Le retour du refoulé
28 novembre 2007 par Joseph Facal
Mettons cartes sur table: je ne sais pas si Dieu existe, mais je suis très reconnaissant à la religion catholique pour ce qu’elle m’a apporté.
L’Église catholique n’a plus aucun pouvoir réel au Québec. Son déclin est probablement irréversible.
Comment expliquer alors le contraste entre cette «menace» qui n’en est plus une et la fureur avec laquelle a été accueillie la lettre ouverte de Mgr Ouellet?
On peut évidemment comprendre la colère des gais, des orphelins de Duplessis ou de ceux qui furent abusés sexuellement. Mais celle des autres?
Vide
Je risque une hypothèse. Sans s’en rendre compte, le cardinal a mis le doigt sur le nerf sciatique du Québec francophone. Il a dit que nous étions une société déboussolée et sans points de repère.
Il a en partie raison, et nous le sentons sans oser l’admettre. Mais personne n’aime se le faire dire.
Il n’est pas non plus le premier à le dire. Fernand Dumont et Jacques Grandmaison sont passés par là avant lui.
Là où Mgr Ouellet erre totalement, c’est en pensant que nous retrouverions nos points de repère si nous retournions à l’orthodoxie catholique. Le Québec d’aujourd’hui est rendu ailleurs et pour de bon.
Tous ont vu aussi le calcul derrière sa demande de pardon: situer tous les torts dans un lointain passé, ne faire aucune ouverture doctrinale sérieuse, lancer un baroud d’honneur sur l’enseignement de la foi à l’école, et essayer de rebondir après son désastreux passage devant la commission Bouchard-Taylor.
Reflet
Le fait est qu’avant 1960, l’Église du Québec fut le reflet de son époque. Ni plus ni moins.
L’infantilisation des femmes, l’antisémitisme, la haine des homosexuels, tout cela existait aussi en dehors de l’Église.
Est-il permis de rappeler qu’elle soigna et éduqua des générations entières, en plus de contribuer puissamment à préserver l’identité culturelle du Québec francophone?
Toutes les grandes religions, sans exception, infériorisent les femmes et ont des rapports troubles avec la sexualité.
Un de mes amis se demandait l’autre jour combien parmi ceux qui pressent l’Église de changer y retourneraient si elle changeait vraiment. Ce qui n’est évidemment pas une raison pour qu’elle refuse de se questionner.
Identité
La vérité est que moins d’un Québécois sur dix se déclare sans appartenance religieuse.
On ne pratique plus, mais nous restons plus attachés que nous ne le réalisons à notre passé catholique comme balise identitaire de ce que nous sommes.
On n’efface pas 400 ans de catholicisme en quarante ans. Voyez le tollé quand on a évoqué le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale ou qu’on veut laïciser Noël pour être plus «rassembleur».
Ce retour du refoulé est d’autant plus brutal que le déclin de la pratique religieuse fut particulièrement rapide chez nous, et que notre jeune société n’a pas des racines historiques très profondes.
Aux illusions de Mgr Ouellet, il ne faudrait surtout pas opposer une autre illusion: celle de croire qu’on peut construire quelque chose de très solide uniquement sur les droits, le chacun pour soi et la jouissance matérielle.
10 réponses à “Le retour du refoulé”

« L’infantilisation des femmes, l’antisémitisme, la haine des homosexuels, tout cela existait aussi en dehors de l’Église. »
Que vous avez raison, car, M. Facal, jamais l’Église ne m’a enseigné l’antisémitisme ni la haine des homosexuels, pourtant je suis de la génération de ceux qui ont vécu avant et après Vatican II.
Beaucoup de personnes de ma génération ne pratiquent plus non pas par rejet de l’église et de ses enseignements mais plutôt par paresse.
Quant à l’infantilisation des femmes, elle fût de tous les siècles, de toutes les races même celles qui n’ont jamais entendu parler de Dieu ou Mahomet.
La job de Mgr Ouellet est de convaincre les Québécois de retourner à l’Église et la vôtre est de les convaincre de faire l’Indépendance. Amen
bonjour, la vision des choses vécues par les gens qui ont subi le joug de l’Église catholique est peut-etre percue par d’Autres comme des futilités, mais les douleurs sont encore vives dans le coeur , la mémoire et les sentiments de ces personnes, et cela dépend comment les personnes vivaient leur relation avec le clergé, j’ai connu personnellement des femmes qui sont mortes pour avoir eu plusieurs enfants, d,autres qui ont été refusées à la confesse pour avoir »empécher » la famille, chaque personne à une bribe d’histoire, il y a eu des bons pretres, des bonnes religieuses, des bons religieux de tout temps, et ces gens ont aidés beaucoup à prodresser dans le Québec d,avant 1960, mais si la majorité à sorti »’et le curé et la loi »’de leur chambre à coucher,de L’école et la vie en général, cela doir etre parce qu’elle en avait assez de cet état de chose, ma mère à 90 ans, elle a eu 15 enfants , et est toujours aussi attachée aux enseignements de l’église, car , dit-elle,elle ne connait rien d’autre,,,,,mais ceux qui sont plus modernes, plus au courant des choses de la vie,,,,,c’est pareil comme si le Québec à ouvert une porte vers l’avenir et à laissé les vieilles choses dans la vieille demeure paternelle, nous ne voulons plus y vivre. mais de temps en temps ,nous revenons y faire un tour, juste pour se souvenir et se dire chançeux que la vie ait évoluée si vite en quelques années,,,merci, exilia , s.,
« On n’efface pas 400 ans de catholicisme en quarante ans. » En jetant par-dessus bord le cadre structurant que nous offrait l’Église, on s’est retrouvé devant un vide qu’on ne peut tolérer bien longtemps. « Une société déboussolée et sans points de repère » C’est ce que je pense aussi. On peut comprendre pourquoi certains se jettent sur d’autres types de dogmes idéologiques.
Dans un autre ordre d’idée, je me permets un droit de réplique à une discussion amorcée dans le post «lâchez-le », puisque je n’ai pas pu répondre à temps… Si je transgresse une règle ce faisant, je vous prie de m’en aviser M. Facal.
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@Lesdents
Nous sommes vraiment uniques au Québec! Selon ce que je comprends de votre vision des choses, cher Lesdents, toute position politique se divise nécessairement en deux clans : fédéraliste et souverainiste. Alors que la position fédéraliste s’exprime en une variété de nuances, vous n’auriez jamais entendu un souverainiste faire ce genre de nuance… Existerait-il un petit catéchisme souverainiste ? Si c’est le cas, envoyez-m’en une copie au plus vite que je n’aie plus besoin de réfléchir! Je pourrais enfin m’approprier une étiquette et être un idéologue cohérent.
C’est un peu ridicule, vous ne trouvez-pas ? Ailleurs, on a compris que le continuum gauche/droite s’exprime en une variété de nuances.
Ici, pas moyen d’exprimer une idée sans se faire demander dans quel camp l’on se situe : fédéraliste ou souverainiste.
Fédéraliste ? Alors respecte l’idéologie trudeauiste dominante : c’est la seule façon de sauver l’unité canadienne.
Souverainiste ? Tous les moyens sont bons pour faire avancer la Cause… Ne questionne surtout pas la pertinence de tenir un référendum et soit solidaire de ceux qui, comme toi, croit en la Cause : syndicats, groupes sociaux… Idéalement, respecte les grands consensus nationaux car ce sont eux qui définissent notre identité et nous distingue des Anglais et des Américains (Kyoto, pacifisme, gauche, etc.)
« Quand la troisième voie que vous fantasmez se sera incarnée politiquement, (…) on s’en reparlera! D’ici là, il n’y a effectivement que deux étiquettes. »
Je ne suis pas un idéologue: ni fédéraliste, ni souverainiste. Parlant de fantasme, autant me promener nu que de porter une de ces deux étiquettes idéologiques.
Par contre, l’étiquette « lucide » me séduit par ailleurs. Existe-t-elle toujours, cette étiquette ? Est-ce bien une étiquette ? Ah! Non, ce doit être un mirage puisqu’elle réunit sous le même toit des fédéralistes et des souverainistes…
Le fait que l’Eglise Catholique ait fait de bonnes choses ne suffit pas pour la conserver si par ailleurs, elle s’est montrée tyrannique. En effet, comme vous dites, l’Eglise Catholique, comme toutes les autre religions, a toujours maintenu un rapport trouble avec la sexualité. Elle a culpabilisé les « fidèles » jusqu’à les harceler en leur donnant des enseignements allant contre la nature. Elle les a manipuler avec la peur de l’enfer,etc… De plus, l’Eglise Catholique, comme toutes les autres d’ailleurs, enseigne des dogmes,des « vérités » qu’elle ne peut prouver (?). Elle trompe la population et c’était, à l’époque, sa seule facon de s’assurer des membres. Avec le niveau ce connaissance que nous avons aujourd’hui, il devrait être interdit d’enseigner comme étant des vérités ce qui ne peut être prouvé.
Enfin, si la Direction de la Protection de la Jeunesse avait existée à l’époque où l’Eglise Catholique détenait un pouvoir, elle (la DPJ) aurait sûrement poursuivit celle-ci pour toutes les atrocités qu’elle a fait vivre aux enfants.
Je ne crois pas que ce soit le peuple qui soit déboussolé par l’absence de pratique religieuse mais bien davantage l’Eglise Catholique qui le soit par manque de « fidèles ».
René P.
L’église c’est comme le communisme, ça ne réforme pas.
On pourrait peut-être remarquer que les églises protestantes ont accepté l’avortement, le mariage gai, le divorce et remariage, les femmes prêtres et évêques. Ces églises sont aussi vides que celles des catholiques. Ce n’est donc pas d’abord une question doctrinale qui explique la désertion des lieux de culte. J’ajouterais que bien des choses sont incompréhensibles pour qui n’a pas la foi.Dificile d’évaluer une croyance quant on la refuse au point de départ. Personne n’est obligé de croire. Je crois à la liberté de conscience pour les athées et pour les croyants aussi. Puis-je rappeler enfin que l’église catholique a 2000 ans d’histoire. Si elle était aussi abominable qu’on le dit comment expliquer sa longévité ? Tous nos ancêtres n’étaient pas idiots et demeurés. Le chrétien a l’espérance. Mot stupide si on estime que la vie est pur hasard et que le néant nous attend à la mort. Le néant après la mort personne ne l’a prouvé non plus. Gardons notre liberté de conscience. Le mépris envers le croyant n’est pas mieux que le mépris envers l’athée.
La croyance et l’ existence de l’ eglise se fondent sur la creation du monde (et de la vie) par Quelq’ un (appelle Dieu, Yahveh, Allah etc, ou simplement Design intelligent) et sur la ressurection physique de Jesus Christ.
Mais, cela, c’est une croyance personnelle. Ceux qui l’ ont forment l’ Eglise – (Ekklesia – le ressemblement des croyants, le corpus Christi ) qui n’ est pas l’ institution avec le sceau et le registre qui porte le meme nom…
Ce que manque le Quebec c’est pas necesserement l’ Eglise, mais la spiritualite.
1. Humilite – les quebecois sont tres fiers maintenant de leur laicite, et la simple idee de religion les fait de l’ alergie. En rejjetand le catholicisme, ils ont rejette tous le contenu – ils sont fier d’etre athes ou agnostiques, dans les ecoles on enseigne avec fierte l’ evolutionisme (en passant c’est la nouvelle religion, personne ne l’ a pas prouve), on est parmi les plus avancee du monde a accepter les avortation, la liberte sexuelle, la normalite des gais etc – qui sont relies a l’abandon de la religion. La consequance c’est un certain faim de spiritualite non compensee – qu’ on cherche a combler dans l’ ETAT souverain et paternaliste (Nuestro Padre), dans les pratiques orientales religieuses ou l’ individu peut etre un peu irresponsable – comme la Yoga, le boudisme, new age, etc. Ou tomber dans le materialisme pur et dur – de type agent d’ assurance vie – ou on peut parler des morts en dollars.
Une autre consequance tragique a l’ abandon complet de la religion chretienne c’est la superficialite de la pense… on a aabandonne la Bible, les tradition et les accumulation spirituelles du passe. Quand les gens se confrontent avec la mort, avec le divorce, avec la sexualite, la peine, la coulpabilite – ils ne savent pas comment les gerer.
L’etre humain est trop complexe et profonde de lui proposer des solution simpliste comme l’ evolutionisme, l’ assurance vie et un Etat.
Vous allez nous faire mourrir de rire! Pitié, de grâces…
Ben, voyons: L’Eglise c’est notre éléphant dans le proverbial salon… comment expliquez-vous que nos cardinaux soient toujours si occupés et si influents à Rome? A quand une étude des HEC sur la taille et l’évolution de la fortune de celle-ci?… plusieurs fois l’importance de la Caisse de Dépôt, sans doute…
Lire ou relire The Watch That Ends The Night; l’Eglise a plein plein de pouvoirs en tant qu’associée privilégiée du Pouvoir avec un grand P.
Après la Deuxième Guerre elle s’est essouflée faute de moyens et, Duplessis était jaloux de sa caisse: un mauvais moment vite passé… mais Bourrassa et d’anciens bleus ont pu nous installer dans un régime de Démocratie-Chrétienne que l’on persiste à qualifier de Sociale-Démocratie… La transformation de la Fédération des Collèges classiques en Fédération des CEGEPs en est un exemple; l’importance démesurée de St-Léonard dans notre histoire politique, un autre…
Je n’ai pas de problème d’identité: je suis Canadien, tout bonnement… Les Frères de St-Gabriel et les Pères Oblats m’ont corrigé, en me disant Canadien-français; plus tard Gérard Pelletier, homéopathe de talent, m’a rejoint comme Franco-ontarien; on me dit québécois alors que je vis bien loin de Québec; j’ai connu Diefenbaker et je sais que je ne suis pas Canadian/en…
Nos religions révélées et leurs livres sont remis en question par l’indifférence des nouvelles puissances du Pacifique qui ne passent que rarement par le Proche-Orient: cela n’augure rien de bons pour nos fondations symboliques: pas étonnant que bien du monde soient nerveux…
Un de ces jours un Indien ou un Chinois aura le temps par exemple de comparer le temple de Salomon aux temples égyptiens, dans sa structure et sa décoration; ou un autre, les mystères chrétiens et les aventures d’Isis et d’Osiris; la diffusion de l’écriture, et bien d’autres… le 11 septembre de Bush va se faire oublier et je ne sais pas où le Pape va aller pharaonner ensuite…
Je pars en France demain pour cinq jours. Je dois donc stopper les commentaires car je ne serai pas en mesure de faire le «monitoring» et je ne veux pas courir le risque de voir des dérapages incontrôlés. Mes excuses.
P.S. C’est correct, Mathieu D, tant qu’il n’y a pas d’abus. Vous et LesDents discutez «virilement», mais vous restez dans les limites. Cela dit, il faut faire porter la discussion sur le thème du billet (en gros évidemment). De toute façon, ne vous en faites pas, vous savez bien que nous reviendrons tôt ou tard sur la question nationale. Elle ne part jamais vraiment.