez me fait penser à une farce d’humoriste plutôt qu’à quelque chose de sérieux.
    Pour une rare fois, j’appuie le gouvernement Charest dans sa démarche, quitte,un jour ou l’autre, à donner du mordant à cet énoncé minimal de nos valeurs fondamentales.
    Bravo à Barack Obama, qui a su aller au-delà de ce genre de diatribes stériles…

  2. le 05 nov 2008 à 10:23 YannM

    Récemment, ailleurs sur le web, j’ai mentionné qu’il était légitime pour un groupe majoritaire comme les Québécois d’encourager les minorités et les immigrants à s’intégrer : à apprendre la langue, mais aussi l’histoire et la culture de la communauté politique d’accueil. Qu’il en allait du besoin d’un minimum de cohésion sociale.

    Vous l’aurez deviné : en dedans de 5 minutes je me suis fait traiter de LePen, de fasciste, d’assimilationniste… et me suis fait accuser de fomenter un nouveau Kosovo. Littéralement.

    Quand les mots ne veulent plus rien dire…


    Quant à la référence que font Weinstock & cie. à ce Québec «hérouxvillois», et pourquoi pas ?

    Même s’il peut apparaître un peu « plouc » de spécifier que «Ici, on mange du porc et on ne lapide pas les femmes», comme l’ont maladroitement fait les gens d’Hérouxville, ces gens ne sont-ils pas en droit de réclamer des nouveaux arrivants qu’ils respectent non seulement les lois, mais aussi les valeurs et le mode de vie de cette société qui les accueille ?

    Il semblerait que non.

  3. le 05 nov 2008 à 15:18 Hubert

    Merci M. Facal

    Lire les élucubrations de ces curés de la bonne pensée est un spectacle assez peu reluisant.

    Ces gens prétendant donner des leçons au gouvernement québécois -qui, paradoxalement, les arrose de subventions depuis des décennies grâce à l’argent de ce même peuple qu’ils voient avec tant de condescendance- ne font ici que la démonstration de leur insupportable prétention.

  4. le 05 nov 2008 à 16:47 ClaudeB

    Je suis constamment surpris de constater à quel point les commentateurs de la politique Québécoise peuvent être déconnectés de la réalité.
    Comment ne pas constater que le secret derrière la l’apparente popularité du gouvernement Charest est justement de ne rien faire tout en donnant l’impression de faire quelque chose. Ne voyez vous pas que ce projet de « Contrat Moral » n’est que poudre aux yeux pour calmer la population sensible à la problématique des accommodements raisonnables?
    Tout ce gaspillage d’argent qu’ont été la commission Bouchard-Taylor et ce projet de contrat social ne serait jamais arrivé si des gens, des fonctionnaires et des juges, sans colonne vertébrale, avaient pris de bonnes décisions plutôt que de se mettre à genoux devant les demandes de certaines minorités ethniques.
    En effet, comment se peut-il qu’un juge, sain d’esprit, puisse accorder le droit de porter un quelconque symbole religieux, à plus forte raison, un poignard rituel (!!!) à un mineur (!!!) à l’école (!!!).
    Ciel, le gros bon sens semble avoir quitté nos courts de justice (ainsi que notre Chambre des Communes).
    Le gouvernement Charest cherche à retrouver une majorité pour ainsi réussir à faire ce qu’il veux sans avoir de compte à rendre, plutôt qu’à gouverner.
    Comment ne pas déprimer lorsqu’on constate tout ce manque de bon sens. Sommes nous vraiment nés pour un petit pain en fin de compte?

  5. le 05 nov 2008 à 16:54 daveyy

    Moi je suis d’accord avec le document , le contrat moral si vous voulez. À 35 000 immigrants par an,ça prendrait une armée de fonctionnaires pour assurer que les conditions soient toujours respectées. Mais le seul fait de le remettre, je crois, envoit un message important.

    Petitie critique: si une des trois principales valeurs du Québec est la séparation de la religion et de l’État, comment alors expliquer aux immigrants l’immense crucifix suspendu à l’Assemblée Nationale ?

    Je cois M. Facal que vous donnez trop d’importance à M. Weinstock et cie. Déjà au ROC ce document a été très bien reçu et de nombreuses voix réclament une mesure similaire pour le Canada.

  6. le 05 nov 2008 à 17:25 Mathieu D

    Bonjour M.Facal,

    Vous savez que je ne partageais pas votre cynisme quant au rapport Bouchard-Taylor et à son approche « interculturelle », que vous jugiez mal définie et insignifiante si je me rappelle bien.

    Ici, toutefois, je ne peux être qu’en accord avec vous. M.Weinstock et ses copains sont complètement déconnectés d’une réalité québécoise (celle du « vrai monde »!). Ce que je trouve le plus dommage, c’est qu’ils me semblent aussi déconnectés de l’esprit du rapport auxquels ils ont pourtant contribués. B & T insistaient lourdement sur une approche « interculturelle » québécoise qui, tel qu’ils le définissent eux-mêmes, institue le français comme langue commune des rapports interculturel, met un accent sur l’intégration et préconise les interactions. Le but visé, il me semble en tout cas, c’est l’intégration des groupes ethnoculturels à la « nation québécoise » par des interactions soutenues… en français. La culture majoritaire et l’histoire de la société d’accueil n’a pas à s’effacer devant la culture des nouveaux arrivants, sous prétexte d’ouverture.

    M. Weinstock défend bec et ongle une idéologie bien-pensante du multiculturalisme. Il a droit à son point de vue… mais heureusement tout le monde s’en fout.

    Le contrat moral aux immigrants proposé par le gouvernement Charest est une réponse prudente (certains diront timide) qui est dans l’esprit du rapport B-T. C’est un premier (tout petit) pas dans la bonne direction. Comme vous dites, on ne peut être contre ces bonnes intentions, à moins d’être profondément déconnecté.

    @Claude B: Attention à ne pas tout mettre dans le même panier.

  7. le 05 nov 2008 à 20:34 Jean Claude Pomerleau

    La solution pour aider à l’accueil de l’immigration s’est se doter d’un État qui a toutes ses capacités d’actions.Ce qui veut dire la souveraineté C’est ce qui serait la meilleur manière d’aider à l’accueil des immigrants. Mais la majorité ne veut pas braver la menace du ROC, donc elle prend son trou. Il nous reste une autre solution intermédiaire: Un Constitution du Québec avec un code de citoyenneté et une stratégie d’état digne de se nom. Ce que n’est pas ce bout de papier libéral.

    Depuis le multiculturalisme de Trudeau, les fédéralistes ont instrumentalisé l’ethnicité des uns et des autres pour nier l’existence de l’état nation du Québec. La Commission B T s’inscrivait dans cette stratégie: Cultiver la honte du NOUS.

    Bouchard Taylor: Deux précieux ridicules faisant le procès d Elvis Gratton.

    Le PQ devrait assumer l’opinion de M Facal, et profiter de l’élection pour péter cette baloune de la honte du NOUS.

    Comme le disait M Parizeau: Il fut un temps ou le NOUS du « Maitre chez nous » suscitait l’enthousiasme, maintenant il suscite la honte.

    Pour combeien de temps encore.

  8. le 05 nov 2008 à 21:50 Marc

    Monsieur Facal,
    je vous lance une invitation. En ces temps de morosité économique, nous sommes tous tournés vers notre voisin du Sud, envieux de ce qui se passe là-bas. Les Étatsuniens semblent avoir trouvé une équipe pour les aider à respirer un peu et à retrouver leur chemin dans tout ce brouillard opaque dans lequel sont plongés l’Amérique et le monde. Voilà donc pourquoi j’espère que vous vous présenterez sous la bannière péquiste, que vous sauterez dans la mêlée. Mme Marois a besoin de gens solides, expérimentés, crédibles pour l’entourer. Votre discours fascine et nourrit les débats. Le Québec peut espérer lui aussi un vent de changement. Cet espoir, il sera alimenté par des candidats comme vous. Un Québec indépendant, lucide, mais solidaire! Le temps est venu de faire du ménage à Québec et j’ose croire que vous serez de la partie!
    Merci.

  9. le 06 nov 2008 à 2:22 Jacques Smith

    Lucide mais solidaire… bon dieu…

  10. le 06 nov 2008 à 11:44 ouhgo

    @Marc,

    Attention! Facal a déjà été de « l’équipe » Landry, mais le canon sur le pont du bateau s’est désamarré…

    …quand un bon matin, le chef se retrouve devant la bouche de ce canon, ça devient une toute autre histoire…

    Quand le bateau se mettra à tanguer sous les bourrasques de Charest, la chef devra être sûre de toutes ses amarres sur le pont… ce ne sera plus la farce du Tempo à Bazzo!

  11. le 06 nov 2008 à 14:27 ClaudeB

    @ Marc,

    Pourquoi Mme Marois aurait-elle besoin de gens solides, expérimentés et crédibles sinon pour combler son propre manque de crédibilité.

    Je vous rapellerai, que c’est avant tout par manque d’option qu’elle a été élue et non pas pour sa solidité ou son expérience. Qu’on lui ait préféré Boisclair, comme chef du parti, lors de la course précédente prouve mon point sans équivoque.

    C’est vraiment avec ça que vous voulez que nous fassion un pays? Voyons, un peu de sérieux.

    Si jamais le PQ se retrouve encore comme troisième parti, ce qui est probable, attendez de voir comment elle se fera éjecter de son siège, tout comme son prédécesseur, suite à l’élection.

  12. le 06 nov 2008 à 19:44 Andrée-Anne

    Je n’interprète pas du tout l’article de D.Weinstock et cie de la même manière que M. Facal et les commentateurs de ce blogue. Entre autres, je trouve cette phrase de Facal particulièrement désolante: »Du haut de leur magistère, ils se sentent même le droit de «rappeler à l’ordre le gouvernement». Rien de moins. » Est-il illégitime d’exprimer sont désaccord envers une décision gouvernementale par le biais d’un texte d’opinion dans une démocratie? A moins que cela ne soit illimitime que de la part d’intellectuels? À lire le comenaire de Hubert, vide de contenu, mais empreint d’un profond mépris des intellectuels, on constate que cette tactique de discréditation gratuite porte malheureusement ses fruits au Québec. Rien dans le texte de Weinstock et cie ne laisse entendre qu’ils sont fermés aux débats d’idées et qu’ils se cramponnent dogmatiquement dans leur position. Peut-être que Weinstock et cie ont torts de critiquer cette mesure préconisée par le gouvernement Charest, mais ce n’est certainement en les ridiculisant en raison de leur statut que l’on fera avancer le débat. Il me semble que nous devrions plutôt encourager nos intellectuels à s’investir dans le champ des réflexions politiques en cours et dialoguer avec eux. D’ailleurs, je ne perçois aucun dénigrement de la majorité francophone québécoise dans cet article. Je ne comprends pas cette perception à la défensive des commentateurs de ce blogue, qui, il me semble, leur donne au moins partiellement raison lorsqu’ils parlent de « paranoïa » de la majorité. Il me semble évident que l’idée centrale du texte est, au contraire de ce que sous-entendent les mêmes commentateurs et M. Facal, une volonté de prendre plus en considération les enjeux pratiques posés par l’immigration en préconisant des mesures politiques précises et vérifiables plutôt que vagues et abstraites. Je n’ai pas du tout l’impression que ces auteurs s’opposent aux principes dont il est question dans le débat et auxquels devraient adhérer les nouveaux immigrants. Ce qu’ils remettent en cause et critique, c’est le moyen mis de l’avant par le gouvernement Charest à cette fin, c’est-à-dire pour faire endosser et respecter effectivement ses principes puisque, soutiennent-ils, « les enjeux de l’intégration se situent ailleurs que dans les déclarations de grands principes ». N’est-ce pas là un témoignage de réalisme plutôt que de déconnexion de la réalité? Je doute que tous ceux qui ont commenté sur ce blogue ont lu attentivement le texte et je crois que nous devrions réfléchir collectivement à notre rapport à la pensée au Québec. Encore une fois, je ne dis pas que les intellectuels ont toujours raison, loin de là. Je soutiens qu’il est grave dans une démocratie de miner le point de vue de quiconque, sans chercher à comprendre le fond de son argumentation, sur la base de son statut social.

  13. le 06 nov 2008 à 20:04 Daveyy

    Bravo Andrée-Anne, vive les débats d’idées libres d’excommunication ! Trop souvent , nous Québécois dans notre petit univers , semblons incapables de laisser tomber notre partisannerie et reconnaître les bonnes idées de nos « ennemis idéologiques ».

    J’ai peine à m’imaginer une version québécoise du discours de John McCain reconnaissant de façon gracieuse et même magnanime la victoire de son adversaire et encourageant ses propres partisans à se rallier au nouveau président.

  14. le 06 nov 2008 à 20:05 Grand Maître des Anonymes

    «a-t-on le droit de poser notre histoire, notre culture comme fondements centraux de notre société»

    Monsieur Facal,

    Notre histoire, c’est celle d’une conquête par la force d’un territoire, puis d’une reconquête par la force d’une autre puissance. Notre histoire, c’est celle d’un peuple conquis ayant toujours refusé sa défaite. Nous voulons exiger des autres de se comporter comme nous, alors que nous avons toujours refusé de se comporter comme le souhaitaient nos conquérants. N’y a-t-il pas là un paradoxe ?

    Notre culture, elle a évolué depuis l’arrivée de Jacques Cartier, depuis Champlain. Avec les immigrants, avec les voyages, avec l’ouverture médiatique sur le monde. La culture québécoise s’est internationalisée et n’est plus homogène et fixe. Qu’est-ce en fait que la culture québécoise… Oh, elle diffère bien des autres cultures occidentales par quelques manières de faire en société, mais l’ensemble des valeurs sont les mêmes que dans la plupart des pays occidentaux.

    Il reste la langue. C’est sur ce point à mon avis que l’État devrait être strict et ne pas être accommodant, comme en Espagne, en Italie, en France et ailleurs en Europe. L’État (et la société) ne devrait pas forcer les immigrants à apprendre la langue, mais il devrait les laisser se débrouiller seuls s’ils ne l’apprennent pas.

  15. le 06 nov 2008 à 21:02 Alain Tremblay

    De Gaulle dans ses mémoires de guerre disait à propos du président Paul Reynaud: «Pour qu’il fut un chef d’État, il aurait fallu qu’il y eut un État et qu’il fut un chef.» On pourrait aussi bien user de cette phrase pour parodier les francophones du Québec car pour qu’il y ait des valeurs communes pour un peuple, il aurait fallu qu’il y eu des valeurs et qu’il y eut un peuple. Nous ne sommes pas un peuple. Si nous le fûmes dans l’histoire ce fut grâce à notre taux de natalité qui fit en sorte que les américains du Maine nous appelaient «Les chinois de l’est». Aujourd’hui, peuple en décrépitude, peuple en déclin, peuple à moitié enseveli dans la tombe, nous exigeons que les autres peuples, qui d’ici quelques années nous aurons démographiquement dépassé, adoptent nos valeurs, notre mode de pensée sociale, nos traditions, nos fèves au lard le matin, notre religion, que nous renions, notre histoire que nous ne connaissons pas, nos prescriptions, nos interdictions mais nous ne les respectons pas nous-mêmes et s’il en est que nous respectons encore, ils seront bientôt enfouies dans notre tombe avec nous. Vieillards décrépis! Car, démographiquement, nous nous suicidons comme des lemmings en nous jetant du haut d’une falaise, mais nous, au contraire de lemmings, nous ne nous reproduisons pas avant le grand saut dans la mort. Et nous, nous voudrions que les autres, dont nous avons peur, respectent nos valeurs! À ce point pourquoi ne pas adopter une loi interdisant d’avoir plus d’un enfant par famille. Cela tient de nos valeurs, c’est même notre valeur primaire. Nous qui possédons l’un des plus bas taux de natalité et l’un des plus haut taux de suicide sur cette planète, voudrions-nous également partager cette valeur avec les nouveaux arrivants et les obliger à les respecter ? Suicidez-vous comme nous nous suicidons! Car c’est une de nos valeurs! Nous craignions notre extinction, l’extinction de nos valeurs et nous voudrions que les immigrants les respectent. Nous mâchons nos mots, parlons français, non pas avec l’accent du dix-huitième siècle, comme mon grand-père le parlait, mais avec un accent pâteux qui ne ressemble même plus au joual constaté par le frère Untel. Et nous voudrions que les immigrants nous respectent et respectent nos valeurs! Quels sont nos valeurs ? Avoir un char, une maison, une jogb steady et un bon boss, regardez le hockey et souhaitez que les Canadiens gagnent la coupe cette année ? Belles valeurs ! En d’autres temps on aurait qualifié ces valeurs par l’expression : «Du pain et des jeux!» «Panem a circences», voilà nos valeurs! Si nous voulons que les immigrants nous respectent, il faudrait commencer par nous respecter nous-mêmes! La mort c’est de s’affaler devant la télévision à regarder un «soap opera» québécois ou américain. La mort, c’est de ne pas lire un livre avant de mourir. La mort c’est de ne pouvoir exprimer une pensée sans répéter cent fois : «Tu sé veu dire, sti!» La mort, c’est d’être incapable de lire! La mort c’est de ne pas avoir d’enfant par pure égocentrisme car procréer demande de l’abnégation, une de nos anciennes valeurs disparues aujourd’hui! L’abnégation des mères qui au dix-neuvième siècle transportaient avec elles les générations futures à coup de six à huit enfants par famille. L’abnégation des pères qui se crevaient à l’ouvrage dix-sept heures par jour à travailler pour une bouchée de pain. N’est-ce pas notre ancien premier ministre, Lucien Bouchard qui un jour, en toute lucidité, a osé exprimer du bout des lèvres lors du dernier référendum, la constatation que nous étions un des peuples avec le plus bas taux de natalité et qui s’est fait rabrouer d’avoir osé porté atteinte à la liberté de ne pas provréer. Rabrouer, rabrouer, il en restera toujours quelque chose! Nous ne sommes pas un peuple! Nous en étions peut-être un au dix-neuvième siècle mais à présent nous ne sommes que des vieillards moribonds qui râlent à l’article de la mort sur leur jeunesse perdue et qui voudraient qu’après eux, demeurent vivantes les valeurs de leur jeunesse éteinte à jamais. Des valeurs qu’ils ont reniées, bafouées, écrasées du talon, foulées au pied. Et l’on voudrait que les immigrants nous respectent et respectent nos valeurs ! Qui d’autre que Victor Hugo pourrait conclure ce débat en répétant les paroles de Ruy Blas : «Bon appétit, Messieurs! O ministres intègres! Conseillers vertueux! Voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison.» Cette génération lyrique a pillé la maison et elle voudrait encore, par delà la mort, obliger les immigrants à respecter des valeurs dont ils ne veulent plus. Cela fait pitié!

    Est-ce que je prône le retour aux valeurs d’antan ? Nullement! Le retour à l’obscurantisme et à l’abnégation de nos ancêtres est une régression. Je refuse cependant que l’on nie aux autres peuples la possibilité de nous donnez des leçons!

  16. le 06 nov 2008 à 21:33 Daveyy

    M Tremblay,

    Vous avez bien droit à votre opinion, aussi pessimiste soit-elle, mais de grâce , avez vous déjà appris à utiliser un paragraphe?

    L’histoire humaine est remplie de conquêtes, mais aussi de renaissances, n’est-ce pas? Les 35 000 immigrants qui viennent chez nous chaque année ont l’espoir d’améliorer leur sort parmi nous. Ils nous considèrent comme parmi les plus chanceux de la terre, pour vous c’est tout le contraire. Peut-être devriez-vous voyager un peu plus, vous aurez l’opportunité de mettre votre pessimisme en perspective.

    Vous vous concentrez sur tout ce qui va mal alors que nos immigrants font le contraire. Ils sont pour la vaste majorité très heureux de leur choix. Vous évoquez un passé disparu avec beaucoup de mélancolie, pour eux le passé récent les incite à la persévérance et ultimement à la réussite dans leur pays d’adoption. Il me semble que nous pourrions apprendre d’eux

  17. le 06 nov 2008 à 22:04 vindictater

    M. Tremblay pratique un sport a la mode au Québec soit l’autoflagellation. L’argument du taux de natalité est nulle quand il est placé en perspective. Les couples Québecois ne sont pas plus égoistes que les autres dans le monde, la situation ici est exactement la meme que dans les autres pays au dévloppement équivalent.

    Voici quelques stats: taux de natalité

    Allemagne 8.4% Québec en 2002 9.7%
    Autriche 9.5% Québec en 2007 10.9%
    Belgique 11.4%
    Canada 10.5%
    Corée du sud 9%
    Cuba 11.3%
    USA 14%
    France 12.6%
    Italie 9.5%

    Vous voyez du monde c’est du monde, de nos jours les femmes travaillent pour la plupart et la societé de consommation dans laquelle nous vivons nous pousse a dépenser plus pour chaque enfant. Les chiffres sont en hausses alors il faut pas décourager, des bonnes politiques comme les CPE semblent favoriser un redressement de la situation.

  18. le 07 nov 2008 à 0:23 Rodrigue Guimont

    Monsieur Weinstock est un éthicien profondément marqué par Charles Taylor. Monsieur Weinstock, comme il le dit lui-même, est de souche récente, né de parents juifs de l’Europe de l’Est. En 2005, le gouvernement canadien l’a sollicité pour faire partie d’un comité d’experts ayant pour but d’analyser la problématique de l’intégration des immigrants dans certains pays européens.

    Il prône ouvertement pour «une laïcité ouverte» en d’autres mots et je le cite: «écoutez, dans la mesure où vous faites votre travail de manière neutre, dans la mesure où rien dans ce que vous faites ne trahit une obédience particulière, portez ce que vous voulez». Le problème avec ce genre de raisonnement est qu’il ouvre la porte à toutes les turpitudes intégristes: un couteau à l’école, un turban sur un site de construction, une burka dans une piscine.

  19. le 07 nov 2008 à 8:02 Robert JY

    Le texte d’Alain Tremblay manque peut-être un peu de forme, Daveyy, mais pas de fond. Alain n’est pas pessimiste: oratoire, alarmiste, lyrique même, mais réaliste.

    La démographie de la région de Québec est mon dada depuis quelques années. Vous trouverez à ce lien des chiffres qui disent autrement ce que M. Tremblay révèle avec coeur.

    La valeur égalité homme-femme que le gouvernement québécois veut imposer à ses immigrants a mené l’occident à la fois à un pic économique sans précédent et à un déclin démographique suicidaire. L’imposer n’empêchera pas notre implosion. À moins qu’on ne veuille cette implosion pour sauver la planète, nous devons nous assimiler davantage aux catholiques et aux musulmans, en laïcisant.

    En fait, l’homme et la femme sont asymétriques: légèrement quand on pense à l’intelligence, plus quand on observe le poids ou la force physique, davantage si l’on s’attarde à l’affectivité et absolument, si l’on s’arrête à la possibilité de mettre un enfant au monde. Ça prend des avocats pour aller prétendre que l’homme et la femme puissent être égaux en droit alors qu’ils ne le sont pas en fait. La langue française tient compte du sexe et certains prétendent que c’est la plus belle langue du monde.

    Vous voyez, M. Facal, vous n’êtes pas seul à fuir les bancs de poissons.

  20. le 07 nov 2008 à 10:12 marilou

    ,, va falloir, éventuellement,se faire une idée , soit que nous acceptons les nouveaux arrivants avec toutes leurs coutumes,soit que nous les invitons à faire un pas de plus dans l’acceptation de nos droits et coutumes, Ce qui été ébauché est un pas dans la démonstration de ce qui attend les nouveaux venus, il y en a qui vont prendre cela comme une restrictions de leurs droits absolus, mais les autres qui lus le code Hérouxville et qui ont applaudis à ce constat, vont penser que c’est une bonne chose, Mario Dumont a fait des gains avec ce code de vie et c’est comme cela qu’Il est devenu la première opposition, Je suis petite fille d’immigrants d’ origines françaises et avec un nom de famille d’origine juive,j’ai connu les refus que mes grands parents ont eus avec leur nom de famille et leur religion ,(cela fait trois fois que les gens de ma famille ici et en France ,changent de religion,juifs, protestants, catho,) et meme aujourd’hui, quand je dis mon nom après plus de 100 ans de vie pour ma famille, au Québec,il se trouve encore des gens pour me reprocher que je suis pas d’ici,imaginez ceux qui ont un nom plus difficile que le mien, —cela étant dit ,il y a plusieurs races, religions,couleurs dans ma famille et tous ont l’idéal de se faire un pays,avec le Québec, quand ils sont avec ma famille ,la langue d’usage est le français,il ne faut pas rejeter les nouveaux mais les accueillir avec amour,et cela va porter fruit car dans moins de 25 ans , qui va nous faire honneur dans le reste de l’Amérique,, merci bonne journée,

  21. le 07 nov 2008 à 13:51 Normand ajoindre

    Bonjour Monsieur Facal,

    Il y a un monsieur qui a fait paraître une lettre dans le journal ce matin, suite à votre chronique. Il dit des choses pas gentilles sur vous.

    Pour revenir à votre sujet de cette semaine,

    Ce que j’aime dans cette initiative du gouvernement Charest concernant le contrat moral par lequel l’immigrant s’engage à respecter trois «valeurs québécoises» : langue française, égalité hommes-femmes, et séparation de la religion et de l’État, c’est que cette démarche l’informe bien sur les trois valeurs en question.

    Par contre, selon moi, parmi les problèmes qui nous amènent à ce genre de préoccupation, nous distinguons deux grandes catégories: la langue et les autres.

    La langue, ce n’est pas un dossier simple. Pourrait-on éliminer l’anglais ? La popularité de l’anglais s’explique par de nombreux facteurs et rien n’indique que ce phénomène de popularité pourrait être en voie de s’estomper.

  22. le 07 nov 2008 à 14:15 Lesdents

    DAVEY: Petitie critique: si une des trois principales valeurs du Québec est la séparation de la religion et de l’État, comment alors expliquer aux immigrants l’immense crucifix suspendu à l’Assemblée Nationale ?

    Ma question: proposeriez-vous d’enlever la croix du drapeau du Québec (et de Montréal, et de Saguenay) pour faire plus inclusif?

    Proposeriez-vous d’enlever la fleur de lys du drapeau du Québec, et le bateau du drapeau de Québec, dans le même but?

    L’explication est simple: on peut assumer notre histoire dans les symboles sans pour autant être en faveur de cours de religion catholique pour tous, sans rejeter l’idée de séparation entre l’église et l’état. Bien personnellement toutefois, je m’en fous un peu du crucifix à l’Ass. nat – par contre le drapeau m’apparait un symbole trop important pour le modifier à la légère.

  23. le 07 nov 2008 à 16:24 Joseph Facal

    On ne s’ennuie jamais quand on traite de ces questions, n’est-ce pas ?

    Malheureusement, je ne pourrai faire le «monitoring» des commentaires en fin de semaine. Or, voilà le genre de sujet qui requiert de la vigilance. Je mets donc fin aux commentaires. Désolé, mais je suis sûr que vous comprenez. Si jamais il y avait de vrais dérapages, j’en serais l’ultime responsabilité. C’est déjà arrivé sur ce blogue à une ou deux reprises et c’est très fâcheux.

    Parlant de débat, on m’informe que l’un des signataires de la lettre qui était l’objet de mon commentaire me fait l’honneur d’une réplique. Je n’en attendais pas moins. Comme ils le disent eux-mêmes, voilà qui est le pain et le beurre des sociétés démocratiques. Je la lirai dans un instant. Sans doute rien de bien méchant en comparaison de ce vous entendez quand vous êtes en politique active. Remarquez, c’est l’un des avantages d’avoir fait de la politique : vous vous développez une cuirasse en titanium.

    À très bientôt.