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Le mur invisible

On vient de célébrer les vingt ans de la chute du Mur de Berlin. Mais l’idéologie qui conduisit à ce cauchemar est toujours très vivante. Elle a simplement revêtu de nouveaux habits.

Sous l’influence du marxisme, les sociétés capitalistes furent longtemps vues comme une arène opposant les bourgeois aux ouvriers. Mais les intellectuels marxistes finirent par comprendre que l’ouvrier ne voulait pas liquider le bourgeois, mais en devenir un. Il n’y aurait pas de révolution. Le capitalisme traversait toutes les crises. Il récupérait les contestataires en les transformant en professeurs d’université ou en permanents syndicaux.

À partir des années 1960, de nouveaux mouvements de contestation, comme ceux des femmes et des noirs américains, s’imposèrent progressivement. À la différence des ouvriers de jadis, ils faisaient valoir que c’était leur «identité» noire ou féminine qui était la cause des injustices qu’ils subissaient, plutôt que le système économique.

Pour l’essentiel, les noirs américains des années 1960, ou le mouvement féministe, demandaient qu’on les traite comme les blancs ou comme les hommes. Ni mieux ni pire. La «différence», disaient-ils, ne devait pas empêcher quelqu’un d’être un citoyen à part entière. Ils avaient évidemment raison.

Malheureusement, un funeste virus apparût en chemin. Rapidement, on vit plutôt se multiplier les luttes pour obtenir la reconnaissance légale de la différence, et la réparation des torts supposément subis à cause d’elle. Alors que le libéralisme classique proposait l’égalité juridique de tous, l’important serait désormais d’atteindre l’égalité «réelle».

C’est dans ce climat social que naquit l’idéologie multiculturaliste, dont le Canada est un des lieux d’avant-garde. Des intellectuels issus ou proches du marxisme (Bourdieu, Marcuse, Foucault), déçus par ces ouvriers embourgeoisés, pressèrent la gauche d’appuyer cette nouvelle utopie.

Pour justifier le procès qu’ils voulaient continuer à faire à nos sociétés, il leur fallait en effet de nouvelles victimes. Comme il n’y avait plus de révolution prolétarienne à espérer, la contestation permanente des sociétés occidentales revêtirait désormais les habits neufs du «pluralisme identitaire».

Le multiculturalisme se drapa évidemment dans les bons sentiments et les pseudo-évidences : qui pourrait sérieusement s’opposer, n’est-ce pas, à l’harmonie dans les relations entre gens d’origines diverses ? Dans nos universités, se multiplièrent alors les cours, les programmes, les départements entiers consacrés à fabriquer cette idéologie et non à chercher la vérité.

Pour justifier ces revendications, l’histoire de l’Occident ne serait plus vue comme une lente et positive évolution, malgré des pages noires et beaucoup d’injustices, vers une meilleure civilisation. Elle se lirait plutôt comme le catalogue des méfaits commis par des sociétés blanches, mâles et impérialistes, donc racistes, misogynes et oppressantes. Le militant n’a habituellement pas de temps à perdre avec les nuances.

Concrètement, cela donne ce qu’on voit aujourd’hui : la culpabilisation de la majorité, la funeste charte canadienne des droits et libertés, la manipulation des tribunaux, les demandes pour être traité différemment et les accusations de racisme lancées à tout vent.

Et parce que cette idéologie, véritable religion laïque, est devenue dominante dans le milieu médiatico-intellectuel, on ne réalise pas qu’elle nous vient en droite ligne du radicalisme des années 60, lui-même profondément influencé par le marxisme recyclé.

9 réponses à “Le mur invisible”

  1. le 18 nov 2009 à 10:15 youri cormier

    Une ironie inconsciente surgit de votre argument, M. Facal : vous sembler avoir attrapé le virus funeste que vous décrivez dans le texte. L’angoisse relative au multiculturalisme et cette ‘culpabilisation de la majorité’ que vous décrivez, ne serait-elle pas en fait une tentative réciproque d’affirmation identitaire. Il existe une solution alternative pour émanciper l’homme blanc, n’impliquant aucune ‘mea culpa’, mais plutôt une conscientisation du privilège, et une décision d’agir.

    Dans l’optique de continuer l’analogie de l’architecture translucide, parlons aussi du ‘plafond de verre.’ Son existence explique en quoi le racisme et la misogynie ne sont pas nécessairement des phénomènes actifs, mise en place par des gens méchants, mais en fait des vestiges du passé et des structures facilitant l’accès au pouvoir à une minorité. Conséquemment, l’homme blanc du présent n’est pas nécessairement coupable de l’existence d’une telle injustice, mais est directement responsable pour son démantèlement, étant donné le pouvoir qu’il occupe au moment présent.

    Considérons, par exemple, qu’au Québec, l’Assemblée nationale est sous-représentée côté femmes et minorités ethniques. L’émancipation de l’homme blanc siégeant à l’Assemblée ne réside ni dans la honte d’y siéger majoritairement, ni de s’insurger face à ceux qui critique son ascension sur une base identitaire. Ces réactions sont contreproductives, car elles nient une réalité en plus de renforcer la structure en mettant ses membres à la défensive. La culpabilité devient une excuse pour continuer l’injustice. La vraie solution émancipatrice pour l’individu privilégié est de l’admettre et d’attaquer sa source, sans pour autant se flageller. À l’Assemblée, cela impliquerait par exemple un diagnostique interne au sujet de la conciliation famille-travail, les politiques de recrutement dans les partis, la hiérarchisation du pouvoir, et l’existence de cliques et de fraternités.

    Le libéralisme est avant tout une philosophie dynamique d’optimisation de l’égalité des chances. La conscientisation identitaire n’est pas une structure proto-marxiste d’égalisation, mais un concept entièrement libéral, par lequel les exclus ainsi que les privilégiés se libèrent, via le démantèlement structurel des inégalités systémiques, et ce, de façon amorale et sans culpabilité.

  2. le 18 nov 2009 à 12:32 ymdelisle

    « Concrètement, cela donne ce qu’on voit aujourd’hui : la culpabilisation de la majorité, la funeste charte canadienne des droits et libertés, la manipulation des tribunaux, les demandes pour être traité différemment et les accusations de racisme lancées à tout vent. »

    Un peu fort M. Facal. Mais……ce sont tous des arguments utilisés par les purs et durs pour nous sortir du Canada. Ça fait 40 ans que le Québec exigent d’être traité différemment. Ça fait des générations que les purs et durs traite les anglos de racistes. C’est Ok pour nous de traiter les autres de racistes, mais pas pour eux de nous traiter de raciste? What’s good for the goose is good for the gander, comme disent les « autres ».

    Que-ce-qu’il y a de funeste dans la Charte? Un Anglo serait-il justifié de dire que la Loi 101 est funeste?

    Manipulation des tribunaux? Dites-vous que les tribinaux peuvent être acheté? Donnez-nous un exemple ou un tribunal a pris une décision illègale?

  3. le 18 nov 2009 à 15:10 Gilles

    Les tribunaux ne prennent pas de décisions illégales ymdelisle. en effet. Mais expliquez nous comment par exemple deux tribunauix dits inférieurs peuvent être renversé par un triobunal dit supérieur ou suprême ?

    Qu’est-ce qu’il y a de funeste dans la Charte, celle de Trudeau s’entend, alors qu’elle est légale bien entendu. elle est légale mais de l’avis de tous les experts, elle est avant tout politique, ayant été concoctée dans un but précis. Et je pense bien que je n’ai pas à vous faire un dessin. Même si son dessin est limpide.

    Et le rapatriement de la Constitution, c’était légal. Évidemment. Bien qu’à ce sujet la Cour a dit que c’était illégitime si mon souvenir est bon.

    Est-ce qu’un anglo peut dire que la Loi 101 est funeste. Bien entendu et il ne s’en prive pas dailleurs. Lisez The Gaxzette. Et la loi 104 itou. Elle est funeste parce qu’elle empêche des personnes qui n’en ont pas le droit de se transformer en ayants droits. Ça ne coûte que queles dollars. C’est légal ymdelisle, c’est légal…

  4. le 19 nov 2009 à 2:58 Steeve

    « Mais l’idéologie qui conduisit à ce cauchemar est toujours très vivante. Elle a simplement revêtu de nouveaux habits. [...] la contestation permanente des sociétés occidentales revêtirait désormais les habits neufs du «pluralisme identitaire». »

    Bonjour M. Facal

    il y a deux pré-requis auxquels vous faites allusion et que je ne suis pas d’accord : celui du cauchemar qu’a engendré le communisme et celui de la comparaison entre le « pluralisme identitaire » avec le communisme.

    Sur le cauchemar qu’a engendré le communisme :
    - Vous généralisez le communisme avec ce que la RDA a fait.
    - Vous faites un procet d’intention en disant : « l’ouvrier ne voulait pas liquider le bourgeois, mais en devenir un. »

    Sur la comparaison entre le « pluralisme identitaire » avec le communisme.
    – Vous caricaturez les communistes.
    – Vous caricaturez le pluralisme identitaire.

  5. le 19 nov 2009 à 6:53 Michel Marceau

    Le séparatisme colle bien à la définition d’un funeste virus: une lutte pour obtenir la reconnaissance légale de la différence, et la réparation des torts supposément subis à cause d’elle.

  6. le 19 nov 2009 à 7:09 Michel Marceau

    Une autre citation intéressante, cette fois-ci se Jacques Parizeau dans son dernier livre: « Un régime imparfait qu’on connait bien et qu’on peut amender vaut mieux que la recherche d’une perfection que l’on prends des années à apprivoiser. »

    Il parlait du système parlementaire britannique et non de l’indépendance du Québec, mais…

  7. le 19 nov 2009 à 12:07 Simon-Pierre Savard-Tremblay

    Très juste analyse M. Facal! Il y a effectivement dans ce multiculturalisme idéologique la même conception marxiste d’une dialectique exploiteur/exploité, dominant/dominé. C’est pourquoi la majorité est culpabilisée. D’ailleurs, Marx affirmait que les prolétaires n’avaient pas de pays. Dans le cas du Québec, on nous aura servi les mauvais traitements aux amérindiens, l’antisémitisme des années 30-40, les propos de Jacques Parizeau et d’Yves Michaud, la fermeture face aux immigrants et à la communauté anglophone, etc. Dire que les nationalistes des années 20 ont mis plus de 50 ans à politiser le nationalisme et à construire une histoire nationale afin de renforcer la conscience collective identitaire des canadiens-français (puis des québécois) et que le travail de sape des pseudo-intellectuels officiels de l’élite gauchisante aura démoli ce travail en vingt ans. Heureusmeent, l’attachement à la nation est encore très grand dans la population. Il faut désormais l’utiliser et permettre son affirmation.

  8. le 23 nov 2009 à 13:34 Normand ajoindre

    Bonjour Monsieur Facal,

    Votre analyse est très inétressante.

    Moi, je dirais que les penseurs humanistes et respectueux de la personne humaine ont surtout retenu l’aspect du principe « l’homme et ses droits » en opposition à celui de « l’homme sous le contrôle de l’homme ».

    Ainsi découvrit-on la pierre angulaire de la démocratie.

    Pour définir la composition d’une société, peut-on bafouer ce dogme (« l’homme et ses droits ») ?

  9. le 23 nov 2009 à 20:40 Robert Lachance

    D’accord pour le changement démocratique.

    Sujet qui change un peu de l’ordinaire. C’est stimulant et instructif en plus.

    Entre le Canada et le Québec, il n’y aura jamais de mur à cause du football, le vrai, pas le soccer, et du hockey, le commercial, pas l’amateur, si l’Outaouais ne suffit pas. Que de virgules !

    Enfin, de 2008 à 2108, j’espère.

    Pour sa tranquilité d’âme et son espoir en l’avenir, ma mère aimait bien le Frère André. Dans les moments de déprime, je lis du Jean-François Lisée et et je prosélyte. Régis Labeaume, un petit gars de Roberval maintenant maire de Québec dirait je vends.

    Je me cite citant Jean-François:

    « Le déclin du français hors-Québec. De décennies en décennies depuis 1951, d’un recensement à l’autre, le tableau 20 de la présentation illustre que l’usage du français hors-Québec décline (p. 135 dans Sortie de secours). Alors que le % de ces Canadiens capables de soutenir une conversation assez longue sur divers sujets en français ne décroît que de 8,2 en 1951 à 7,6 % en 2001, le % de ceux dont la langue maternelle est le français tombe de 7,3 à 4,5; de 1971 à 2001.

    Le pourcentage de Canadiens hors-Québec utilisant le français à la maison chute de 4,3 à 1,9. Le rêve porté par Trudeau d’un Canada bilingue ne se réalise pas. En Colombie-Britannique, plus de Canadiens ont le chinois 31 %, le pendjabi 12 % et l’allemand 9 % comme langue maternelle que le français 6 %. Au Canada hors-Québec, en 2001, plus de Canadiens ont le français, 17 %, comme langue maternelle que le chinois 15 %. Est-ce encore le cas en 2006 ? Sera-ce le cas en 2011 ? »

    J’ai eu un peu de difficulté à visualiser votre mur invisible M. Facal. À l’impossible nul n’est tenu dit-on ! Y suis-je parvenu ? D’un côté, l’obligation de multiculturalisme en raison de la dépendance à l’immigration pour la prospérité du ROC, de l’autre, l’obligation à l’intégration et à la sur-natalité pour le français encore vivant sinon prospère en Amérique en 2108.