L’ère de glace
22 septembre 2009 par Joseph Facal
J’ai écris ce petit billet quelques heures avant la solide (mais prévisible) victoire du PQ dans Rousseau. Je ne crois pas que cette dernière doive modifier mon analyse. Bien au contraire. Vous jugerez.
Je n’oublierai jamais la leçon. Après la dégelée subie par l’ADQ en 2003, j’avais stupidement écris que ce parti n’irait jamais nulle part.
On connait la suite. Arriva la crise des accommodements raisonnables. Le PQ jugea qu’il n’y avait rien là. L’ADQ flaira le vent et, comme on dit en anglais, «the rest is History» : l’ADQ se retrouva à un cheveu du pouvoir, et le PQ bon troisième.
Les adéquistes chutèrent ensuite aussi vite qu’ils étaient montés. Mais j’en retins qu’il valait mieux laisser aux autres le métier de prophète. À voir cependant la tournure pathétique que prend la course à la direction de l’ADQ (de même que son score franchement minable dans Rousseau ), je suis tenté de conclure que j’avais jadis eu raison trop tôt. Mais bon, je me retiens.
Il reste que si l’ADQ meurt ou ne subsiste qu’en vivotant, ce serait une vraie perte pour le débat démocratique. Pour deux raisons.
D’abord, parce que l’ADQ a eu le mérite de soulever des enjeux de société réels et cruciaux, comme la démographie ou la dette. La finalité de la vie politique est cependant de trouver de bonnes réponses plutôt que de poser de bonnes questions.
Ensuite, parce que la concurrence n’a pas que des vertus en économie. En politique aussi, elle vous force à vous ajuster. Talonnés par un parti qui les menaçait réellement, libéraux et péquistes étaient obligés de s’interroger sur les causes de cette hémorragie de leurs électorats respectifs au profit du petit nouveau. Il n’y a maintenant plus d’aiguillon.
D’autres raisons renforcent l’immobilisme de la politique québécoise.
Les problèmes du Québec nécessiteraient des gestes qui, forcément, mécontenteraient beaucoup de monde. Si le gouvernement Charest les posait, il donnerait de l’oxygène à une opposition péquiste incapable d’en trouver par ses propres moyens.
Pourquoi les libéraux, dont toute l’histoire depuis un siècle prouve que c’est le pouvoir avant tout qui est leur raison d’être, feraient-ils ce cadeau au PQ ? Jean Charest a pourtant entre les mains tous les atouts pour s’offrir, s’il le souhaite, un vrai rendez-vous avec la grandeur.
Les problèmes du PQ sont beaucoup plus compliqués.
Le tassement de son vote devrait logiquement l’inciter à ouvrir son jeu. Mais ce parti est une auberge espagnole. S’il bouge vers la gauche, le PLQ se fera un plaisir d’occuper tout seul le centre de la glace. Du suicide, mais il y en a qui proposent cela sans rire. L’idéologie avant les résultats.
S’il bouge vers la droite, il fâchera ses «amis» du milieu syndical et certains militants qui ont le don de vous rendre la vie impossible, même s’ils sont moins nombreux que leur présence médiatique donne à penser. Opportunistes, les libéraux diraient alors que le PQ veut faire mal aux Québécois. La mer deviendrait très agitée pour la direction du PQ. Le prix à payer pour maintenir une relative unité est donc de ne jamais trop se compromettre.
Le Québec a besoin d’un sérieux coup de barre. Mais le PLQ ne veut pas le donner, et le PQ le peut difficilement sans connaître des turbulences considérables. Tout se conjugue pour que rien ne se passe. Appelons ça l’ère de glace.
14 réponses à “L’ère de glace”

Bon matin Monsieur Facal.
Comme plusieurs autres, j’ai vu le jeune indépendantiste Mario Dumont mener la campagne du oui au referendum de 1995, comme une fidèle inspiration face aux jeunes indécis , telle une moraine sous son glacier.
Qu’en est-il de son volte-face autonomiste, devant ces mêmes jeunes et surtout quel exemple de couardise politique et de résignation opportuniste.
À quoi bon s’efforcer de bâtir un pays, sachant pertinemment qu’une couche de glace d’un kilomètre de hauteur provoquera un jour l’exil du peuple québécois en Louisiane hein Mario ?
Une idéologie sans chiffres et un one man show doublé d’un ridicule pas de patin dans l’antre glacée de Chantale Hébert : quelle pauvre alternative les jeunes québécois se sont-ils faite offrir devant la sempiternelle partie de ping-pong PQ-PLQ !
Vivement un autre parti, Monsieur Facal. Notre dette est un iceberg et l’indépendance, un immobile inlandsis.
Que diriez-vous d’une élection référendaire? Un remède assuré contre la baisse des taux de participation.
Cher Monsieur Facal,
Malheureusement, l’élève doit réprimander le maître (poliment) une seconde fois.
D’abord un retour rapide sur le « Train qui passe » (2 septembre). Qu’est-ce que c’est que cet espoir (ce fantasme, selon vos propres dires) de voir subitement Jean Charest se transformer de politicien à Homme d’État? Vous écrivez dans la même phrase que vous n’y croyez pas, et vous le redites aujourd’hui. Vous l’aviez aussi écrit dans « Les tomates » (22 juin). Maintenant, vous critiquez la dérive de l’ADQ et vous seriez déçu de sa disparition? Vous agissez comme si vous étiez un simple observateur externe, ne pouvant rien y faire, en oubliant presque que vous êtes Joseph Facal! On n’est jamais mieux servi que par soi-même!
Je dois absolument vous demander d’aller relire mon commentaire à propos de votre article intutilé « Le Mur » du 15 juin 2009 (34e commentaire, envoyé le 24 juin 2009 à 21h30, intitulé « WALK THE TALK »). Ce commentaire est encore davantage d’actualité depuis que nous observons effectivement de quelle façon se déroule la triste course à la chefferie de l’ADQ. Évidemment, votre départ pour l’Espagne a quelque peu changé la donne, mais la conclusion demeure la même malgré tout… et il est encore temps!
Attention que le train passe pour vous également…
Je demeure un fan.
Salutations.
Les libéraux et les péquistes sont comme deux boxeurs dans une ancienne cabine téléphonique. Ils ne se battent plus. Trop proches.Trop poches. Surtout ils ne répondent pas au téléphone qui sonne sans arrêt.Le peuple ? Y a rien là ! L’enjeu est devenu la cabine elle-même.
Vivement une élection référendaire pour éclaircir l’air.
Une fois n’est pas coutume, votre plume n’est pas sans défaut aujourd’hui; je crois que: «la concurrence n’a pas des vertus qu’en économie» aurait mieux traduit votre pensée! :-)
Par ailleurs, malgré le fond du baril que touche en ce moment ce parti, sa base électorale n’a pas cessé d’exister. Aux élections de 2003 et de 2008, très mauvaises pour l’ADQ, le pourcentage de vote enregistré a été de l’ordre de 16%… c’est-à-dire un électeur sur six. Ce n’est pas rien et c’est important. Même si certains chroniqueurs, comme Michel David, commencent à évoquer le « partage des dépouilles », je doute que tous ces gens se trouvent à l’aise, soit au PLQ, soit au PQ. Le triste spectacle donné par les aspirants donne à penser que l’ADQ est morte, mais si j’étais médecin légiste, j’attendrais un peu avant de confirmer le décès.
Monsieur Facal vous écrivez «La finalité de la vie politique est cependant de trouver de bonnes réponses plutôt que de poser de bonnes questions.»
je comprends ce que vous dites mais j’ajouterais néanmoins que pour trouver de bonnes réponses, il faut tout de même se poser les bonnes questions.
Quand les réponses que l’on trouve ne permettent pas de résoudre ls situation, ou ne répondent pas à la question à quoi cela sert-il ?
Quand les réponses attendues ne recueillent pas l’adhésion d’une masse critique de la population, c’est que la population ne voit pas clairement les avantages concrets et réels qu’elle pourrait en retirer…
On peut chicaner les gens de ne pas comprendre les réponses qu’on prétend leur donner. Mais on peut aussi chicaner les donneurs de réponses de ne pas être capables de dire clairement à quoi ça sert.
Sauver la province du désastre, je veux bien. Mais c’est pas moi qui l’a mise dans le trou. C’est ceux qui dirigent, qui donnent les réponses… Les donneurs de leçons mettons!
M. Facal, je retiens cette frase concernant votre analyse de la situation du PQ :
`S’il bouge vers la gauche, le PLQ se fera un plaisir d’occuper tout seul le centre de la glace. Du suicide, mais il y en a qui proposent cela sans rire. L’IDÉOLOGIE AVANT LES RÉSULTATS.`
Sans vous en rendre compte vous avez résumé en quelque mots le vrai problème: Les cadres du PQ ne pensent désormais qu’à se faire élire et n’ont plus d’idées ni de croyances. Pour un parti comme le PLQ ceci n’est pas un problème, car sa base de pouvoir découle ses relations avec des puissants groupes médiatiques et de lobbying, mais pour le PQ c’est une catastrophe. Plus d’assemblées de cuisine, plus de bénévoles pour faire du porte à porte, plus de militants disposés à se lever à 5 heures du matin pour poser des affiches…. S’il y a du travail à faire, ils veulent être payés ou obtenir au moins un retour d’ascenseur, comme c’est le cas pour tous les autres partis traditionnels!
L’ADQ de Dumont, au contraire, avait une idéologie : réactionnaire, simpliste et basée sur les sentiments les moins nobles de l’être humain, mais elle en avait une, et ceci explique son succès dans certains milieux. Cela s’est compliqué quand à ces votes se sont ajoutés des votes de protestation qui ont propulsé l’ADQ au statut d’opposition officielle. L’incompétence de Dumont et encore plus celle de son équipe est devenue évidente et la balle s’est dégonflée, espérons pour de bon.
Cependant, le problème n’est pas pour autant réglé. Aucun parti, sauf Québec Solidaire, ne propose un projet de société. C’est ça ce que ca veut dire `LES RÉSULTATS AVANT L’IDÉOLOGIE`.
Jusqu’à ce que les gens vont s’accommoder de cette façon de faire de la politique rien ne changera, et cela est peut être un moindre mal, puisque lorsque les politiciens agissent en pensant honnêtement faire le bien de leurs administrés (ce qui arrive heureusement très rarement), ils causent toujours des dégâts catastrophiques.
Bonjour M. Facal,
Je vous donne raison pour l’ère de glace. Je n’ai pas l’habitude de discréditer nos institutions démocratiques et nos représentants politiques, mais force est d’avouer que nous traversons un désert politique.
Et si le PQ, au lieu de regarder à gauche ou à droite regardait en avant et proposait un plan de match cohérent vers l’indépendance ?
À lire sur mon blogue: « Et si le PQ proposait l’indépendance ? »
http://reflexionsquebecois.blogspot.com/2009/07/et-si-le-pq-proposait-lindependance.html
Bonne soirée!
Le plus paradoxal dans tout ça, c’est que, maintenant que Charest a décidé de nous maintenir en déficit ad vitam eternam, Clau-Clau de la CSN qui a fuit ses responsabilités à la Caisse de dépôt comme si il s’agissait d’un vulgaire bar de danseuses suce la queue de notre carpette de premier ministre, tout en donnant des taloches au PQ qui semble être le seul parti majeur à se préoccuper de la dette que ma génération, celle de mes enfants et celle de mes petits-enfants devront payer.
Hérésie, selon la logique de Clau-Clau!
http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-quebecoise/200909/22/01-904385-claudette-carbonneau-livre-une-charge-contre-le-pq.php
Les vampires de la CSN de connivence avec les fraudeurs du PLQ, le parti majeur le plus à gau-gauche!!!!
Qui en est surpris?
Complément de lecture: http://lequebecdedemain.blogspot.com/2009/09/fraude-fiscale-et-crime.html
@ GI
« L’ADQ de Dumont, au contraire, avait une idéologie : réactionnaire, simpliste et basée sur les sentiments les moins nobles de l’être humain »
Hein?
Réactionnaire? D’accord, parce que les deux autres partis de morons ne vont nulle part et nous mentent sans arrêt de façon éhonté.
Simpliste? je vous ferai remarquer que les meilleures idées de l’ADQ ont étés piratés par les deux autres partis de morons. En plus d’être menteurs, ils sont voleurs.
Quant aux sentiments les moins nobles de l’être humain, permettez moi de vous dire que l’être humain a une limite à accepter de se faire mentir et voler son bien, chèrement acquis, par les deux autres partis de morons, chacun leur tour.
Malheureusement, il semble que l’ADQ aura bien du mal à se relever de cette désastreuse campagne à la chèfferie. Boff… Il me reste encore le loisir de rester chez moi, aux prochaines élections, plutôt que d’être forcé de voter pour un moron, menteur et voleur…
Nous avons deux débats qui se superposent, les enjeux socio-économiques vs la question de l’indépendance. En pratique c’est ce dernier débat qui détermine le vote d’un grand nombre d’électeurs occultant ainsi le nécessaire débat gauche droite.
La non résolution du débat sur l’indépendance est un fardeau lourd à porter pour notre société qui est ainsi incapable de faire les choix lucides nécessaires à son évolution.
Pour briser la glace il faudra stimuler une compétition franche entre au moins une formation de centre droit et une formation de centre gauche autour d’un débat centré presque exclusivement autour des questions socio-économiques.
Cher Pseudo,
J’ai été lire votre commentaire. Merci encore. J’estime que participer au débat est une contribution plus substantielle que celle d’un simple observateur externe. Mais bon, j’entends bien ce que vous dites. Message reçu cinq sur cinq.
Merci.
Je ne suis pas Adéquiste mais ironiquement, les gens qui critiquent le buffet Adéquiste sont les premiers à voler ses idées.
Par contre, faut bien dire qu’il existe en fait environ 30%-35% des Québécois qui ne sont pas intéressés ni par le PLQ ou le PQ qui ne votent peu ou pas. Reste à dire que soit avec l’ADQ ou qu’avec un autre parti de centre-droit proposant quelque chose d’autre que le PLQ ou le PQ va recevoir un appui considérable lorsque les conditions seront en place comme cela a été le cas en 2007 pour l’ADQ.
Donc, je prédis que le gros problème d’ici 5-10 ans au Québec va être le schisme Montréal/Régions car les deux vieux partis commencent de plus en plus à aliéner les gens du Québec profond. En plus, ajoutons aussi le degré d’aliénation de plus en plus haut de la population face aux grandes centrales syndicales.