Articles
Commentaires

L’embourgeoisement

Le président du PQ, Jonathan Valois, mettait récemment en garde les souverainistes contre les risques de folklorisation et d’institutionnalisation de leur mouvement.

Les commentateurs ont surtout retenu l’allusion au folklore parce qu’elle évoque des images amusantes de rigodons et de ceintures fléchées. Il est néanmoins vrai, comme le notait monsieur Valois, que chaque génération doit s’approprier le projet souverainiste et y apporter sa touche. L’essentiel est que cela ne fasse pas perdre de vue les raisons fondamentales de vouloir la souveraineté, qui ne sont pas une affaire d’âge ou de saison.

Le danger d’institutionnalisation est plus insidieux. L’institutionnalisation, c’est lorsqu’un mouvement contestataire, rebelle, anti-establishment, se fait récupérer et devient lui-même une partie de l’establishment.  If you can’t beat them, join them !

De ce point de vue, le PQ et le Bloc sont un peu devenus, malgré eux,  des institutions centrales du système qu’ils veulent que le Québec quitte. Faute de mieux, le PQ vise le pouvoir provincial, et le Bloc lutte souvent pour améliorer tel ou tel projet de loi fédéral.  Prenez un député souverainiste : combien d’heures par semaine consacre-t-il réellement à la promotion de la souveraineté ? Ce n’est pas un reproche et ce n’est pas la faute de quiconque. C’est ce qui arrive forcément quand les années passent sans que l’objectif se rapproche.

La génération qui forme la colonne vertébrale du mouvement souverainiste est aussi celle qui a le plus profité des progrès du Québec moderne. Une bonne partie de cette génération est aujourd’hui installée dans des situations sociales confortables : professeurs d’université lourdement subventionnés par l’argent fédéral, travailleurs syndiqués, fonctionnaires et employés des réseaux publics, retraités qui jouissent de la vie, etc. J’en fais partie.

Habituellement, quand on atteint un certain rang et un âge certain, on s’assagit. On brasse moins. On défend ses «acquis sociaux», comme on dit chez nous. On se dit que c’est à la relève de faire sa part. On ne désire pas moins la souveraineté, mais on est moins prêt à y consacrer des milliers d’heures. On se dit que si la souveraineté ne survient pas, on aura tout de même vécu une belle vie. Il y a évidemment des exceptions.

La Révolution tranquille et ses suites ont accouché de ce que Gilles Gagné et Simon Langlois, eux-mêmes souverainistes, ont appelé une République des satisfaits. Or, les gens satisfaits ont moins d’énergie militante à donner que les insatisfaits. Nous nous sommes embourgeoisés.

Dès lors, c’est le cercle vicieux. Si les élites souverainistes sont amollies par le confort, l’autosatisfaction et le poids des années, comment pourraient-elles insuffler le goût de la liberté, de l’audace, du risque, du dépassement, de la grandeur, à un peuple déjà terriblement indifférent à tout ce qui n’est pas du court terme et du quotidien ?

Procurez-vous Le confort et l’indifférence (1982), de Denys Arcand, et regardez la célèbre entrevue du gars qui trippe sur le système de son et le jeu de lumières qu’il a installés dans sa roulotte. Tout était déjà dans cette scène, dit d’une façon métaphorique qu’il ne faut évidemment pas lire au premier degré.

Il ne faut certes pas renoncer, mais la mise en garde de monsieur Valois doit être entendue et méditée. Comment déplacer la montagne quand on s’est soi-même perché à son sommet parce qu’elle offre la plus belle vue en ville ?

33 réponses à “L’embourgeoisement”

  1. le 09 août 2010 à 9:12 Nicolas.G

    La république du Moi

    Désolé M. Facal, mais je crois que le projet souverainiste est mort, soutenu uniquement pour les votes qu’il peut aller chercher. Avec une moyenne d’âge d’environ 40 ans, le québécois moyen rêve maintenant d’une belle retraite plutôt que de s’investir à créer un pays.

    De plus, le niveau économique plutôt faible de la province (combiné à une dette élevée) ne fait que réduire l’ambition de la nouvelle génération, qui devra passer au moins les quinze prochaines années à réparer des infrastructures vieillissantes et tenter d’équilibrer le budget.

    Face à cela, comment demander à une population de gens satisfaits, heureux de vivre la gratuité du système québécois, de faire des sacrifices pour quelque cause que ce soit?

    Non, dans la république du Moi, il n’y a plus de place pour l’indépendance.

  2. le 09 août 2010 à 11:36 Gilles Laplante

    “insuffler le goût de la liberté, de l’audace, du risque, du dépassement, de la grandeur, à un peuple déjà terriblement indifférent à tout”.
    C’est exactement ce que le mouvement souverainiste n’a pas su faire et c’est le contraire qu’il a fait.
    Vous avez tué le goût de la liberté l’intrusion constante de l’État dans nos vies, les programmes mur à mur où le citoyen n’a plus droit à ses choix.
    Vous avez tué le goût de l’audace et du risque par vos règlements toujours plus contraignants.
    Vous avez tué le goût du dépassement et de l’effort par un système fiscal qui pénalise celui qui a le courage d’en faire plus.
    Ce n’est pas le gouvernement qui fait la grandeur d’un peuple, ce sont ses citoyens, si on étouffe ces derniers, que reste-t-il?
    Ne vous étonnez donc pas si le peuple est si indifférent, il a compris qu’il ne peut plus compter sur son ‘élite’ politique. Il n’ira donc pas leur donner un pays à gérer quand la dite élite est incapable de gérer une province.

  3. le 09 août 2010 à 16:15 Marc Tremblay

    Les gouvernements péquistes n’ont pas été les seuls `^a imposer desw réglementations de plus en plus contraignantes. Les divers gouvernements libéraux en ont fait autant.

    l’élite ne sait pas diriger le Québec. Admettons ! Mais sait-elle mieux diriger le Canada ?

  4. le 09 août 2010 à 17:59 Gilles Laplante

    Le PQ n’est pas le seul responsable mais c’est le seul à promouvoir l’indépendance.
    Pour ce qui est de la gestion du Canada, ce n’est certainement pas pire qu’au Québec et ça aurait été une belle occasion de démontrer qu’on peut faire mieux qu’eux.

  5. le 09 août 2010 à 18:28 Marc Tremblay

    Comment peut-on gérer adéquatement quand on ne contrôle que 50 % de nos ressources fiscales ?

  6. le 09 août 2010 à 20:35 Gilles Laplante

    Selon vous, ne contrôler que 50% de nos ressources fiscales nous autorise à les gaspiller?

  7. le 09 août 2010 à 20:59 Marc Tremblay

    Certainement pas, M. Laplante. Un virage radical est à faire pour cesser ce gaspillage.

    Dans un autre ordre d’idées, si on me permet une analogie, comment un ménage peut bien gérer son budget, s’il n’a pas un mot à dire sur la moitié de son budget est décidé par d’autres ?

  8. le 09 août 2010 à 21:00 Victor Beauchesne

    M. Tremblay, svp le québécois moyen envoie 60 % de plus d’impôts et 58% plus de TVQ à Québec qu’à Ottawa et le fédéral doit quand-même payer pour plein de services qui incomberont totalement à un Québec indépendant.

    M. Facal a mis le doigt directement sur le bobo. Il existe une sorte d’industrie de la souveraineté au Québec qui risque de complètement disparaître le lendemain du Grand Soir. Le discours des élites souverainistes bien que très patriotique est de plus en plus déconnecté avec les actions concrètes.

    Que fera un Gérald Larose le lendemain de l’indépendance avec son poste de président du Conseil de la souveraineté ? Qui paiera les belles pensions indexées à vie des députés bloquistes dans le nouveau Québec ? Poser la question est un peu y répondre. Et tous ces  »politicologues » professionnels qui commentent sur le mouvement , vont-ils se recycler si près de la retraite ?

    Vous ressortez l’argument du coffre à outils, cet argument qui veut qu’on ne peut pas réparer une fenêtre brisée parce qu’il nous manque une pelle. C’est jouer avec les mots et ça ne nous rapprochera pas du Grand Soir d’une seule journée. Le mouvement souverainiste est devenu un mouvement gauchiste et corporatiste qui vise essentiellement à protéger les acquis de la sociale-démocratie étable ici depuis 1968

  9. le 10 août 2010 à 9:13 Marc Tremblay

    Il est normalque les Québecois paient plus d,impôt et de taxes à Québec qu’à Ottawa, car c’est le premier qui dispense les services de première ligne (santé, services sociaux, éducation, aide sociale, etc.).

    Quant aux pensions aux députés bloquistes advenant la souveraineté, on peut se demander si Ottawa va continuet à verser ces pensions aux députés du PLC et du PCC…

    À propos de Gérald Larose, je ne suis pas inquiet pour son avenir: il a déjà fait ses preuves dans d’autres secteurs d’activités que la promotion de la souveraineté.

  10. le 10 août 2010 à 11:25 Victor Beauchesne

    Dans ce cas ci le « ménage«  contrôle déjà la majorité de son budget et en partage une partie avec ses voisins pour défrayer des dépenses communes. Rien d’anormal. Pensez-vous que la France ou l’Allemagne contrôle entièrement ses recettes fiscales , qui paie pour le CE ?

    Ottawa peut décider seule ce qu’elle veut faire pour les pensions de ses propres députés, mais je doute qu’elle veuille envoyer des chèques à des étrangers résidant dans un pays étranger.

    Quant à M. Larose, il illustre bien ce qu’est devenu l’industrie de la souveraineté, un beau poste , une belle rente, pourquoi réparer ce qui n’est pas brisé ? Car la venue de l’indépendance mettrait fin à toute cette industrie.

  11. le 10 août 2010 à 11:53 Marc Tremblay

    Si Ottawa ne pait les pensions aux bloquistes étrangers vivant dans un pays étranger, comment fera t’il pour payer une pension aux députés étrangers du PLC et du PCC ?

  12. le 10 août 2010 à 12:03 Marc Tremblay

    Bien entendu, je parlais des députés québécois du PLC et du PCC.

  13. le 10 août 2010 à 13:00 Robert Lachance

    l’élite ne sait pas diriger le Québec. Admettons ! Mais sait-elle mieux diriger le Canada ?

    Vous avez raison, Marc, dans votre message du 09 août 2010 à 16:15.

    À l’ouest, nos élus fédéraux dilapident notre patrimoine canadien. Au nord, ils nous arment au lieu de nous faire des alliés. Au Québec nos élus provinciaux prennent des forces ou des vacances en attendant, en lisant du Régis Labeaume.

    Tant qu’il m’appartient, le Canada j’y tiens et je tiens à ce qu’on le gère prudemment, audacieusement et jusqu’à la fin. Ce n’est pas le cas présentement. Le Canada est éternel comme la Scandinavie. Prompt rétablissement Jacques, Il y a beaucoup de leçon dans vos chansons Jean.

    Si le Bloc se joignait aux conservateurs à la prochaine, ce qui assurerait à ces derniers au Québec une majorité digne de l’époque Diefenbaker ou celle de Mulroney, ces nouveaux éluEs sauraient-ils être plus prudentEs, plus audaciEux, jusqu’à ce que souveraineté ou indépendance ne soit plus du jour et que s’amorce interdépendance harmonieuse ?

  14. le 10 août 2010 à 14:26 Victor Beauchesne

    Pourquoi Ottawa paierait-il les députés du PLC ou du PCC qui seraient devenus eux aussi des étrangers vivant dans un pays étranger ? La seule différence avec ceux du Bloc c’est qu’ils ne souhaitaient pas nécessairement devenir des étrangers.

  15. le 10 août 2010 à 15:02 Marc Tremblay

    Ottawa ne pourrait pas légitimement verser une pension aux députés québécois du PLC et du PCC et non à ceux du Bloc.

    Le Canada est un pays de plus en plus unitaire tandis que la Scandinavie ne désigne qu’une région composée de pays nordiques.

    Aujourd’hui, une alliance entre le PCC et le Bloc serait contre-nature; on n’est plus à l’époque de Mulroney et du beau risque.

  16. le 10 août 2010 à 16:12 Nicolas.G

    Une petite question comme ça, à quoi ressemblera le mouvement de souveraineté dans 10 ans si le Québec fait encore partie du Canada?

    On peut estimer que les Bouchard, Parizeau, Landry, Marois, Duceppe, Curzi, Larose ne sont plus en politique active. La bombe démographique frappe le Québec en pleine figure, et les coûts des soins de santé ont explosé. À moins d’un miracle, le sujet de la dette est toujours d’actualité, en particulier avec le départ à la retraite des baby-boomers.

    Comment donc convaincre la nouvelle génération de travailleurs de la valeur d’une idée associée à une génération qu’ils doivent maintenant faire vivre?

  17. le 10 août 2010 à 17:27 Gilles Laplante

    @Marc Tremblay
    « Dans un autre ordre d’idées, si on me permet une analogie, comment un ménage peut bien gérer son budget, s’il n’a pas un mot à dire sur la moitié de son budget est décidé par d’autres ? »

    C’est exactement ce qui m’arrive. Je n’ai accès qu’à 60% de mes ressources, le reste est géré par les gouvernements et ma part est 100 fois mieux gérée que la leur.

  18. le 10 août 2010 à 19:40 Victor Beauchesne

     »Ottawa ne pourrait pas légitimement verser une pension aux députés québécois du PLC et du PCC et non à ceux du Bloc. » M. Tremblay

    exactement, ce que je dis c’est que les députés du Bloc tout en étant pour l’indépendance en théorie, sont en conflit d’intérêts en pratique et plus ils approchent l’âge de la retraite plus le conflit est grand.

     »Le Canada est un pays de plus en plus unitaire  »
    des exemples récents svp, le Canada est une des fédérations les plus décentralisées du monde. Les Écossais, les Catalans, les Basques ne peuvent que rêver d’avoir autant de pouvoirs et de leviers qu’a le Québec en tant que province canadienne. La plupart des 192 membres de l’ONU échangeraient leur statut de pays souverain pour celui d’une province canadienne sans broncher.

    Comparer le Canada avec la Scandinavie sans considérer plus de mille ans d’histoire , de conquêtes, de familles royales métissées etc est un peu simpliste.

    @Nicolas.G

    Excellente réplique, le mouvement est déjà assez sclérosé

  19. le 11 août 2010 à 8:45 Marc Tremblay

    Je n’ai jamais comparé le Canada avec la Scandinavie. J’ai simplement réagi au propos d’un participant qui affirmait que le Canada est éternel comme la Scandinavie, deux entités antinomiques,car le premier est un pays et l’autre une région.

    Le projet d’une commission fédérale sur les valeurs mobilières est un autre exemple que le Canada devient de plus en plus en plus unitaire.

    La plupart des pays-membres de l’ONU aimeraient avoir le statut de province canadienne, affirme quelqu’un. Je me demande d’ou vient cette information qui me semble reposer sur une opinion et non des faits.

    Quant aux Écossais, Basques et Catalans, je conviens qu’ils aimeraient avoir le statu du Québec.

    Pour terminer, les députés bloquistes ont généralement travaillé pour le Canada, même s’ils tentent de le changer.

  20. le 15 août 2010 à 21:35 Robert Lachance

    Brillante récupération d’un concept.

    L’embourgeoisement est la transformation socio-économique d’un quartier urbain ancien engendrée par l’arrivée progressive d’une nouvelle classe de résidents qui en restaure le milieu physique et en rehausse le niveau de vie. Cette réoccupation du quartier par les classes aisées se fait souvent à la suite d’opérations de rénovation et de revalorisation urbaine.

    L’embourgeoisement est parfois perçu comme un processus négatif parce qu’il a souvent pour effet d’exclure d’un quartier les personnes qui appartiennent à des classes sociales moins nanties. communiqué de presse de l’Office de la langue française du Québec, 9 janvier 2004.

    Comment donc convaincre la nouvelle génération de travailleurs de la valeur d’une idée associée à une génération qu’ils doivent maintenant faire vivre? Nicola.G

    En admettant que ce que vous appelez .G la nouvelle génération de travailleurs sont les 25-34 plus peut-être 20 % des 15-24. Ça fait environ un million de nouveaux travailleurs.

    J’ai estimé à environ 3 millions les travailleurs âgés de 35 à 64 ans. Vous allez avoir de l’aide.

    La génération à faire vivre compte environ un million de personnes âgées de plus de 65 ans.

    À quelle génération associez-vous l’idée de souveraineté, celle de trois millions de 35-64 qui va vous aider à faire vivre celle de un million, ou celle de un million de plus de 64 ans ?

    Vous avez raison de soulever l’aspect démographique de l’accession du Québec à la souveraineté, c’est une variable charnière. Je vous en remercie.

  21. le 15 août 2010 à 21:42 Carole Chouinard

    Nicolas

    « Une petite question comme ça, à quoi ressemblera le mouvement de souveraineté dans 10 ans si le Québec fait encore partie du Canada? »

    Moi ce qui m’inquiète, c’est à quoi ressemblera le Québec s’il fait encore partie du Canada…

  22. le 15 août 2010 à 21:46 Carole Chouinard

    Moi je pense que les souverainistes font plus souvent la promotion de la souveraineté qu’on le pense mais que les médias n’en parlent guère.

    Pour entendre parler de souveraineté, il faut donc se déplacer et aller écouter les députés « live ». Mais qui se déplace pour ça à part ceux qui sont déjà souverainistes?

  23. le 15 août 2010 à 21:53 Carole Chouinard

    J’en ai un peu marre qu’on mette tout sur le dos des « élites » politiques.

    Moi je suis souverainiste. Je fais ce que je peux, j’en parle, je vote oui demain matin… J’attends pas que Marois ait le charisme de Jésus pour embarquer.

    C’est le PEUPLE qui va la faire la souveraineté.

    C’est pas seulement le PQ qui doit tirer le peuple vers le pays, c’est le peuple aussi qui doit montrer que c’est ce qu’il veut.

    Évidemment, si on demande aux Québécois s’ils veulent un référendum, ils vont dire non. Mais quand il y en aura un, ils vont se lever le derrière et faire leur choix.

    Et j’ai ben hâte de voir ce que le camp du non va OSER promettre au Québec. Ça va être assez gênant…

  24. le 17 août 2010 à 7:13 Robert Lachance

    Je ne suis pas complètement satisfait de la définition d’embourgeoisement fournie par l’office de la langue française. Je note que la revitalisation de quartier ne fait pas que des heureux. Ça priverait des « aborigènes » de droits acquis. L’embourgeoisement dont vous parlez a plutôt fermer la porte aux jeunes et nouveaux arrivants comme dans la chanson de Robert Charlebois où il souligne que c’est marqué close partout.

    Il n’y a pas au Centre national de ressources textuelles de synonyme à embourgeoisement. Pour bourgeois il en pleut:

    bourgeois : béotien, borné, cadre, capitaliste, cave, citadin, civil, combourgeois, commun, conformiste, confortable, conservateur, conventionnel, dirigeant, égoïste, élite, employeur, épicier, étriqué, formaliste, gouvernement, grossier, habitant, lourd, marchand, médiocre, moitié, moyen, nanti, pante, pantouflard, patron, petit-bourgeois, philistin, policier, pot-au-feu, prévoyant, profane, prosaïque, rentier, repu, riche, roturier, singe, trivial, vulgaire.

    C’est trop, ca ne m’avance pas. J’ai noirci ce qui me semble approprié. Heureusement le CNRT offre en option une définition du terme extensive. Je vous offre les deux points suivants:

    B.− Usuel. Personne appartenant à la classe moyenne et dirigeante, n’exerçant aucun métier manuel et jouissant d’une situation aisée (par opposition au monde ouvrier ou paysan).

    B1. Personne soucieuse de sa tranquillité et de son bien-être, dépourvue de grandeur d’âme et d’ouverture d’esprit.

    Est-ce que cette fois, le chapeau nous va ?

    L’institut de la statistique du Québec a noté que de 1901 à 1921, 50 % des Québécois avait moins de 21 ans, l’autre moitié avait plus que cet âge. Cent ans plus tard, de 2001 à 2021, notre âge médian est passé à 37 ans et il passera à 44. En 2051, ce sera pire si tout va bien, il atteindra 49 ans. En vieillissant on s’embourgeoise, Jacques Brel le chante et vous donne raison.

    Par ailleurs, de 1901 à 1921, le taux de natalité a été stable, 37,8 et 37,6, soit arrondi 38 enfants par mille habitants. En 2001 il était à 10. En 2021, on s’attend à 11 enfants par mille de population. Dans leur chanson Dégénération, Mes aïeux exposent dramatiquement la situation. Insoutenable légèreté de l’être, ils concluent sur un reel endiablé.

    Mets ton chapeau de rêve et de conquête
    Et prends le bras de ton pire ennemi
    Mais n’oublie pas de ranger dans ta tête
    Et tes projets et ta boîte à outils.

    Hervé Brousseau

  25. le 18 août 2010 à 6:52 Robert Lachance

    L’essentiel est que cela ne fasse pas perdre de vue les raisons fondamentales de vouloir la souveraineté, qui ne sont pas une affaire d’âge ou de saison. Joseph Facal

    En effet. les raisons fondamentales de vouloir la souveraineté se lisent dans votre récent livre pages 142-154. En voici des extraits:

    « La raison première de vouloir l’indépendance du Québec est qu’il s’agit du seul moyen de faire en sorte que les francophones ne soit plus une minorité subordonnée au bon vouloir de la majorité anglophone qui, naturellement, songera toujours en premier à ses propres intérêts. »

    « La seconde raison de vouloir encore l’indépendance du Québec est que devenir majoritaires dans leur propre pays est le meilleur moyen pour les francophones d’assurer la protection et l’épanouissement de leur identité culturelle propre. »

    « Le troisième argument fondamental en faveur de la souveraineté du Québec est celui de la liberté des peuples. »

    « Le quatrième argument fondamental en faveur de la souveraineté du Québec est qu’elle permettrait non seulement d’organiser notre vie collective plus simplement et plus rationnellement en éliminant nombre d’irritants, mais aussi d’approfondir la démocratie au Québec. »

    « Le cinquième argument fondamental est que la souveraineté est un projet qui, loin d’être dépassé, va au contraire tout a fait dans le sens de l’évolution en cours dans le monde d’aujourd’hui.

    Elle permettrait enfin au Québec, seul lieu dans lequel les francophones contrôle un État et un territoire où ils sont majoritaires, d’assumer pleinement son rôle de foyer de la civilisation française en Amérique, de gardien de la mémoire de toutes les communautés françaises du continent et d’être, en ce sens, le dépositaire d’un héritage encore plus grand que lui. »

    Elles se lisent aussi aux pages 27 et 249 de La souveraineté du Québec de Jacques Parizeau:

    « … ce qui m’est toujours apparu comme la raison profonde, essentielle de la souveraineté du Québec: être responsable de soi-même dans une démocratie où l’État est pleinement redevable à ses citoyens.

  26. le 18 août 2010 à 15:29 Marc Tremblay

    Chapeau à Robert Lachance qui fait oeuvre de pédagogie en faveur de la souveraineté. Son commentaire mérite d’être conservé et aurait sa place dans les commentaires suite à la chronique de Joseph Facal  » Que faire ».

  27. le 19 août 2010 à 10:06 Robert Lachance

    Merci Marc Tremblay. J’envisage répondre à Jean-Renaud dans que faire ?. Je pourrai mettre un lien de là à mon message ci-dessus. Je ne me souviens pas si c’est lui ou Gilles qui m’invitait à élaborer sur les livres récents de notre hôte, Jacques Parizeau et Jean-François Lisée. J’ai relu ce dernier mais je n’ai pas encore trouver formulées succinctement ses raisons de la souveraineté.

    Comment déplacer la montagne quand on s’est soi-même perché à son sommet parce qu’elle offre la plus belle vue en ville ? Joseph Facal

    J’ai été relire votre article du 20 mai ici ailleurs et j’ai appris que:

    Qu’elle soit privée ou publique, une organisation qui n’affronte pas de compétition parce qu’elle détient un monopole, dont la clientèle n’a pas la possibilité d’aller ailleurs, n’aura pas d’incitation forte à s’améliorer.

    On peut dire que le PQ a actuellement le monopole de la souveraineté du Québec. Le Bloc n’est pas un concurrent mais un complice. Québec solidaire est souverainiste mais ce n’est pas sa marque de commerce. Vous me dites que la souveraineté du Québec n’est plus la marque de commerce du PQ ? D’accord; alors comment Québec solidaire peut avoir l’air d’un concurrent quand il ne compte que quelques milliers de membres contre quelques dizaines de milliers de membres pour l’autre ?

    Reste le Parti indépendantiste, 81 membres en 2009. C’est pas fort mais il offre un produit différent du PQ: une dimension référendaire à toute élection au lieu d’un référendum au moment opportun après une élection gagnée. Une victoire veut dire l’accession à la souveraineté par vote de l’Assemblée nationale comme au Kosovo plutôt que par référendum.

    Je me demande si Jean-Renaud n’a pas agit trop impulsivement en adressant son 400 $ au PQ.

  28. le 19 août 2010 à 15:09 Marc Tremblay

    Bien que je ne sois plus membre du PQ depuis 30 ans, je pense que Jean-Renaud fait bien de soutenir financièrement ce parti. Pour ma part, je vote PQ depeuis sa fondation et je vais continuer pour qu’on se débarasse des libéraux.

  29. le 19 août 2010 à 18:38 Robert Lachance

    Sans vouloir m’éloigner du sujet, je me propose d’y revenir plus directement d’ici la tombée.

    Est-ce dire Marc, permettez que je m’adresse à vous par votre prénom mais que l’on se vouvoie, que vous n’avez jamais lu La souveraineté: des réponses à vos questions, Parti Québécois, 1er trimestre 1995 ? Voici comment Jacques Parizeau présente cette brochure, paragraphes en moins et fautes s’il y a lieu:

    D’ici quelques semaines, les citoyennes et les citoyens de Québec vont être amenés à choisir entre la souveraineté et le statu quo.

    Il faut se rendre à l’évidence que toutes nos tentatives pour obtenir plus d’autonomie au sein du système fédéral se sont soldées – et se solderont – par une fin de non-recevoir. Le Canada a même refusé de nous reconnaître comme société distincte. Le Canada est incapable de se renouveler, de s’adapter au changement. Il freine nos ambitions, il nous retient dans le passé.

    La souveraineté est la seule voie rentable pour le Québec. Elle nous permettra de décider. Elle nous permettra de bouger. Elle nous permettra surtout d’aller de l’avant et d’affronter les nouveaux défis qui s’offrent au Québec.

    Ce document se veut une réponse aux questions les plus souvent soulevées au sujet de la souveraineté. Il permet d’effacer les doutes qui demeurent encore face à certaines questions comme la monnaie, les modes d’association économique, le partage de la dette, les pensions de vieillesse.

    Bref, il livre des solutions sur les moyens que nous entendons prendre tous ensemble pour nous bâtir un pays. Un pays normal où nous serons enfin responsables de nous-mêmes, libres de définir comment nous voulons dépenser le produit de nos impôts, capable d’adopter les lois auxquelles comme citoyens nous sommes assujettis et de négocier les traités qui, de plus en plus nombreux, relient les pays entre eux.

    C’est à nous de décider.

    Jacques Parizeau

    J’ajoute Homme d’État exceptionnel.

  30. le 19 août 2010 à 20:13 Marc Tremblay

    Robert,

    Je vous remercie pour ce rappel. Dire qu’il y a moult dépendantistes qui soutiennent que le projet souverainiste est tourné vers le passé ou le ressentiment.

    Vous avez bien raison : Jacques Parizeau est probablement le plus grand homme d’État québécois et même canadien encore vivant.

    À son décès, il méritera d’avoir sur sa pierre tombale la même inscription que l’on retrouve sur la tombe de M. Lévesque situé coin René-Lévesque et Bon-Air à Québec : « Ci-gît un homme faisant partie de la courte liste des libérateurs de peuples », à l’instar de Bolivar et de Garibaldi.

  31. le 21 août 2010 à 14:24 Robert Lachance

    Entre nous, c’est ma préférée, dans ces deux dimensions. J’ai pas eu besoin de logiciel pour trouver. À peine 30 secondes depuis maintenant.

    Quelle est des 5 ci-haut la vôtre ?

    « Le quatrième argument fondamental en faveur de la souveraineté du Québec est qu’elle permettrait non seulement d’organiser notre vie collective plus simplement et plus rationnellement en éliminant nombre d’irritants, mais aussi d’approfondir la démocratie au Québec. »

  32. le 22 août 2010 à 9:59 Robert Lachance

    En préambule à la déclaration de souveraineté incluse au projet de loi #1 de 1995 il est écrit:

    Voici venu le temps de la moisson dans les champs de l’histoire. Il est enfin venu le temps de récolter ce que semaient pour nous quatre cents ans de femmes et d’hommes et de courage, enracinés au sol et dedans retournés.

    Voici que naît pour nous, ancêtres de demain, le temps de préparer pour notre descendance des moissons dignes des travaux du passé.

    Que nos travaux leur ressemblent et nous rassemblent enfin.

    Si c’était à réécrire, 15 années d’embourgeoisement plus tard, que devrait-on y changer ?

    Première ligne, je remplacerais Voici venu par Est-il passé.

    Deuxième ligne, il est enfin venu par Est-il passé.

    Deuxième paragraphe, naît par s’achève.

    Troisième paragraphe par En raison de circonstances complètement indépendantes de la volonté de notre descendance, la suite de ce projet en dernière analyse en relève maintenant. Nous nous en excusons.

    La question référendaire, pour être plus claire, pourrait maintenant se lire:

    Est-il trop tard, en 2013 disons, pour que le Québec devienne un pays ?

  33. le 22 août 2010 à 16:01 Alain C

    À Jonathan Valois, je lui dirais d’écouter le clip de Jacques Parizeau(clip 18 Tout miser sur la souveraineté). C’est le même radotage de la part des fédéralistes et de certains souverainistes qui se découragent si facilement.

    http://archives.radio-canada.ca/politique/partis_chefs_politiques/dossiers/2378/

    Dans ce clip, on mentionne que le projet est mort selon 7-8 journalistes, etc….et cette entrevue dure 10 minutes, à écouter.

    Malheureusement, beaucoup deviennent souverainistes quand ils reçoivent des coups bas d’Ottawa ou quand un leader de la trempe à Bouchard est à la tête du PQ.