Les beaux habits
22 février 2007 par Joseph Facal
On l’a assez dit: rien n’est plus imprévisible qu’une lutte à trois. Voyons dans quel état de santé chacun des partis se présente à la ligne de départ. Aucun des partis n’est porté par un élan irrésistible. Les Québécois font distraitement du lèche-vitrines, savent qu’ils devront obligatoirement acheter, mais ne sont pas emballés par la marchandise. L’offre ne répond pas à la demande. Il faudra surveiller le taux de participation qui baisse systématiquement depuis des années. Habituellement, plus les gens sont nombreux à voter, plus cela favorise les péquistes. Moins ils votent, plus cela aide les libéraux dont les partisans sont notoirement fidèles et disciplinés.
Pendant les trois quarts de son mandat, le gouvernement Charest a été l’un des plus impopulaires depuis que l’industrie québécoise des sondages existe. Mais les six derniers mois ont laissé une bien meilleure impression. Tout a été dit sur les qualités de Jean Charest en campagne, et la machine libérale ne se bat jamais elle-même. Mais les recrues de prestige sont parfois, on l’a vu, des bombes humaines: la palme revient à Pierre Arcand pour avoir dit que l’économie du Québec allait mal alors que les libéraux sont au pouvoir depuis près de quatre ans. En politique, on a parfois tort d’avoir raison.
Les deux énigmes
Normalement, l’opposition officielle devrait être la principale bénéficiaire du mécontentement à l’endroit du gouvernement. Mais c’est plutôt Mario Dumont qui a le plus capitalisé sur cette insatisfaction ces derniers temps. Tant sur les accommodements raisonnables que sur l’aide aux familles, c’est autour de ses positions, même si elles sont durement critiquées, que se fait le débat. C’est lui qui donne le ton. Les autres partis sont en réaction à lui.
Mario Dumont est aussi le seul chef qui est plus populaire que son parti. Est-il un populiste parfois démagogique? Absolument, mais personne ne sait comme lui toucher les cordes sensibles des Québécois qui n’aiment pas qu’on leur dise quoi penser. Il est cependant bien seul. Le score final de l’ADQ est l’une des deux grandes énigmes de cette campagne.
L’autre énigme de la campagne est l’impact sur le score du Parti québécois de promettre un référendum le plus tôt possible en cas de victoire. On comprend évidemment le dilemme. S’éloigner du programme adopté par les militants n’est jamais simple dans ce parti. Mais ne pas tout miser sur la question nationale, c’est s’exposer à ce que la clientèle péquiste, qui est la plus capricieuse de toutes, décide de bouder le jour du vote. L’équipe de candidats ne fait peut-être pas rêver, mais elle est fort présentable.
Québec solidaire a un seul atout: Françoise David. Pour la première fois, l’extrême gauche a une porte-parole qui ne fait pas trop peur au monde. Mais les sondages indiquent à répétition qu’il n’y a aucun appétit au Québec pour le socialisme, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le travail de militants généreux est aussi périodiquement gâché par des épisodes loufoques comme le candidat à deux têtes dans Charlesbourg, ou ce débat surréaliste pour savoir s’il fallait chiffrer ou non les promesses. Pour certains militants, c’est s’interdire de rêver, voyez-vous, que de daigner dire au bon peuple comment on se propose de dépenser l’argent de ses impôts.
Les Verts ont pour eux l’engouement actuel pour l’environnement et l’urticaire que provoquent les partis traditionnels. Mais leur chef est aussi connu que la gardienne de mes enfants. Pour le reste: pas d’organisation, pas d’argent, et des candidats qui ne sont guère plus que des noms sur le bulletin de vote.
Hormis la question nationale, oubliez cependant les grands débats sur les enjeux fondamentaux pour l’avenir. Remettre le Québec sur la voie du progrès économique et social exigera que l’on se salisse les mains. Pour les cinq prochaines semaines, les partis sortiront plutôt leurs habits du dimanche.
