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Les «amis»

Au moment où s’engagent les pourparlers entre le gouvernement et les centrales syndicales pour le renouvellement des conventions collectives dans les secteurs public et parapublic, Pauline Marois vient de reconnaître que les demandes syndicales étaient «un peu élevées».

C’est le moins qu’on puisse dire : 11,25 % d’augmentation sur trois ans. Dans le présent contexte économique et surtout dans l’état actuel des finances publiques, ces demandes sont presque choquantes pour les non-syndiqués, ce qui ne veut pas dire que les syndiqués du secteur public sont les enfants gâtés qu’on dénonce trop facilement. Mais il s’agit évidemment d’une position initiale de négociation.

Cela n’a pas empêché le SPQ libre, un groupuscule syndicalo-gauchiste au sein du PQ, dont la composition exacte est assez mystérieuse, de s’indigner des propos de madame Marois.

Jusqu’ici, le SPQ libre s’était tenu relativement tranquille. Non seulement madame Marois jouit-elle, de toute évidence, de l’appui massif des militants péquistes, mais elle ne disait rien de très engageant, ce qui est toujours le meilleur moyen de ne choquer personne. Tant que c’est possible.

Il arrive cependant un moment où le silence devient impossible : le PQ ne peut, d’un côté, blâmer le gouvernement pour l’état des finances publiques et, de l’autre, endosser des propositions qui l’empireraient. Or, sitôt que madame Marois énonce une évidence, le SPQ la critique avec une virulence qu’aucune autre instance de ce parti ne saurait se permettre sans en subir les conséquences.

Dès 2007, plusieurs avaient conseillé à madame Marois de mettre fin à cette nuisance qu’était le SPQ avant que les échéances politiques ne limitent sa marge de manœuvre. Faute d’avoir agi, l’affaire s’est aujourd’hui singulièrement compliquée : ou le PQ continue à faire des compromis avec ces hurluberlus qui lui causent énormément de tort, ou il y met fin, casse des œufs, et déplaira aux syndicats dans une conjoncture particulièrement délicate. Il faudra choisir.

Les propos du SPQ étaient aussi extraordinairement révélateurs de ce qui heurte tant de péquistes et d’ex-péquistes. Dans une sortie franchement délirante rapportée dans Le Devoir du 30 janvier, qui mettait dans le même sac l’industrie de la construction, Norbourg, ceux qui ne paient pas d’impôts et les «riches de la société», Marc Laviolette disait d’eux : «tous des pourris».

C’est si consternant qu’on ne sait plus par où commencer. Être riche et honnête est présumé impossible; les syndicats ne jouent évidemment aucun rôle dans ce racket de la construction; et le Québec est rempli d’autres Vincent Lacroix qui nous éviteraient de devoir faire des vrais choix. Pathétique.

Marc Laviolette a aussi l’outrecuidance de laisser entendre que l’argent qui dormirait à Ottawa règlerait comme par enchantement nos problèmes. C’est rire du monde. Ottawa est dans le rouge par-dessus la tête, et les péquistes qui ont une tête sur les épaules savent que la souveraineté ne se fera pas mardi prochain.

Son acolyte, Pierre Dubuc, disait que les syndicats du secteur public s’attendent à ce que «leur parti» les défende. Au moins, c’est franc. À la différence de René Lévesque jadis, pour qui le PQ devait penser d’abord au «monde ordinaire», mais ne pas avoir les mains liées par quiconque, il faudrait donc que le PQ soit carrément la courroie de transmission des syndicats, comme le NPD fédéral.

On se demande ensuite pourquoi tant de nationalistes décrochent du PQ. Avec de tels «amis», madame Marois n’a pas besoin d’ennemis.

11 réponses à “Les «amis»”

  1. [...] : Joseph Facal y va de ses états d’âmes sur le [...]

  2. le 01 fév 2010 à 14:13 epsilon

    amen!

  3. le 01 fév 2010 à 15:45 Francois Aubin

    Quel gaffe de la part de Bernard Landry d’avoir permis l’implantation de ce groupe. Le spq-libre est un peu comme les groupes de pression de 5 membres qui réussissent à bloquer les projets au Québec. Ses membres se comptent sur les doits de la main et leur agenda est clairement la protection de leurs amis et collègues syndicalistes au détriment du bien du parti. À chaque fois que le PQ fait un geste qui est loin d’être de droite mais uniquement du gros bons sens, les journalistes s’empressent de contacté Marc Laviolette pour l’entendre déblatérer sur son propre parti. La grande coalisation souverainiste est morte avec les départs de Lucien Bouchard, de François Legault et de vous-même. Le parti québécois est le volet ‘’pouvoir’’ de Québec solidaire. Ils essaient de nuancer leur propos mais c’est exactement le même message. Voila pourquoi il y a un si grand vide politique au Québec et une désaffection des souverainistes et nationalistes de centre et de droites qui ont donné une chance à l’ADQ en 2008 et qui sont maintenant totalement désabusé. Le plus ironique est que le parti québécois est un gestionnaire 100 fois meilleur que les libéraux… Si la rumeur de nouveau parti de droite nationaliste voit le jour avec quelques acteurs politiques renommés comme M. Legault et vous-même, je prédis la mort de l’ADQ dans les deux semaines et celle du PQ dans les deux ans. 95 % des péquistes rejoindraient ce nouveau parti et les quelques socialistes à la Laviolette iraient à QS.

    Pour ce qui est des demandes syndicales, un récent sondage de léger exposait l’appui massif des Québécois aux propositions gouvernementales. 70 % appui le gouvernement alors si on exclu les centaines de milliers de syndiqués de la coalition, on à logiquement un appui de presque 100 % des autres. Qu’ils arrêtent de nous martelé le message de l’écart entre les emplois du privé comparable. Au privé, si vous êtes incompétent vous perdez votre emploi, si votre entreprise rationnalise les dépenses malgré d’énormes bénéfices, vous perdez votre emploi, si votre entreprise décide de quitter pour un pays avec une main-d’œuvre presque gratuit, vous perdez votre emploi. Cette sécurité d’emploi vaut facilement la différence de rémunération et même beaucoup plus à mes yeux. Au privé, il y a des cibles de performances, de la compétition, du rendement exigé ce qui est loin d’être le cas du public ou l’évaluation des programmes ne se fait jamais. L’écart devrait être d’au moins 20 % pour des emplois comparables pour les raisons que je viens de mentionnés.

  4. le 01 fév 2010 à 16:03 daveyy

    Qui a élu le SPQ ? Que décide le SPQ ? Combien de membres compte le SPQ ? Il représente qui et quoi au juste ?

    Autrement dit, pourquoi accorder autant d’importance à ce qui semble un groupuscule marginal ? Merci M. Facal d’illustrer clairement le non-sens d’avoir ce groupe au PQ.

    Je crois que c’est « Bernie«  qui n’a pas voulu les froisser alors qu’il était en plein décompte du « 1000 jours avant la souveraineté« . Ce fut évidemment un grosse gaffe qu’on devrait corriger. Laviolette et Dubuc pourront (enfin) jeter leur sort avec Amir Khadir et lancer leurs souliers sur l’effigie de Mme Marois.

  5. le 01 fév 2010 à 16:17 Gilles

    Madame Marois cherche des votes. Madame Marois sait pertinemment que la population, à tort ou à raison, souhaite dans son ensemble ardamment que les osties de fonctionnaires qui ne sont que des mange profit après tou, mangent une bonne volée une fois pour toute….

    Madame a des ambitions, et ça passe par le petit crachat dans la face des fonctionnaires. Une fois élue elle dira à quel point elle compte sur la fonction publique pour la bonne marche de l’État.

    Mais il ne faut pas se leurrer, la très grande majorité de la population est convaincue de l’inutilité d’une bonne moitié des fonctionnaires.

    Ce que les gens ne savent pas, ou mal, c’est que la fonction publique c’est comme un char. Ça marche comme c’est mené. Mais ça, les gens ne le savent pas.

    Quant au SPQ Libre, c’est un groupuscule idéologique, qui fait du tort à tous ceux dans la fonction publique, je parle des artisans, qui font leur travail honnêtement, quand ils sont capables de le faire. Je veux dire quand ils ne sont pas menottés par une gestion pléthorique et pourrie, ce dont malheureusement Joseph, quand il était aux affaires, ne s’est manifestement pas rendu compte.

  6. le 01 fév 2010 à 18:50 Jean-Francois Thibaud

    Ok Ok Vous avez raison toute la gagne. Les finances publiques sont au plus bas et bien sûr, ça n’a aucun rapport avec le fait que les pétrolières ne paient pas une cenne d’impot ou que les pharmaceutiques font grimper les factures de santé partout dans le monde.

    Les syndicats n’ont pas le droit d’avoir droit au chapitre dans un parti de gauche même si les professeurs par exemple ont acceptés des gels salariaux depuis le sacro-saint déficit-zéro de Lucien Bouchard.

    Et bien sûr, les membres du SPQ libre, les héritiers de Lazure et Laurin et de toute la faction de gauche qui a fait du PQ l’un des parti les plus dynamiques en amérique du Nord sont tous des « Hurluberlus ».

    Avec cette mentalité néo-libérale qui nous dirige on s’attendrait à ce que les gens ne soient pas dupe et n’écoutent pas les propos d’un briseur de grève mais c’est le contraire qui se produit, on peut bien crever comme des imbéciles et rejoindre les républiques de bananes partout dans le monde.

    Bravo Monsieur Facal, avec des amis comme vous, j’aime encore mieux voir Charest démembré le Québec que de voir le PQ s’en charger lui-même.

    Bravo

  7. le 02 fév 2010 à 18:47 Sylvie Dufault

    J’ai lu les propos de Mme Marois et je suis assez d’accord sur beaucoup de ses points.

    Cependant, on ne devrait pas avoir à expliquer à une ancienne ministre, chef de parti, et à un ancien ministre responsable du Conseil du Trésor, que 11.25% c’est une position de début de négociations. Il faut partir plus haut que ce qui est visé dans une négociation, c’est une des règles de l’art.
    Je suis certaine que personne ne s’attend vraiment à avoir 11.25%. Ils doivent viser quelque chose comme 8 ou 9%. S’ils avaient demandé ça en partant, l’autre partie aurait proposé 3%, et ça aurait fini à 4 ou 5.
    Arrêtez donc de dramatiser. Même les personnes les plus à droite que je connais reconnaissent qu’il faut quand même une fonction publique, et qu’elle soit compétente.
    La première condition pour avoir de la compétence, c’est de payer, et d’indexer le salaire au moins au coût de la vie.
    Que le gouvernement cesse de distribuer des primes en plus des salaires des hauts fonctionnaires, et fasse le ménage dans les innombrables postes de cadres. C’est ça qu’il y a de trop.

  8. le 03 fév 2010 à 6:08 Joseph Facal

    Le SPQ Libre, «héritier» de Camille Laurin ? De l’humour sans doute.

    Mme Dufault, vous lisez vite, mal ou les deux. Que 11,25 % soit une position initiale de négociation,…c’est exactement ce que je dis dans la dernière phrase de mon deuxième paragraphe.

    Mon texte portait sur la présence nuisible de ce groupuscule qu’est le SPQ Libre. Guy Chevrette, Robert Burns et tant d’autres étaient issus du monde syndical et ont eu de longues trajectoires au sein du PQ sans jamais ressentir le besoin de créer un parti dans le parti.

    La vraie question est : quel est l’intérêt d’avoir un regroupement dont le but avoué n’est pas de faire avancer les idées du PQ dans la société, mais celles du monde syndical dans le PQ ?

  9. le 03 fév 2010 à 18:51 Sylvie Dufault

    Monsieur Facal,

    Je suis tout à fait désolée, c’est tout à fait vrai.
    J’ai lu un peu trop vite.

    Je suis entièrement d’accord avec vous concernant le SPQ libre.

  10. le 04 fév 2010 à 17:56 Christian

    …ce qui ne veut pas dire que les syndiqués du secteur public sont les enfants gâtés qu’on dénonce trop facilement. JF

    Pas gâtés ?… Ah bon !… Voilà une remarque pour le moins étonnante.

    Comme ça… Un salaire moyen de 69,053 $ le syndiqué du public, comparé au revenu d’emploi moyen du Québec de 23,849 $, ou même au revenu personnel moyen du Québec de 33,406 $ (2008), ça ce n’est pas du « gâté » ?… Hé bain !…

    Cela est un salaire de syndiqué public juste 289 % plus élevé que le revenu moyen du Québec. Juste ça. Voir le tableau des revenus… Revenus personnels 5 Québec 2004-2008

    Ce qui indique que Joseph n’a jamais eu le temps de lire Michel Girard sur ce sujet, au moins une fois. Même pas le 21/10/2009, quoi. Incroyable !…

    Quand ça vous le dira, rien ne presse, activez le bloc note pour copier quelques chiffres et lisez les propos au milieu de ce billet pour voir…
    Les gâtés et les hausses…

    Puis, comparez votre opinion avec le public. Les réponses au sondage, au deuxième propos, à la fin du billet. Bonne découverte !…

    « le 01 fév. 2010 à 16:03 daveyy
    Combien de membres compte le SPQ ?…»

    Deux.
    Si c’est trop ou pas assez, votre lecteur indéfectible, SP, demande combien vous en voulez ?… Il ajoute….
    Un chausson avec ça ?…
    ch

  11. le 05 fév 2010 à 13:57 daveyy

    Selon des sources syndicales, le seul fait de ne plus payer les congés maladies accumulés à la retraite dans le secteur public, va provoquer 4 fois plus de retraites anticipées cette année.

    Avons-nous besoin d’autre preuve que cet avantage est un privilège archi-généreux dont presque personne bénéficie. C’est déjà un bel avantage de se faire payer nos vraies journées malades, mais de bonifier celui qui a eu la bonne chance d’être en santé me semble tout à fait indéfendable. Mais malgré cela, on entend les syndicats crier au meurtre.

    Le mot clé ici n’étant jamais ce qui est logique, ce qui est nécessaire, ce qui vient en aide à ceux qui en ont réellement besoin, non c,est toujours ce qui est ACQUIS.