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Le respect du peuple

Après sa défaite électorale en 2003, un vent de radicalisme a soufflé sur le Parti Québécois duquel est issu l’actuel programme. Mais dans la conjoncture qui prévaut en ce moment, cette radicalisation risque fort de faire un gagnant et un perdant qu’on n’attendait pas à l’époque. Le gagnant, ce sera Jean Charest. Le perdant, ce sera le projet même de la souveraineté.

Cette radicalisation entraîna en effet l’adoption d’un programme qui prévoit la tenue d’un référendum «le plus tôt possible dans un premier mandat». Si les mots ont encore un sens, il est difficile d’y lire autre chose que l’intention du Parti Québécois de tenir obligatoirement un référendum s’il est élu. Cet aboutissement s’explique aisément.

Au moment où ce programme fut adopté, le scandale des commandites battait son plein et les militants péquistes se sont persuadés qu’ils s’étaient fait voler la victoire lors du référendum de 1995. L’impopularité combinée du tandem fédéraliste Charest-Chrétien permettait alors d’entrevoir une campagne référendaire dans un avenir rapproché. Désireux de demeurer chef, Bernard Landry avait aussi fait des concessions à la frange la plus radicale de son parti. Après une campagne électorale, les militants plus pragmatiques tendent également à retourner à leurs occupations professionnelles et laissent la place à ceux qui ont davantage de temps pour se livrer à un activisme qui, par définition, ne va pas dans le sens de la modération.

Mais la victoire des conservateurs a radicalement changé le contexte. Le pouvoir fédéral n’est plus associé à la nauséabonde corruption des libéraux fédéraux. Stephen Harper marque indéniablement des points au Québec. Jean Charest s’est trouvé un allié qui va l’aider à montrer que le fédéralisme peut être rentable pour le Québec. Le Bloc québécois traverse des moments difficiles. Réaliste ou pas, l’espoir d’une réconciliation entre le Québec et le Canada renaît de ses cendres. Dans ce nouveau contexte, l’empressement à tenir un référendum coûte que coûte semble irréel aux yeux de l’immense majorité de la population.

Est-il aussi permis de rappeler que les défaites référendaires des souverainistes ont pavé la voie à des reculs graves pour le Québec ? La défaite de 1980 a laissé le champ libre à Pierre Trudeau pour rapatrier unilatéralement la Constitution, réduire les pouvoirs du Québec et cadenasser toute possibilité de réforme constitutionnelle. La défaite de 1995 a entraîné un durcissement sans précédent d’Ottawa et l’accélération des empiètements fédéraux dans les champs de compétence du Québec. Il est parfaitement légitime pour les souverainistes de travailler vigoureusement à la promotion de leur option, mais ils ont aussi le devoir moral de soigneusement peser les conséquences pour le Québec d’une nouvelle défaite.

Le devoir de gouverner

L’autre résultat néfaste du congrès de 2003 est ce rejet de tout effort pour dessiner un programme de gouvernement péquiste dans un cadre provincial. Le Québec ne sera pas souverain au lendemain de l’élection du PQ, et ne le sera pas tant qu’une majorité ne l’aura pas décidé lors d’un référendum. D’ici là, pour frustrant que cela puisse leur paraître, les péquistes doivent comprendre qu’ils auront, s’ils sont élus, l’incontournable responsabilité de gouverner de leur mieux dans le régime actuel tant que le peuple n’aura pas décidé de changer de régime. C’est un détournement de démocratie que de n’accepter le pouvoir que dans les conditions que l’on veut

Il serait tout simplement impensable que le PQ se présente devant l’électorat aux prochaines élections sans un programme de gouvernement qui tienne compte de la réalité des choses. Cela garantirait de toute façon la réélection des libéraux ou un mandat péquiste si faible qu’il confinerait le gouvernement à une impuissance qui serait l’équivalent d’une défaite. La fuite en avant dans des univers virtuels affaiblit la souveraineté au lieu de la renforcer car elle mine la crédibilité de ceux qui doivent le plus mériter la confiance des Québécois.