Le retour de Galarraga
28 février 2007 par Joseph Facal
En campagne électorale, vous êtes habituellement l’artisan de vos propres malheurs. Les libéraux respirent un excès de confiance qui pourrait leur jouer un vilain tour. À l’école, les jeunes: Andrès Galarraga fut un excellent joueur de premier but qui fit les beaux jours des Expos pendant les années 1980. Au plus chaud de la course au championnat de 1989, il avait prédit que les Expos allaient balayer les Mets. Mais nos Amours, comme on disait à l’époque, s’effondrèrent lamentablement. Inventé par Jacques Parizeau, le syndrome de Galarraga désigne cette confiance qui devient de l’arrogance et se retourne contre vous.
Jean Charest fait en effet campagne comme s’il nous disait: Voyez mes adversaires, ne crève-t-il pas les yeux que je leur suis infiniment supérieur? Les libéraux n’ont pourtant, jusqu’ici, mis sur la table aucune raison forte de voter pour eux. Ils vantent un bilan qui n’impressionne personne, et ont dévoilé une plate-forme qui est un menu pour anorexiques. Le thème de l’unité ne va pas non plus de soi quand on regarde qui prétend l’incarner. Mais il est vrai que le premier sondage de la campagne semble indiquer que les Québécois ne sont pas en voie de penser que les autres partis feraient mieux.
Cette condescendance s’est notamment exprimée quand Jean Charest a avancé que les transferts fédéraux cesseraient au lendemain d’une victoire référendaire des souverainistes. Franchement. Au lendemain d’un oui, le Québec est toujours une province canadienne dont les résidants enverront encore des impôts à Ottawa. La souveraineté ne serait effective qu’après une reconnaissance internationale qui ne viendra pas avant des négociations sur le partage des actifs et du passif.
Les vertus de la clarté
André Boisclair a pourtant connu un bon début de campagne. J’ai assisté à son discours de vendredi à Laval : un discours vif, énergique, avec de la logique et de l’émotion. On assiste à un curieux renversement: il y a un an, l’engouement à son endroit était tel qu’on ne voyait que ce que l’on voulait voir. Aujourd’hui, c’est comme si les déboires des derniers temps empêchaient de voir objectivement ce qu’il fait de bon.
Pourtant, le dévoilement de la plate-forme péquiste samedi denier, moment crucial, s’est relativement bien déroulé, compte tenu de la difficulté de l’exercice. Il y avait à boire et à manger tant pour ceux qui veulent moderniser le parti que pour ceux qui veulent l’amener plus à gauche. Après une année d’errance, le bon sens a fini par prévaloir: exit aussi le «programme de pays» et la proclamation unilatérale de souveraineté avant les négociations.
La seule fausse note fut cette idée bizarre de remplacer le mot «référendum» par le mot «consultation»: subtil, vraiment très subtil. On veut bien croire que le mot «référendum» provoque de l’urticaire chez certains. Mais les Québécois vivent avec depuis trente ans. Si c’est ce que le PQ veut vraiment, qu’il s’assume sans finasser. D’autant que tous confirmaient que c’est du pareil au même. Résultat : au lieu de parler des avantages concrets de la souveraineté, il a fallu gaspiller du temps à se défendre de vouloir tromper les Québécois.
Il faut revenir au fond des choses. Tant qu’à faire une campagne franchement souverainiste, André Boisclair devrait marteler la phrase prononcée par Jean Charest cet été, en France, dans laquelle il admettait que plus personne ne peut sérieusement mettre en doute la faisabilité d’un Québec souverain. Et si l’éducation est bien le coeur du projet social du PQ, il faut le dire et le redire jusqu’à ce que cela se sache.
Évidemment, plus le ton va monter entre Jean Charest et André Boisclair, plus cela fera l’affaire du troisième homme dans la course. Un peu comme François Bayrou en France, Mario Dumont ramasse progressivement tous les désabusés prêts à essayer autre chose. Mais le ciment n’a encore durci pour personne.
