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Les angles morts

Les questions les plus importantes sont souvent celles dont on parle le moins pour masquer notre impuissance à y répondre.

Prenez l’éducation. La ministre Courchesne a rendu publiques ses treize mesures pour lutter contre le décrochage scolaire : classes plus petites, activités parascolaires, dépistage précoce des difficultés, etc. Comment voulez-vous être contre ça ?

Tout le milieu a joué sa partition habituelle. La ministre a annoncé. L’opposition et les syndicats ont maugréé. Administrateurs et parents ont ajouté leur grain de sel.

Bref, les «intervenants», comme on dit en jargon éducatif, sont intervenus.

Les journalistes ont été égaux à eux-mêmes. Madame la ministre, combien d’argent «frais» dans votre annonce d’aujourd’hui ? Madame la ministre, pourquoi rien avant la rentrée 2010 ? Au ras des pâquerettes.                                                                     

L’échec scolaire n’est pas principalement une question d’argent. On décroche moins dans des sociétés où on dépense moins qu’ici.

Le fond du problème – l’a-t-on assez dit ? – est que la société québécoise ne valorise pas assez l’éducation et la culture. L’instruction de masse n’a pas cinquante ans au Québec.

Les manifestations de notre rapport problématique au savoir sont partout : dans la faible valorisation du métier d’enseignant, le peu de temps consacré à la lecture, le statut suspect de l’intellectuel, etc.

Dans les petites choses aussi. Un lecteur me reprochait l’autre jour d’avoir utilisé le mot «sépulcral» dans une chronique. Le bon peuple ne comprendrait pas, disait-il. 

Un autre relativisait l’abandon scolaire en soutenant qu’il y a des non-diplômés qui gagnent plus cher que des diplômés. On est découragé à l’idée de devoir y répondre.

Sur ce blogue, quelqu’un notait très justement que Jacques Parizeau était  sardoniquement surnommé «Monsieur» parce que son instruction et ses manières de grand seigneur détonaient. René Lévesque était surnommé «Ti-poil» pour être ravalé à notre rang : combien de peuples se permettent une telle familiarité avec leur chef d’État ?

Nos tics de langue sont aussi très révélateurs. Celui qui parle trop bien «pète-plus-haut-que-le-trou», ou est forcément «une tête enflée». Tout notre rapport à l’instruction baigne dans un vieux complexe d’infériorité.

La ministre Courchesne a parlé de revaloriser l’éducation. Très bien. Mais dans les faits, la valorisation de l’éducation est avant tout une responsabilité parentale, que nombre de parents n’assument pas, voire qu’ils ne se reconnaissent même pas. 

La pauvreté est une partie de l’explication, mais pas une justification. Dans les sociétés où l’on décroche moins, l’adulte pauvre souhaite pour son enfant un autre destin que le sien. Ici, il se dira souvent : si j’ai réussi à me débrouiller, fiston n’aura qu’à faire comme moi.  Il y a comme un réflexe culturel qui est différent. Ce n’est évidemment pas une politique gouvernementale qui pourra renverser cela.

Une étude de McKinsey établissait récemment que les pays avec les meilleurs résultats scolaires sont ceux où les enseignants sont recrutés parmi les meilleurs étudiants, et où ils sont ensuite envoyés dans les écoles les plus «difficiles».

Imaginez la révolution que ce serait au Québec : virer à l’envers les facultés d’éducation, évaluer individuellement les enseignants, envoyer les meilleurs là où il le faut plutôt que là où il y a des places disponibles, faire de l’ancienneté un critère secondaire. De la pure science-fiction chez nous.

Appelons ça les angles morts du débat public.

19 réponses à “Les angles morts”

  1. le 14 sept 2009 à 13:52 marilou

    Pourquoi , ne pas tout simplement revenir aux méthodes qui ont fait leurs preuves ? À trop vouloir faire plaisir à tout le monde, on ne rends service à personne,,, les élèves vont à l’école pour apprendre, les étudiants vont au secondaire pour perfectionner ce qu’ils ont appris au primaire, et le cegep doit compléter les enseignements pour que les études se terminent bien,à l’université,,,ce qui se passe dans certains foyers ,dans certaines écoles , dans certaines régions sont causées par les attitudes, les gestes,la volonté d’étudier, le désir d’apprendre,,,si ce désir est présent et si ce désir se complète par la volonté de réussir,alors là, il n’y aucune raison de tout chambouler parce que quelques personnes n’ont pas le gout ni le « .guts » de réussir, il y a tellement de façons de faire ses études, peu importe la condition des parents. il existe des ressources gouvernementales qui sont à la disposition de tout le monde,,et posons-nous la VRAIE question,, si L,enfant ne veut vraiment pas rien savoir soit à cause de la drogue, soit à cause des fredaines de son groupe, que peut faire l’enseignant si, il se sent seul sans avoir l’appui des parents, de la direction de l’école, des commissaires( qui aiment bien dépenser pour rien ) que doit-il faire ? prendre l ‘enfant par la main,? il faut laisser l’enseignant faire son travail et l,appuyer de tout notre mieux, —il y a des enseignants dans ma famille ,à la maternelle, au primaire, au secondaire, à l’université et il est facile de voir si un enfants veut vraiment travailler, cela se voit déjà au primaire,,,,et si les parents ne veut rien savoir, les enfants non plus ne veulent pas rien savoir, c ‘est complexe le milieu de l’enseignement…..

  2. le 14 sept 2009 à 16:17 Victor

    Si ajouter toujours des budgets était une solution, viendrait bien un jour, depuis que nos sociaux-démocrates en ajoutent des budgets, où les résultats s’approcheraient des attentes bien légitimes des payeurs de taxes.
    Malheureusement, l’ajout des budgets au primaire, au secondaire, partout, à tous les niveaux, est complété par toute une panoplie de cours payés aux adultes—des adultes payés pour suivre des cours– par les mêmes payeurs de taxes et d’impôts.
    « L’éducation » se fait à tout âge de la vie maintenant et, payée aux uns par les autres, sous les prétextes les plus vertueux, cela ne fait que nourrir un système étatique qui se survit lui-même de cette façon.
    L’éducation est devenue un business hors contrôle. Cela résulte de l’omniprésence de l’état.
    Dans les années cinquante, il y avait des frais minimes payés par les parents pour leurs enfants au secondaire, et cela dans le secteur dit publique.
    Cela est repris maintenant par un système privé. Et ce sont les mêmes socio-démo qui chiquent la guenille, parce que des argents du ministère sont versés au secteur privé.
    C’est pourtant l’effort des parents qui devrait être remarqué. Cet effort est garant de la responsabilité des parents…et des étudiants.

  3. le 14 sept 2009 à 18:26 Pierre-Olivier Bastien-Dionne

    Ce que je remarque depuis quelques années est que la notion d’effort a été évacuée du système d’éducation. C’est selon moi une des raisons pour lesquelles les jeunes, surtout les garçons décrochent davantage. Pour sauver quelques dollars on fait passer des élèves qui devraient doubler, alors qu’ils ne possèdent pas les connaissances pour avancer dans leur cheminement. Cependant, cette mesure à été prise, nous dit-on pour: « ne pas décourager les élèves face à l’échec et ne pas miner leur estime d’eux-même ». Cet argument est falacieux et faux. Étant jeune homme, j’adorais me comparer aux autres élèves de la classe, particulièrement aux autres garçons. Lorsque je réussissait bien un examen, un sentiment de fierté se dégageait de ma réussite. C’est sans étonnement de constater que les programmes de sport-études sont si populaires auprès des garçons. Il se dégage de la fierté et de la motivation d’accomplir un acte concrèt et de voir ses résultats. De voir le fruit de durs efforts. Banaliser l’échec était une erreur, et on devrait revaloriser la réussite. L’entrée massives des jeunes filles dans l’éducation a été une excellente chose pour le Québec. Il était grand temps que les jeunes filles aient accès à une meilleure éducation et je ne les blâme pas pour l’échec des garçons. Par contre, la féminisation des élèves, et particulièrement la présence fortement féminine des professeures a peut-être joué pour quelque chose. Involontairement, on laisse peut-être pour compte le caractère turbulent des jeunes garçons. La solution est peut-être, comme en Angleterre, de retourner vers des classes unisexe, surtout au secondaire. La solution ne réside certainement pas dans l’injecion supplémentaire de fonds, qui seront dirigés vers une administration lourde, loin des besoins des écoles. Jusqu’à présent, aucun dollar supplémentaire investi n’a réussi à stopper la hausse du décrochage, et encore moins à régler ce problème criant au Québec. Il est peut-être temps d’impliquer davantage les acteurs du système d’éducation et les façons de faire, que d’invoquer encore une fois la pensée magique et croire que davantage d’argent et de plus grosses structures bureaucratiques règleront tout.

  4. le 14 sept 2009 à 18:32 Richard3

    Monsieur Facal, vous dites:

    « Imaginez la révolution que ce serait au Québec: virer à l’envers les facultés d’éducation, évaluer individuellement les enseignants, envoyer les meilleurs là où il le faut plutôt que là où il y a des places disponibles, faire de l’ancienneté un critère secondaire. De la pure science-fiction chez nous. »

    Cela fait pourtant un bail que j’en parle, dans mon blogue; j’en parlais déjà en janvier 2008, dans ce billet. Dans celui-ci, publié en mars dernier, suite à la publication du rapport Ménard, j’y reviens à nouveau, alors que quelques semaines plus tard, je cite même votre chronique du moment. Finalement, le 23 mai dernier, je revenais à nouveau sur le sujet, suite à la série d’articles du JdeM, qui traitait des meilleurs profs du Québec.

    Un jour ou l’autre, il faudra des politiciens suffisamment courageux pour faire dans la science-fiction, que ce soit en éducation, en santé, ou dans la conduite générale des affaires politiques, au Québec. Mais malheureusement pour nous tous, je n’en vois aucun; certains blogueurs ont même dit un « bon débarras » bien senti, lors de la démission récente de François Legault, le dernier à qui il semblait rester un brin de lucidité, au PQ.

    Je serais bien volontaire pour y aller, mais je crains fort de ne jamais être élu, et ce parce qu’aucun parti ne voudra de moi dans ses rangs; je serais beaucoup trop « populiste » à leur goût.

  5. le 14 sept 2009 à 19:46 ymdelisle

    Vous avez entièrement raison M. Facal. Ça commence dans la famille ou n’avons pas encore développé une culture du savoir. Il faut aussi comprendre qu’il y a 50 ans, nous n’avions pas de Ministère de l’Éducation au Québec. Nous devons également comprendre que nous avons créé une société qui demande au gouvernement de reglé tous les problèmes.(Merci au PQ) Nous ne prenons pas nos responsabilités en demandant aux écoles d’élever nos enfants. Dire que nous mettons de l’argent, c’est beau, mais ça ne reglera pas le problème. Il y a trops de syndicats (qui font de la politique), d’incompétence administrative (des anciens profs ne font pas de bons administrateurs) et des parents inconscient(l’éducation ça donne quoi) dans notre système. Le choc du future (Alvin Toffler) est que nous ne pourrons pas compétitioner avec le reste de monde. Les Québecois redeviendrons marginalisé sur leur propre territoire. Mais nous ne pourrons plus blâmer les maudits anglais, car notre retard sera « fabriqué au Québec ». Ce n’est pas un Québec souverain qui reglera le problème car ce n’est pas une question de « liberté », de politique ou d’argent. Indépendent ou non, le problème sera toujours présent. Nous avons besoin d’une bonne thérapie de groupe.

  6. le 14 sept 2009 à 20:28 ymdelisle

    M Dionne. Vous avez raison en disant que nous avons trops nivelé vers le bas. D’accord avec vous pour la banalisation de l’échec. Les jeunes apprennent qu’il n’y a pas de conséquences pour leurs actes. Il ne savent pas lire et écrire en sixième année. Pas de problème, ils iront tous au secondaire. Ils font des conneries à l’école. Pas de problème, les parents mettront la faute sur les profs et défendront leurs rejetons. Ils entrent dans le milieu du travail et font des conneries. Pas de problème, le syndicat est là.

    Nous avons besoin de sang neuf dans le système. Cependant, des gens avec une expérience vécue ne pourront jamais entrer dans le système. Par exemple, M. Facal, qui détient un doctorat, ne pourrait même pas enseigner le français en maternelle. Le système fonctionne par ancienneté et non par compétence (horreur si on ose parler de performance).

    Avez-vous mis les pieds dans une de nos écoles dernièrement?. Les écoles sont sales, sombres, mal-équipés et ne sont pas propices à l’éducation d’une génération techno.

    Une amie me parlait d’une école ou le bureau du directeur et la salle des profs avaient l’air climatisée. Les éleves, eux, crevaient de chaleur dans leurs classes mal foutues. Les bureaux des Commissions scolaires sont propres et bien organisés. « Full équipé », comme disent les ados. Quand je parle d’incompétence administrative, c’est ça. Nous avons le plus haut ratio d’administrateurs/fonctionnaires vs éleves de tous les pays industrialisés. Nous devrions nous poser des questions a savoir comment notre argent est dépensé.

  7. le 14 sept 2009 à 21:53 Ranang

    Je pense de même:  »la valorisation de l’éducation est avant tout une responsabilité parentale ». Si les jeunes décroches c’est peut-être parce que justement leurs parents ont décroché bien avant eux…

    Je suis issus d’un milieu modeste pour ne pas dire pauvre. Mais pas désoeuvré. Bien au contraire, j’ai été élevé par une mère qui, comme vous le mentionner a  »souhaité pour son enfant un autre destin que le sien ». Et même si elle avait peu d’instruction, l’éducation était une valeur fondamentale sinon sacrée à la maison. En claire il fallait avoir une bonne raison pour sécher un cours.

    Aujourd’hui je compte plusieurs intellectuels parmi mes meilleurs amis parce que, comme elle, lorsque j’ai l’occasion de m’entretenir avec quelqu’un de cultivé qui stimule ma réflexion, j’écoute et j’apprends au lieu de me sentir bêtement inférieur.

  8. le 15 sept 2009 à 1:44 Art

    Fascinant. Vous l’êtes, M.Facal. Encore une vérité terrifiante, servie toute crue comme toujours, et puis pom-pom-pom, le petit train continue sa route débile vers un univers endetté, volontairement sous-éduqué, et quasi-volontairement débile.

    Sous votre plume, les gens d’ici me font peur. On dirait un groupe majoritairement volontairement attiré vers la médiocrité.

    Dites-moi, M.Facal, vous qui connaissez divers peuples de la Terre, sommes-nous la norme? Est-ce que les autres peuples détestent aussi viscéralement les gens éduqués qui parlent sans sacrer continuellement? Sommes-nous le seul peuple francophone de la Terre à sacrer autant, incapables d’utiliser des adjectifs adéquats? Nommez-moi un pays francophone où les gens sacrent plus que nous, allez, s.v.p., dites-moi qu’il y a pire ailleurs!

    C’est tellement plaisant d’aller en voyage et de se faire dire que le Québec est un endroit merveilleux. « Oui oui, j’ai adoré. Je me souviens de vos expressions colorées comme « Tabarnak! » ou encore « Ostie qui fait frette! », et on rit, que c’est drôle! Quel beaux souvenirs de voyage! »

    Sommes-nous uniques à faire comme le poisson « Nemo »: nager vers le fond?

    Je suis enseignant. Je suis passionné. J’adore l’enseignement, oui oui, malgré tout, le partage de connaissances, la vie, la performance, les jeunes allumés.

    Sauf que pour un jeune qui me donne espoir, il y en a toujours 25 qui me font peur pour notre futur collectif. On parle de nivellement par le bas. Si vous saviez à quel point il faut descendre pour atteindre ce fond du fond. Plusieurs élèves « réussissent » en ne faisant absolument rien. À tous les niveaux. Pourquoi? Monsieur, si vos statistiques de prof sont peu élevées en matière de réussite, la Direction vous invite gentiment et fermement à fermer les yeux et à ouvrir les valves du « succès ». L’objectif: obtenir un taux élevé de diplomation. Le contenu: euh, ben, tsé, faque, genre, si ça adonne, peut-être, mais peut-être pas.

    Faut dire, on a plusieurs semaines de vacances par année… et on se le fait dire à chaque jour! « Encore en vacances mon ostie de chanceux! Câlice que t’as une crisse de bonne job! »

    Hallucinant.

    Et vous, M.Facal, semaine après semaine, vous frappez sur nous. Et nous, on avance.

    Je connais un gars qui est millionnaire et qui n’a pas fini son secondaire 3.

    Ç’a l’air le fun! Let’s go!

    Continuez mon Cher. Dans le vide. Et quand vous serez écoeuré, ben câline, au moins vous vous aurez vidé le coeur… et on sera deux!

    Art
    p.s.: Pour la dette, ça ne vous fait pas peur, ça, M.Facal? Pom-pom-pom le petit train…

  9. le 15 sept 2009 à 4:29 Joseph Facal

    Mon cher Art,

    Que voulez-vous que je vous dise ? Oui, je suis inquiet. Très. De plus en plus. Et oui, des fois, je suis découragé. Vrai qu’il y a pire ailleurs, mais je préfère que nous nous comparions à ceux d’en haut, pas à ceux d’en bas. Ce qui est sidérant, c’est l’écart entre la réalité et ce que nos talents, ressources et autres atouts permettraient. L’autre jour, un téléroman québécois était présenté ici, en Europe, sur TV5, pour un public français, belge, suisse. Devinez quoi ? C’était…sous-titré…pour qu’on nous comprenne dans le reste de la francophonie…Mais bon, je m’accroche.

  10. le 15 sept 2009 à 10:30 Pierre-Olivier Bastien-Dionne

    @ M. Facal

    Est-ce que c’est sous-titré par volonté de la production, ou est-ce une exigeance de TV5? Si c’est une exigeance de TV5, ça dénotte peut-être de la paresse intellectuelle de la communauté francophone outre-atalantique. J’espère que ce n’est pas l’équipe de production qui a pris l’initiative de sous-titrer une émission en français. Quoique ça ne m’étonnerais par, les Québécois on beaucoup peur de déplaire, et préfèrent s’adapter aux autres. Pourtant, à cause de notre position géographique et linguistiques, nous avons tous les outils pour performer dans plusieurs langues. Je m’amuse en côtoyant des amis français à imitier leur accent à la perfection, alors qu’eux peine à s’approcher du parler Québécois. Une chose qui me désole cependant, c’est de constater qu’une majorité de Québécois essaient d’emprunter l’accent français en parlant avec ceux-ci, et c’est très courant. Le Québec serait-il encore dans une énorme crise identitaire, incapable de s’affirmer, de trouver sa place entre une Amérique anglophone, et le souvenir lointain d’amitiés francophones Européennes?

  11. le 15 sept 2009 à 13:06 Art

    M.Facal,

    J’avoue. J’étais découragé hier soir!

    Et moi, malgré tout, j’essaie. Mes enfants sont petits et je tente de les aider en valorisant l’effort. À 5 et 7 ans, la réussite ou l’échec ne m’importe pas beaucoup (quoique la réussite est bien sûr plaisante!). La vaillance, le culture de l’effort, la lecture, l’écriture, voilà ce que je tente d’imprégner dans le sang des miens. Et ça marche! Et par l’exemple aussi. Ainsi que leur mère. Et nos enfants, quoique pas plus intelligents que les autres, vont réussir mieux que les autres. J’en suis convaincu.

    Je ne suis pas riche, oh très loin de là, mais je regarde les actions de Jean-Coutu avec mon plus vieux. On fait semblant. Il adore! (Même si on a perdu un peu d’argent fictif la semaine dernière…)

    Un jour, avant 57 ans, il va savoir comment ça marche pour vrai.

    Outre mes quelques envolées soudaines, j’ai aussi l’occasion de visiter certains endroits du monde. Et je suis toujours en admiration devant les connaissances des enfants en Italie et en Angleterre. Et aussi devant un être au passé sombre, mendiant à Paris, qui parle toutefois un français impeccable!

    Mais comment ils font!?!

    Moi, je vous l’ai déjà dit. Je vous admire. On a besoin de vous. Quelqu’un de fort, d’intelligent, qui voit clair. Je ne serai jamais au devant. Je ne suis pas assez compétent pour l’être. Mais vous! Si un jour vous vous lancez, peu importe le parti, moi, je vous suis. Et vous pouvez compter sur moi. J’irai avec vous conquérir le monde. J’irai avec vous redresser cet écart entre nos capacités et la réalité déchirante.

    Suis-je le seul?

    Allo, vous toutes, vous tous? Répondez-moi! Parlez-lui, à ce M.Facal! Sommes-nous prêts à vivre l’expérience d’une vie? La réalisation sublime du développement de notre avenir, dis-je, de notre présent?

    Encore combien d’années? Encore combien de dettes?

    Je vous soupçonne d’avoir le goût. J’hésite toutefois: de foncer, ou d’abandonner?

    Mission impossible… nul n’est tenu.

    Vous connaissez mon courriel. Écrivez-moi un jour si vous désirez un joueur de plus dans votre équipe.

    Art!

  12. le 15 sept 2009 à 17:06 MV

    Pour revenir à l’éducation, le problème n’est aucunement simple, mais bien une combinaison de plusieurs facteurs sociaux, économiques et pédagogiques. Malheureusement, le problème au Québec est que le gouvernement joue à l’apprenti sorcier avec nos jeunes, en proposant une réforme qui n’a faite absolument aucune preuve dans plusieurs pays (Grande-Bretagne, Suisse) et cela avec les conséquences dont l’on savait depuis plus de 10 ans.

    -Une réforme pédagogique qui va simplement démotiver les plus forts tout en perdant les plus faibles.

    -Le fait que l’école maternelle devrait commencer à 4 ans comme en France ou en Ontario pour pouvoir habituer nos jeunes avec des professionnels au lieu de les avoir croupis dans une CPÉ.

    -Le manque de valorisation de certains parents vis à vis à l’éducation primaire ou secondaire de leurs enfants.

    -Le manque d’appartenance de la communauté à leur école. Les États-Unis sont à des lunes d’avance de nous à ce sujet.

    -La centralisation massive des pouvoirs et des curriculums au MÉQ à Québec via les commissions scolaires qui servent de pseudo-relais au MÉQ. Reste à dire que la réalité scolaire en Gaspésie, dans l’Est de Montréal ou en Outaouais n’est pas du tout la même.

    -Comme mentionné, la féminisation de l’éducation et que cela amène un manque de motivation par rapport aux jeunes garçons.

    -Le fait qu’un tente d’avoir des écoles secondaires polyvalentes tellement grandes que ça devient en fait un monstre incontrolable.

    @Pierre-Olivier Bastien-Dionne:

    À vrai dire, je trouve qu’il existe certaines classes de français (surtout le stéréotype du Parisien typique) qui ont tendance à se moquer carrément de notre langue en nous trouvant carrément comme des ploucs. Par contre, si on voit de plus près la France des régions, on remarque une plus grande ouverture et un plus grand respect.

    Mais visiblement, cela s’impose avec le même dilemme qu’entre l’anglais Britannique et Américain, qui a réellement l’accent?

    Ironiquement, peut-être est de dire que notre accent se rapproche davantage des tonalités des l’anglais Américain que de l’anglais Britannique et cela, que la langue anglaise moderne ait été grandement influencée par la langue française.

    (Soit dit, dans un parler de style populaire ou informel, le Français et son cousin d’outre-Atlantique ont un niveau de langue équivalant. Reste à dire, que le registre linguistique joue pour beaucoup car beaucoup de nos expressions viennent en fait du Normand et du Poitevin d’où que la grande majorité des colons en Nouvelle-France venaient à l’origine)

  13. le 15 sept 2009 à 18:08 Magnolia

    Bonjour Monsieur Facal.

    À bien y penser, lorsque j’aperçois une horde d’écoliers têtes en bas, concentrés sur la musique de leurs sacrés balladeurs entre deux cours ou plutôt un cours entre deux séances de balladeurs, je crois que nous tous, avons toléré cet individualisme insensé au lieu de consolider la prémisse d’une essentielle socialisation.

    À quoi servent la somme de nos efforts s’ils ne sont pas d’abord et avant tout conjugués ?

  14. le 15 sept 2009 à 18:15 Gilles

    Pour faire suite à une partie des propos de MV, à l’effet que notre accent (tonique) se (rapproche davantage des tonalités des l’anglais Américain) je pense qu’il ne faut pas s’en surprendre.

    Je retourne à mes vieilles lectures et je me souviens avoir lu dans l’oreille et la vie d’Alfres Tomasit (L’Oreille et la Vie. Paris : Editions Laffont, 1987 qu’il y a un rapport étroit entre les sons que nous émettons et le tellurisme.

    Ce qui expliquait selon lui (si mon souvenir est exact) pourquoi nous nasillons, comme les amérindiens c’est l’exemple qu’il apportait.

    Pas étonant donc que «notre son propre» soit proche de celui des américains, et s’éloigné du son de nos cousins français.

    Parce que tout dépend de ce que l’oreille perçoit selon Tomatis. La grammaire et la syntaxe ne sont qu’une partie de l’affaire.

    Pour ceux que ça intéeresse : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Tomatis

    Mais bien entendu cela n’est qu’une partie de la question. Et pour en venir au sujet principal, je suis d’avis aussi que l’éducation est d’abord une responsabilité parentale.

    Mais pouvons nous convenir que la vie d’aujourd’hui n’a plus beaucoup de rapport avec celle des générations précédentes. Le rythme de vie, les nouvelles technologies et la perte de contrôle effective des parents sur les enfants sont pour beaucoup dans le fait que la motivation scolaire est passablement plus hésitante que par le passé, simplement parce qu’il n’y a plus les règles qui modulaient la vie des enfants.

    Et l’État a aussi une part de responsabilité, puisqu’il s’arroge des droits sur l’enfant. La fréquentation scolaire est obligatoire. Alors si la fréquentation scolaire est régie par l’État, quelle est sa part de responsbilité dans le succès de l’entreprise ?

  15. le 15 sept 2009 à 18:52 ClaudeB

    Certains bien pensant voudraient que nos enfants se moulent parfaitement dans leur cadre mais voila, ce sont des enfants, qui se bousculent, qui s’excitent et qui veulent s’amuser.

    Je lisait quelque part que le plaisir est essentiel à l’apprentissage. Il est la le problème. Quel place laisse-t-on au plaisir aujourd’hui? Comment fait-on pour convaicre un enfant de la nécessité d’apprendre? En l’amusant et en l’intéressant, tout simplement. Bien trop compliqué à comprendre pour tous les grands bonzes du ministère de l’éducation.

    Saviez vous qu’ils sont plus de 3000 à travailler au ministère de l’éducation?

    Fascinant…

  16. le 15 sept 2009 à 20:19 Gilles

    Je m’étonne compte tenu d’échanges antérieurs, de me voir subitement tout à fait d’accord avec Claude. C’est ben pour dire.

    Effectivement je ne pense pas que ce soit bien drôle d’aller à l’école aujourd’hui. Récemment, j’ai capté une parrtie d’échange de mon petit fils avec des copains. Ils parlaient de l’école. L’école, la salle de classe était qualifiée de salle de tortures…

    Après le rapport Parent qui a été le déclencheur de la construction des écoles secondaires dans les années soixante, les écoles ne devaient pas accueillir plus de mille cinq cent élèves. C’était un maximum. Et on a maintenant des écoles passablement plus grandes, véritables usines.

    Que les élèves les qualifient de salle de torture est-ce vraiment étonnant?

    J’aimerais voir un plan gouvernemental qui aurait pour objectif de mettre en place une réforme dont le but ultime serait de rendre l’école intéressante et plaisante.

    Verrons nous cela un jour ?

    Vous avez raison Claude. Ils sont, dans ce ministère en particulie déconnectés de leur enfance. Mais ce n’est pas le seul…

  17. le 15 sept 2009 à 21:49 Jocelyn Parent

    Bonjour.

    Sans rapport à l’article en question, mais n’ayant pas le courriel de M. Facal, j’aimerais avoir son texte nommé : La souveraineté est-elle en déclin?

    J’ai entendu ce beau discours au 89,9 FM avant 20h en passant près de Trois-Rivières, dimanche le 13 septembre. Comment en avoir un exemplaire?

    Merci.

    Jocelyn Parent.

  18. le 16 sept 2009 à 3:44 Joseph Facal

    Bonjour Jocelyn,

    Je ne me souviens pas avoir écrit un texte intitulé ainsi. La chose n’est cependant pas impossible.

    Il est vrai que j’ai souvent réfléchi à voix haute sur le sujet, considérant le piétinement actuel de l’appui à cette idée.

    Il n’est pas impossible que le poste de radio en question ait, de sa propre initiative, «rebaptisé» ainsi le texte ou ait presenté un extrait d’un texte plus long intitulé autrement.

    Désolé de ne pouvoir davantage vous aider.

    Cela dit, je publie bientôt un livre dans lequel je traite de cette question (entre autres).

    Je ne vous dis pas ma conclusion…

  19. le 20 sept 2009 à 14:58 Robert Lachance

    Vous observez judicieusement sur un sujet de l’heure et vous assaisonnez adéquatement. Autrement dit, vous me mettez la rondelle sur la palette.

    En matière d’éducation, le décrochage religieux accéléré depuis la révolution tranquille au profit d’une vision économique de l’avenir me ferait parler plus d’incompétence ou d’impossibilité à suivre que d’irresponsabilité parentale. Ils se retrouvent tout simplement dépassés par les événements quand ils existent encore comme couple. Le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui. Les statistiques dont j’ai pris connaissance sont éloquentes.

    Le rythme de l’évolution est devenu insoutenable au point où je me demande si l’Occident va s’en sortir gagnant d’ici 50 ans sur l’Inde, l’Islam et/ou l’Afrique sub-saharienne aidée de la Chine. Voyez Renault plus Alonso et Ferrari plus Hakkinen: méconnaissables. Même Mclaren avec Hamilton plus Kovalaïnen !

    Notre sous-natalité depuis 1970 illustre que notre force de l’âge ne se hasarde plus en assez grand nombre dans cette aventure oubliée qu’est la régénération de l’humanité. On préfère la Formule Un, l’Everest, le Kilimandjaro, le Canadien de Montréal ou le retour de la LNH à Québec.

    D’accord pour une relance de l’éducation mais en commençant par celle des adultes en âge de régénérer plutôt que celle en âge de relever une force de consommation polluante et sans conscience, sans avenir au delà d’une génération ou deux.

    Dans Le Bossu de Notre-Dame, Victor Hugo nous révélait l’évidence: « plus l’on tombe de haut, plus la chute est profonde ». C’était inutile. Le décrochage scolaire est un mal de société « avancée » comme le décrochage sportif chez les athlètes mercenaires. Là où il n’y a pas d’école, il n’y a pas de décrochage.

    Je vous signale que Tex Lecor dans une chanson cachait l’école pour ne pas avoir à y aller. À Walden Two,, une commune imaginée par B.F. Skinner, le plus important psychologue américain du XXe siècle, il n’y avait pas d’école, celui qui savait se devait d’enseigner dès qu’un « élève » se présentait, comme avant 1534. Imaginez l’économie !

    Ce qui ne m’empêche pas de dire comme Jean-François Lisée que les enseignants devraient être mieux rémunérés si particulièrement qualifiés en attendant un revenu minimal pour tous, humain sinon égal comme vision.