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L’école ballottée

Le Parti Québécois veut faire de l’éducation son principal cheval de bataille. Ce choix est le bon. Le système d’éducation a besoin d’être consolidé et renforcé, mais surtout pas replongé dans de nouveaux bouleversements.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, il n’y a plus d’alternative à la mondialisation capitaliste. Le vrai défi est d’aménager ce capitalisme pour qu’il soit à la fois efficace et humain. Dans cette compétition planétaire plus brutale que jamais, le Québec n’a ni du pétrole ni des bas salaires pour se rendre attrayant. Il lui faut donc miser sur des travailleurs parmi les plus compétents du monde, d’où l’importance cruciale de l’éducation.

Il ne fallait évidemment pas s’attendre à ce que les militants péquistes règlent tout en une fin de semaine. La question du financement des universités, cruciale dans une économie du savoir, demeure entière. Il suffit de voyager pour constater le retard dramatique que prend le Québec.

Mais on ne peut, d’un côté, accuser ce parti d’être sclérosé quand il n’y a pas de débat et, de l’autre, le critiquer pour ses divisions quand on y discute franchement. On ne peut non plus, d’une part, critiquer l’irréalisme de son programme et, d’autre part, le critiquer encore quand il s’éloigne de ce même programme.   Le sens critique ne devrait pas exclure la bonne foi.

Si le Parti québécois prend le pouvoir aux prochaines élections, la question la plus pressante, hormis la tenue ou non d’un référendum, sera de statuer sur la réforme scolaire en cours. La controverse sur les bulletins de notes et les manuels d’histoire est venue nourrir la méfiance à l’endroit de cette réforme. Mais elle est aussi venue nous distraire de ce qui devrait être la véritable source d’inquiétude.

Quelle pédagogie ?

Depuis longtemps, les chercheurs s’interrogent non seulement sur ce que les élèves devraient apprendre, mais sur les méthodes d’apprentissage à utiliser. Le problème est que cette quête fait penser à l’industrie des régimes amaigrissants. Êtes-vous Montignac, Atkins ou South Beach ? En éducation aussi, chaque méthode a son gourou qui ne jure que par elle. Il y des tenants de l’apprentissage par découverte, de la pédagogie ouverte, du renforcement positif, et des dizaines d’autres courants de pensée. Comment savoir quel est le meilleur ?

Au Québec, les États généraux de 1995 avaient fait consensus sur la nécessité de se centrer davantage sur les matières de base et d’enrichir les contenus. Personne n’est contre la vertu. Mais ce consensus sur les finalités de l’école s’est transformé en virage pédagogique radical sur le «comment apprendre». On est en train d’introduire chez nous, en s’inspirant d’une réforme effectuée dans la Suisse francophone, des méthodes pédagogiques selon lesquelles l’enseignant devient un «accompagnateur» qui soutient «l’apprenant» (et non plus l’élève), qui découvre par lui-même ou par des projets en équipe.

On peut bien rire du jargon soviétisant du ministère de l’Éducation, mais cette méthode n’est pas nécessairement une catastrophe. Il ne faut pas faire croire que les dictées d’antan sont en train de disparaître ou que nous préparons de générations de béotiens. Cette méthode semble cependant convenir davantage aux enfants qui ont déjà cette capacité d’apprendre par eux-mêmes. Habituellement, il s’agira d’enfants déjà stimulés intellectuellement par leurs parents et que l’on retrouve surtout dans les milieux favorisés.

Cette méthode convient-elle aux enfants issus de foyers dépourvus de toute vie intellectuelle et où les parents sont fréquemment analphabètes ? On ne peut balayer du revers de la main les inquiétudes de sommités comme Clermont Gauthier de l’Université Laval qui pose une seule question : où sont les données qui établissent la supériorité de cette approche ? Il est cependant irréaliste d’espérer revenir en arrière sur des changements qui se déploient depuis bientôt dix ans. Le prochain gouvernement devra surtout vérifier, ajuster, rassurer et consolider cette réforme. Ce réseau a besoin de reprendre son souffle.