Les casques de bain
31 juillet 2007 par Joseph Facal
Des fois, on est témoin de choses dont on se demande s’il faut en rire ou s’en scandaliser. Jusqu’ici, j’avais plutôt choisi d’en rire. Fini.
Les matches de la Coupe du monde de soccer des moins de 20 ans viennent de se terminer à Montréal. De la performance de très haut niveau, par des athlètes dont la tête franchit encore les portes, et devant un public qui n’était pas totalement blasé.
À la mi-temps de Pologne-Corée, je feuillette distraitement un vieux journal. Ce que j’y lis, c’est le cas de le dire, me coupe le sifflet.
Ça va faire
Vous vous rappelez la petite fille musulmane qui voulait jouer au soccer avec un foulard pour couvrir ses cheveux?
L’arbitre et la fédération s’y étaient opposés parce que le règlement l’interdit. Point à la ligne.
Certains musulmans reviennent aujourd’hui à la charge en proposant d’affubler les fillettes de casques de bain.
Vous avez bien lu. Des casques de bain. Imaginez la scène: les petites puces qui pourchassent le ballon avec des casques de bain sur la tête.
J’espère au moins qu’ils n’auraient pas des fleurs en caoutchouc collées dessus, comme ceux de ma tante Rita.
Si vous voulez rire, soyez extrêmement prudent. Je soupçonne ces gens d’être assez peu portés sur l’humour.
Un compromis raisonnable, disent les promoteurs de cette brillante idée, entre les exigences de sécurité et le respect de leurs convictions religieuses.
On dit vouloir ainsi permettre l’exercice de la liberté religieuse. La liberté de qui? D’une fillette de 12 ans? Elle a décidé ça seule ?
Vous n’avez pas compris: c’est un symbole culturel, et non religieux, nous dit-on. Alors, pourquoi ces revendications n’existaient-elles pas il y a 20 ans? Des tas de musulmans étaient déjà au Québec.
La vérité, c’est que plusieurs communautés culturelles sont infiltrées par des fondamentalistes qui se servent des enfants, de notre tolérance naïve et de nos propres lois pour avancer un programme politico-religieux qui, lui, n’a rien de tolérant.
Chaque revendication est un test imposé à la majorité. Chaque gain met la table pour la revendication suivante.
Ces gens ne cherchent pas un point d’équilibre. Ils veulent la liberté religieuse totale au sein d’une société dont ils rejettent les valeurs fondamentales, même s’ils prétendront souvent le contraire.
Les seules limites seront celles que la majorité imposera.
Tout est politique
Au même moment, la revue britannique The Economist nous informe des plus récents développements en Iran.
On vient d’y arrêter des femmes qui manifestaient pour leurs droits.
On y a fermé temporairement le journal Sharq, trop critique du régime islamiste. Les journalistes sont plus prudents depuis sa réouverture.
L’écrivain Ramin Jahanbegloo a été emprisonné pour décourager les autres intellectuels de trop voyager en Occident.
Périodiquement, le président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, antisémite forcené, y va d’une autre de ses élucubrations délirantes sur l’Holocauste. Et ainsi de suite.
Alors, quoi faire lorsque des fondamentalistes avancent, chez nous, des revendications comme ces casques de bain? Jusqu’où aller?
En théorie, le moins loin possible. En pratique, c’est plus compliqué.
La philosophie québécoise est que l’immigrant doit s’intégrer à une culture basée sur le vivre-ensemble autour de valeurs laïques, alors que la philosophie canadienne prône le vivre-dans-la-différence et la conservation de ce qui vous distingue des autres.
Or, le Québec est dans le Canada. Devinez qui a le mot de la fin. Dans l’affaire du poignard à l’école, la Cour suprême du Canada a renversé le jugement de la Cour d’appel du Québec.
Voyez, tout est politique. Même un casque de bain.
7 réponses à “Les casques de bain”

Le nom le dit accomodement raisonnables…
Ca doit etre raisonnable. Un sage a dit : ma liberte commence ou celle de mon voisin se termine.
Je n’ai aucun probleme qu’une jeune musulmane joue au soccer avec un casque de bain sur la tete. Je n’ai pas de probleme que des musulmans ne veulent pas manger de jambon a la cabane a sucre. J’ai peu de probleme avec les musulmanes qui se promenent masquees, quoique ca donne du relief a bataille des femmes pour leur droits.
La ou j’ai un probleme c’est lorsque ces gentils citoyens imposent leurs vues a toute la population. Pas question d’enlever le jambon a la cabane a sucre car certains musulmans ne peuvent pas en manger. Pas question d’imposer quelque mesure que ce soit demandee par un groupe de pression. Que ce groupe soit des musulmans, des juifs, des catholiques, des roses, des anti-pro-quelque-chose, je n’en ai rien a foutre. Si ca fait pas votre bonheur allez-y pas.
Y a quand meme une limite.
Stephan S
“On dit vouloir ainsi permettre l’exercice de la liberté religieuse. La liberté de qui? D’une fillette de 12 ans? Elle a décidé ça seule ?
Vous n’avez pas compris: c’est un symbole culturel, et non religieux, nous dit-on.” (Joseph Facal)
Justement. Je ne vois aucune différence entre ce principe et celui des jeunes joueurs de soccer Québécois qui n’ont pas la liberté de jouer au nom de leur culture. Tout comme les petites musulmanes sont obligées à porter leur symbole politique identitaire, les petites Québécoises sont obligées de porter celui de l’occupant sur leur pays et de jouer pour lui.
Or, c’est pour ce même occupant-colonisateur que jouent les petites musulmanes et donc à la gloire de son multiculturalisme érigé en charte et loi et non pour l’idéologie supposément “intégriste laïque” du Québec dont il n’existe en fait aucune charte ou loi. Le Québec, en fait, est aussi multiculturaliste que le Canada.
Donc, logiquement, si les indépendantistes québécois avaient tant soit peu de jugeotte, ils applaudiraient et supporteraient la démarche des jeunes musulmanes pour porter un signe distinctif de leur identité propre car ainsi les jeunes joueuses Québécoises pourraient aussi porter un signe distinctif de leur identité culturelle.
Si au Canada on efface l’identitaire du peuple britannique (English Canadian) par une déclaration qu’il n’existe aucune culture officielle au Canada, au profit d’une emphase sur toutes les autres cultures (multiculturalisme), Au Québec, on préfère plutôt effacer l’identitaire des Québécois autochtones (Canadiens) au profit d’une emphase sur un État laïque, civique, acculturé et humaniste. Des deux côtés c’est la négation de soi.
Mais pourquoi choisir cet exemple en particulier et en rajouter avec la politique interne en Iran? Il y a pourtant des musulmans partout. Les association sportives de soccer n’ont pas de pouvoir décisionnel chez nos gouvernements et institutions publiques. Pourquoi alors être si dérangé pour le port de casques de bains par des jeunes musulmanes plutôt que, par exemple, la création d’un caucus juif au parlement d’Ottawa dont la constitution y fut célébrée par la remise d’une plaque qui porte une prière juive qui orne depuis lors le bureau du Premier Ministre du Canada?
Ne serait-ce pas plutôt une leçon que ces jeunes filles donnent aux Québécois, ici?
Je le pense scincèrement.
A l’école comme sur un terrain de sport, les signes religieux n’ont pas leur place, surtout pas quand on parle de mineur. Ce n’est pas un endroit pour faire de la politique ou pour exprimer sa foi. La place au compromis n’existe pas ici, il y a un temps pour tout dans la vie. Si les musulmans ou tout autre groupe ne comprennent pas cette nécessité alors qu’on les forcent par la loi. Icit c’est la laicité qui reigne s’ils ne sont pas content alors bye bye. J’amerais bien voir une Québecoise se promener en bikini en Iran, vous allez me dire qu’ils vont la laisser faire. De toute maniere la religion est la plus grande source de guerre dans l’histoire c’est le temps de passer a autre chose.
“Icit c’est la laicité qui reigne s’ils ne sont pas content alors bye bye.”(Vindictater)
La laïcité ce n’est pas l’interdit des religions, mais la neutralité face à elles. L’État n’exerce aucun pouvoir religieux et les églises n’exercent aucun pouvoir politique.
Or, je ne vois pas ce qu’il y a de politique dans une joutte de soccer et la Fédération de soccer n’est pas une institution politique.
Si le foulard peut être vu comme un symbole politique, il en est de même pour la croix catholique. Or, le drapeau québécois est non seulement un symbole politique mais représente l’État. Pourtant il porte une croix catholique. Et vous refusez le port d’un foulard musulman sur un terrain de soccer au nom de la laïcité?
Affirmer comme vous le faîtes que “la laïcité reigne ici” est une “croyance” en soi qui nécessite un acte de foi. La laïcité est loin d’être la norme au Québec. Les institutions juives sont aussi influentes sur l’État et les élus que l’était l’église catholique sous Duplessis. L’État québécois finance à 60% les écoles de confessions religieuses, et va enseigner lui-même la religion dans toutes les écoles à partir de 2008. Non, l’État québécois n’est pas laïque. Il ne fait que “prêcher” un laïcisme intégriste pour plaire aux laïques mais pratique la collusion avec certaines églises, fait la répression sur d’autres, et a conçu son propre cours d’enseignement religieux. Pas laïque du tout.
“J’aimerais bien voir une Québecoise se promener en bikini en Iran, vous allez me dire qu’ils vont la laisser faire”.(Vindictater)
L’Iran est une république islamique et s’identifie ainsi. C’est clair pour tout le monde. Ils ont le mérite d’être honnête sur ce point. D’autres religions sont tout de même permises et tollérées en Iran (zoroastre, chrétienne, juive, baha’i).
“De toute maniere la religion est la plus grande source de guerre dans l’histoire c’est le temps de passer a autre chose.”(Vindictater)
La religion n’a rien à voir avec les guerres. Pas plus que l’amour a avoir avec les guerres, ou le sex, la philosophie, ou l’émerveillement devant l’univers. Votre affirmation est une insulte envers l’esprit humain.
La religion n’a qu’une seule culture, une seule race, une seule identité, un seul but, un seul Dieu. Les Églises qui prétendent le contraire et bâtissent des identitaires nationaux et raciaux liés à la religion font ainsi de la politique et non de la religion. Elles deviennent alors des agents de l’État et de puissants faux-prétextes pour servir ses guerres pour l’accès aux véritables motifs que sont les ressources et les biens accumulés de l’autre.
Si la croix catholique flotte fièrement au milieu du drapeau qui est sensé représenter la nation et culture québécoise, je vois difficilement comment on peut interdire le port du foulard n’importe où au Québec!
Malheureusement, le Québec est devenu un mensonge aussi gros que le “Canada” des Anglais.
Si le Québec était véritablement un État laïque, le gouvernement aurait condamné sévèrement l’organisation religieuse (église) B’nai B’rith pour sa campagne d’influence sur les prochaines élections dans Outremont.
Or, pas un mot venant de l’État.
Des casques de bain au soccer, parcontre…
Zach dans la situation actuelle c’est difficile pour le Québec d’imposer l’uniformité sur la question. Pas de probleme avec la diversité religieuse, certaines personnes ont besoin de croire a un etre supérieur pour x raisons. Mais il y a des endroits ou c’est pas la place pour ca, c’est une situation ou si tu donnes un pouce ils vont prendre un pied. Qu’est-ce que tu penses des femmes qui veulent garder leur voile pour prendre une photo de permis de conduire ou des travailleurs du port qui ne portent pas de casques a cause de leur turban. Les juifs ont de l’influence sur le gouvernement pas a cause de leur religion mais a cause du fait qu’ils ont du “bacon”, au meme titre que le patronat et les grandes centrales syndicales. Quand a la croix dans le drapeau ou meme le crucifix a l’assemblée nationale ce n’est plus vraiment religieux, c’est juste une question de tradition et de référence historique.
“Zach dans la situation actuelle c’est difficile pour le Québec d’imposer l’uniformité sur la question.”(Vindictater)
Sans l’indépendance, c’est impossible.
C’est pourquoi je dis que c’est faux de prétendre que la laïcité reigne au Québec.
“Pas de probleme avec la diversité religieuse, certaines personnes ont besoin de croire a un etre supérieur pour x raisons.”(Vindictater)
La diversité religieuse c’est la diversité de la pensée et donc il est juste pour vous de dire que ce n’est pas qu’une question de foi mais aussi de raison(s).
“Mais il y a des endroits ou c’est pas la place pour ca, c’est une situation ou si tu donnes un pouce ils vont prendre un pied.”
Je ne connais aucun endroit où ce n’est pas la place pour penser ou avoir de l’esprit. Dans l’armée peut-être?
“Qu’est-ce que tu penses des femmes qui veulent garder leur voile pour prendre une photo de permis de conduire ou des travailleurs du port qui ne portent pas de casques a cause de leur turban.”(Vindictater)
Ce n’est pas raisonnable, donc ce n’est pas de la religion. C’est une manifestation ou protestation politique.
“Les juifs ont de l’influence sur le gouvernement pas a cause de leur religion mais a cause du fait qu’ils ont du “bacon”, au meme titre que le patronat et les grandes centrales syndicales.”(Vindictater)
C’est faux. L’Église catholique est immensément riche aussi. Les institutions juives gardent cette richesse à l’intérieur du groupe tout comme Rome. Les Québécois ont rejetté l’emprise dogmatique de Rome et lui ont interdit l’accès aux institutions de l’État et l’État lui-même, mais ils ne peuvent pas le faire pour les institutions juives car c’est Ottawa qui est le maître du Québec. Ce fut un cadeau pour Ottawa que les Québécois délaissent le pouvoir du clergé.
“Quand a la croix dans le drapeau ou meme le crucifix a l’assemblée nationale ce n’est plus vraiment religieux, c’est juste une question de tradition et de référence historique.”(Vindictater)
C’est exact. La croix sur le drapeau de l’État québécois ne représente pas la religion. Elle représente l’Église catholique. C’est l’Église qui est la tradition et l’histoire. La religion c’est la pensée libre et la morale que l’on se fait pour soi en reconnaissance de Dieu et non d’une Église.
Le crucifix au mur de l’Assemblée Nationale est une référence historique du temps de Duplessis et de la domination sur la pensée. Il doit y rester afin que l’on ne l’oubli pas (je me souviens). Mais le drapeau n’est pas un symbole de notre passé, mais un symbole de ce que nous sommes. Symbole de ce qui ne change pas. Ce n’est pas un musée.
Mais à mon avis c’est dans un musée qu’il devrait être.