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On me demande depuis quelques jours ce que je pense de la proposition de Louis Bernard sur l’avenir du Parti québécois. Je suis contre. Louis Bernard propose que le Parti québécois renonce carrément à gouverner une province. Il ne demanderait dorénavant qu’un seul mandat au peuple : celui de tenter de faire l’indépendance s’il est élu. Si vous ne souhaitez pas l’indépendance, si vous avez d’autres préoccupations ou si vous voulez seulement vous débarrasser d’un mauvais gouvernement, ne votez pas pour le PQ.

Le PQ s’éviterait ainsi de devoir concilier la gestion des affaires courantes et la réalisation de la souveraineté.

Cette conciliation est en effet extraordinairement difficile: la moindre initiative gouvernementale est vue comme une astuce visant à mousser l’appui à la souveraineté, mais le gouvernement hésite aussi à prendre des décisions qui mécontenteront ceux dont il a besoin pour gagner la bataille référendaire.

On règle aussi la lancinante question de la date du référendum: c’est le peuple qui déciderait du moment en élisant un parti qui s’est explicitement engagé à tenir un référendum «immédiatement» après son élection.

Un cul-de-sac

Comme tout ce que dit Louis Bernard, sa proposition est d’une irréprochable logique. Mais beaucoup de suicides sont aussi planifiés avec une parfaite logique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: d’une recette pour un véritable suicide politique.

Des dizaines de milliers de membres quitteraient sans doute le PQ. Le noyau restant se serait sorti lui-même de la catégorie des acteurs politiques qui comptent pour s’en aller rejoindre les autres formations politiques marginales.

C’est une illusion de croire que les gens qui ont déserté le PQ parce qu’ils le trouvent trop à gauche ou trop à droite sur les autres enjeux, ou parce qu’ils craignent de perdre un référendum trop hâtif, reviendraient au bercail. S’ils sont partis, c’est justement parce que la souveraineté le plus rapidement possible n’est pas leur seule préoccupation. Ils seraient au contraire confortés dans leur décision d’aller voir ailleurs.

On fait déjà au PQ le reproche de ne pas écouter le peuple. Désormais, il assumerait cela pleinement: il n’écouterait que lorsqu’on lui dira ce qu’il veut entendre. Devinez la réaction populaire. C’est d’ailleurs une conception étroite et autoritaire de la démocratie que de dire que vous n’accepterez d’assumer des responsabilités politiques qu’aux conditions qui vous conviennent.

Imaginons maintenant le déroulement concret d’une campagne électorale de trente-cinq jours après que le chef du PQ aura annoncé qu’il ne veut pas gouverner une province et qu’il n’a rien à dire sur ce qui préoccupe les Québécois dans leur vie de tous les jours.

Que proposez-vous, monsieur X, pour désengorger les urgences? Réponse: je veux faire un référendum. Êtes-vous pour ou contre la réforme scolaire en cours? Je veux faire un référendum. Voulez-vous baisser ou non les impôts? Je veux faire un référendum. Ce sera long longtemps.

Bâtir la confiance

Louis Bernard soutient que le Québec a besoin d’un parti qui le mènera à sa pleine maturité politique, mais qu’il n’a pas besoin d’un autre parti de centre ou de gauche.

Au contraire, c’est justement au moment où les deux partis qui ont recueilli le plus de votes sont deux partis fédéralistes de centre droite que le Québec a plus besoin que jamais d’un grand parti social-démocrate et souverainiste. Ce qui a terriblement nui au PQ, c’est de s’être radicalisé vers la gauche et de s’être enfermé dans un échéancier référendaire déconnecté de l’humeur des Québécois.

Pour que les Québécois acceptent un jour de faire la souveraineté, les leaders souverainistes doivent inspirer confiance par leur réalisme, leur sens des responsabilités et leur respect du peuple. La fuite en avant dans des univers virtuels va dans le sens contraire de cette relation de confiance à construire.