Le mépris
16 août 2010 par Joseph Facal
Le journaliste Sébastien Ménard nous apprenait l’autre jour que le ministère de l’Éducation a discrètement mandaté un «religiologue» pour dresser une liste de 35 fêtes jugées importantes dans les religions catholique, musulmane, orthodoxe, juive, hindoue, bouddhiste et sikh.
C’est pour «aider» les écoles, dit le ministère, à planifier les activités scolaires et la tenue des examens sans heurter les susceptibilités religieuses de personne. Presque à l’unanimité, le milieu de l’éducation s’est insurgé.
La bonne foi et la compétence du monsieur mandaté ne sont pas en cause. Il fait le boulot pour lequel on le paie. Je ne doute cependant pas qu’il se trouvera un Raëlien pour protester contre l’oubli du jour où Raël a été emmené en soucoupe volante par les extra-terrestres.
Je ne devrais pas rire, car la tournure d’esprit des fonctionnaires qui lui ont confié ce mandat suinte le mépris de partout.
Le mépris, d’abord, envers la majorité des parents. Le ministère sait évidemment que ces derniers ne veulent pas qu’on chamboule le calendrier pour accommoder les minorités religieuses. Il fait aussi semblant d’ignorer qu’ils sont à 83 % catholiques. Il a donc procédé en catimini, espérant réussir à voler sous le radar.
Le mépris, aussi, envers les enseignants. Le ministère sait pertinemment qu’ils sont contre, mais depuis quand se soucie-t-il de ce qu’ils pensent ? On nous dit que les enseignants ne sont pas «obligés» d’utiliser ce calendrier, mais, si on a pris la peine de l’élaborer, c’est bien afin qu’ils s’en servent, non ? Pas besoin d’«obliger» formellement pour que ceux d’en bas comprennent ce qui est attendu d’eux. On nous avait fait le même coup avec les manuels scolaires entièrement écrits selon la philosophie des compétences transversales.
Un mépris subtil, ensuite, envers les minorités religieuses elles-mêmes. Généralement issues d’une immigration récente, on les traite ici comme de petites choses fragiles, incapables ou non désireuses de s’adapter, ultra-susceptibles et qui, incidemment, n’avaient rien demandé. C’est donc, comme toujours, au système de s’adapter aux minorités, plutôt que l’inverse.
Le mépris, enfin, de ceux qui ont conçu cette aberration envers eux-mêmes. Pour eux, une école québécoise laïque, ce n’est pas une école qui ne fait la promotion d’aucune religion. C’est au contraire une école qui s’assure de n’en oublier aucune. Si c’est ce que ces gens pensent vraiment, pourquoi ne le disent-ils pas ouvertement ? Pourquoi ne pas avoir le courage de leurs convictions ?
On ne compte plus les cachotteries aberrantes concoctées dans les entrailles de ce ministère et dévoilées par un journaliste qui fait son travail ou un fonctionnaire qui a un problème de conscience. À chaque fois, on essaie de nous faire croire que l’initiative repose sur un «interculturalisme» québécois dont on est toujours aussi incapable de nous dire en quoi il est concrètement différent du multiculturalisme à la canadienne.
Vous auriez tort de penser que ce ministère est comme un hôpital psychiatrique dont une poignée de patients aurait pris le contrôle. Ces gens-là savent exactement ce qu’ils veulent. Ils ont décidé de vous enfoncer dans la gorge une sorte d’école et de société dont vous ne voulez pas. Mais c’est évidemment pour votre plus grand bien.
18 réponses à “Le mépris”
[...] This post was mentioned on Twitter by ToileBec and Richard Généreux, Les analystes. Les analystes said: Joseph Facal : Le mépris http://bit.ly/cvKuP4 [...]
Monsieur Facal, pensez-vous que si c’était le PQ qui était au pouvoir, ça se passerait comme ça?
Ou bien si le gouvernement du PLQ veut absolument flatter son électorat acquis dans le sens du poil?
Amusant, vous vous êtes fait « twitter » en langue « bilingue »!
Je phantasme depuis 30-35 ans qu’un gouvernement ait le courage de fermer ce ministère ou à tout le moins d’y faire un grand ménage. Mais je n’y crois plus beaucoup. Le ministère de l’Éducation est l’exemple même de la bêtise bureaucratique et, s’il n’est pas le seul, c’en est le champion toute catégorie.
C’est d’autant plus triste qu’il s’agit de l’avenir du Québec, de son peuple déjà en difficulté en Amérique du Nord.
J’oubliais que ces gens envoient probablement leurs rejetons à l’école privée subventionnée (pas fous -?-) et que l’école publique n’est pour eux qu’un laboratoire de recherche (mais un laboratoire dirigé par des savants fous comme dans les films de James Bond).
L’obsession idéologique règne, là comme ailleurs : la réalité importe peu car il y a des objectifs non avoués à faire passer. Le cours de conditionnement idéologique aux accommodements multidirectionnels dits raisonnables i.e. le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) en est le plus récent exemple. Ce cours semble avoir été conçu dans le but de conditionner la jeunesse, et au-delà la société entière, à accepter toutes les différences « culturelles » sur un même pied. Autrement dit nous sommes tous des immigrés qui venons d’accoster sur le rivage en même temps. Oubliez la survie du peuple québécois, c’est dépassé, secondaire, archaïque, totalitaire, pas gentil du tout, voir criminel, etc. Et à cet égard il est minuit moins une.
Paul Gagnon
Dans ce beau Canada multiculturel à outrance, les francophones ne sont qu’une minorité parmi tant d’autres… C’est le but non avoué non?
Je prédis qu’à vouloir nous noyer, ce sont les tous Canadiens qui vont se faire assimiler…
Écoutez, madame Chouinard, le PQ dit avoir pris un virage identitaire sérieux, alors j’ose espérer qu’au pouvoir, il ne cautionnerait pas des initiatives commes celles-là.
Le problème, selon moi, est qu’au ministère de l’Éducation, il y a des fonctionnaires qui ont leur propre «agenda idéologique» et qui cherchent à le faire avancer en catimini, indépendamment ou presque du pouvoir politique qu’ils sont supposés servir.
Quel pouvoir politique, exactement?
D’après mon humble avis, cela fait longtemps que le Québec n’est plus dirigé par les politiciens, mais plutôt par les milliers de fonctionnaires non-élus qui, depuis des décennies, sont devenus les véritables chefs d’état.
Qu’on l’aime ou non, le gouvernement de Stephen Harper est un des rares exemples d’un gouvernement qui n’hésite pas à passer au-dessus de ses petits gestionnaires.
Or, au Québec, la majorité des politiciens sont trop faibles pour s’opposer à la bureaucratie qui a fini par contrôler notre société. Toujours plus d’état.
Des maisons d’édition québécoises ont renonçé à publier des documents destinés à supporter le cours ÉCR, car ils ne savent pas ce qui arriver du programme ( Le Devoir, 14 août 2010). Ce programme, qui a certainement influencé les concepteurs de ce calendrier, mérite la poubelle, à l’exception de sa partie éthique.
Les fonctionnaires du MELS n’ont rien à faire. Alors ils pondent des programmes ! Mon expérience comme professionnel au gouvernement m’a appris que rien ne sort des ministères sans approbation politique.
Joseph parle de projet collectif mobilisateur pour faire avancer le Québec. Un sérieux ménage dans le réseau de l’éducation qui redonnerait le pouvoir aux parents et aux directions d’écoles pourrait être mobilisateur. Il y a trop de monde dans l’appareil bureaucratique scolaire qui n’enseigne pas et ne donne pas de services aux parents, foi d’un ex-commissaire d’école.
Merci monsieur Facal, ça répond parfaitement à ma question.
Joseph nous dit que le problème serait «qu’au ministère de l’Éducation, il y a des fonctionnaires qui ont leur propre «agenda idéologique»».
je suis tout à fait convaincu que c’est exactement là où se situe le problème. Et il n’est pas seulement au Ministère de l’Éducation.
Mais si c’est comme ça, c’est d’abord parce que les autorités supérieures du ministère, je parle du ministre au premier titre, n’ont pas une vision claire des choses ni d’objectifs précis en cette matière.
Ensuite il en découle qu’il ne peut pas y avoir de véritable reddition de comptes dans la structure à propos de ces enjeux de société.
C’est pourquoi des fonctionnaires font ce qu’ils veulent.
Joseph compte sur une orientation claire du PQ quand il reprendra le pouvoir, compte tenu de son virage identitaire réaffirmé récemment. Je souhaite Joseph que vous ne vous trompiez pas.
Et j’ai hâte de voir ça. Permettez de rappeler que certaines décisions antérieures prises sous la gouverne de monsieur Landry ont amoindri de grands pans de ce qui devrait être une orientation de base pro Québécoise d’un gouvernement du Québec qui se définit d’abord et avant tout comme Québécois…
Par exemple, quand c’était le temps d’agir, Landry minounait. Et aujourd’hui il remplit des pages dans les journaux pour réclamer que la Loi 101 s’applique aux CEGEPS.
Autre exemple, on a changé radicalement des choses fondamentales dans l’enseignement de l’histoire nationale. Y compris en réduire l’importnce. Et ça, ça c’est passé sous un gouvernement péquiste.
Et dans le moment, c’est la gang de Charest qui fait la pluie et le beau temps. Et ça risque de durer pendant encore trois longues années.
Excellent commentaire Mr. Facal. Nous sommes la majorité mais on doit se plier aux volontés de tout le monde. Il est possible d’être accueillant tout en conservant nos traditions et moeurs. Le rêve du ministère de l’Éducation du Québec: créer des millions de petits Québécois à l’image de Pierre-Elliot Trudeau, ce grand adepte du multiculturalisme; créer une société aseptisée, sans débats, sans identité, malléable à volonté, dominée par une « élite » de hauts fonctionnaires et de politiciens, éliminé le nationalisme, imposer le socialisme, etc. Un vrai cauchemar nous attend si nous laissons les hauts fonctionnaires nous diriger. Car, à quoi servira-t-il alors d’alller voter ??? C’est à un détournement de démocratie que nous assistons. Les politiciens ont démissionné face aux bonzes de ce ministère.
Joseph Facal ferait probablement le meilleur Ministre de l’éducation dans un éventuel cabinet Marois s’il était disposé à mettre un peu d’eau dans son vin.
M. Facal, vous feriez un meilleur Premier Ministre que Pauline Marois tout court. À quand votre tour?
Nous avons besoin d’un leader avec une vision du Québec, qui n’a pas peur de dire les vrais choses et de s’attaquer aux vrais problèmes.
Loin de moi l’envie de diviser les forces indépendantistes, mais je ne crois malheureusement pas que Mme Marois va réussir à susciter l’engouement nécessaire pour réaliser la souveraineté du Québec. Comment fera t-elle pour réunir tous ces gens plus « conservateurs » de Québec qui ne s’identifieront jamais au PQ sous sa gouverne? Vous êtes le seul actuellement qui pourrait réunir la gauche souverainiste et la droite nationaliste sous un même parti.
Vous l’avez mentionné dans votre dernier livre. Nous nous trouvons à un carrefour déterminant pour l’avenir de notre nation. Devons-nous absolument attendre un autre trois ans avant qu’une défaite du PQ relance la course à la chefferie? Il est temps que l’opposition souverainiste récolte les déboires du PLQ et de ces scandales, et ce n’est manifestement pas le cas actuellement.
Je verrais bien M Facal comme ministre du Plan visant la réforme de l’État du Québec pour en optimalisé la fonctionnalité.
Ce Plan pourrait s’articuler en deux temps. À l’intérieur du cadre constitutionnel; et à l’extérieur de ce cadre.
M Facal donnerait de la crédibilité à ce Plan,dont la pertinence ne fait que s’affirmer de jour en jour.
« Nous avons besoin d’un leader avec une vision du Québec, qui n’a pas peur de dire les vrais choses et de s’attaquer aux vrais problèmes. »
Je ne mets pas en doute les capacités de monsieur Facal. Mais je me méfie d’un certain syndrôme…
Par exemple, bon nombre de fédéralistes aujourd’hui nous parlent de Parizeau et Legault comme étant de bons hommes. Mais dans le temps qu’ils étaient là, ils n’auraient pas voté pour eux et ne leur accordaient aucune crédibilité!
Aujourd’hui, certains fédéralistes admirent sûrement monsieur Facal, mais seraient-ils pour autant convaincus de voter PQ s’il en était le chef?
Pour ce qui est de dire les vraies affaires, Parizeau en paie encore le prix… Et le PLQ s’est fait réélire en mentant plein son derrière… Alors je sais pas si vraiment c’est ce que veut une majorité de Québécois, se faire dire les « vraies » affaires?
Et pour ce qui est de Marois, je pense qu’on la sous-estime!
Les dépendantistes s’en prennent tout le temps à Pauline Marois. Mais elle a le plein contrôle sur son parti et comme Carole l’écrit, elle est sous-estimée.
De plus, les dépendantistes parlent en bien de péquistes qui ne sont plus députés et en mal de tous les députés péquistes actuels. Pitoyable !
Carole, vous m’avez bien fait rire avec votre expression » en mentant plein son derrière « . Je ne l’avais jamais entendu celle-là.
Bonsoir,
Vous avez encore une fois frappé dans le mille ! Qui à part vous aurait osé faire apparaître ce qui, jusqu’ici, s’était presque perdu en plein été ?
….. « Ces idéologues ont décidé de vous enfoncer dans la gorge une sorte d’école et de société dont vous ne voulez pas. Mais c’est évidemment pour votre plus grand bien » , dites-vous.
Vous avez bien raison M. Facal, ce sont de vraies punaises de matelas : ils s’infiltrent partout, sans que l’on s’en aperçoive.
Mais ne les aide-t-on pas un peu par manque de vigilance de ministres?
- L’exemple de Garon et Marois que je rappelais dans « Le bon combat », en était un « frappant » : deux de ces « idéologues », Robert Bisaillon et Inchauspé y étaient arrivés.
Et en tuant (je l’espère) cette incroyable idée, vous mettez, aussi, en lumière cette autre aberration sous Mme Courchesne (c’est vrai c’est pas elle, c’est ma soeur…), c’est à dire son premier essai de « calendrier scolaire » pour avantager une communauté juive de …2%.
- Cette 2ème tentative, cette fois, de calendrier pour les fêtes des 7 grandes religions me semble s’inscrire dans la logique de ce gouvernement qui a appuyé, me semble-t-il) les recommandations : de la FFQ ; de Bouchard-Taylor et du « Manifeste pour un Québec pluraliste » ?
De plus, Mme Couchesne qui a navigué beaucoup dans ce ministère : n’est-elle pas aussi un peu responsable ?
Bonne nuit,
JRD
Lorsqu’au primaire, j’habitais à Montréal, l’école a voulu m’apprendre le système de NOVA. Dans ma petite tête, je ne comprenais pas où on voulait m’amener. Mes parents non plus d’ailleurs.Depuis, il semble que rien n’a vraiment changé. Ce qui fait qu’en 2010, je suis en accord avec les commentaires de M. Paul Gagnon.
J’allais écouter Le mépris de Jean-Luc Godart 1963 pour mieux visualiser le terme en titre. Je n’ai pas trouvé chez Vidéotron. Je me suis donc replié sur la définition, les synonymes et les antonymes du Laboratoire CRISCO de l’université de Caen à portée d’Internet. Voici:
A – 1 Sentiment par lequel on considère quelque chose ou quelqu’un comme indigne d’estime ou d’intérêt.
B – 1 Attitude de réprobation morale par laquelle on considère que quelque chose ou quelqu’un ne vaut pas la peine qu’on lui porte attention ou intérêt.
B – 2 Attitude par laquelle on considère que quelque chose d’important ou ayant du prix ne vaut pas qu’on lui porte attention ou intérêt.
Synonymes: affront, arrogance, avanie, camouflet, couleuvre, déconsidération, dédain, dégoût, dérision, désaffection, désintérêt, distance, hauteur, inconsidération, indignité, mésestime, morgue, négation, pilori, pitié, rebuffade, refus, superbe.
Antonymes: admiration, adoration, attention, considération, crainte, culte, déférence, désir, égard, envie, estime, intérêt, respect, soin, vénération.
Fort de cette information, je résume l’article ainsi: l’auteur dénonce avec vigueur la tournure d’esprit de fonctionnaires qui suinte le mépris envers la majorité des parents, les enseignants, les minorités religieuses et envers les concepteurs de l’aberration eux-mêmes laïques. Il affirme que le MELS cherche à imposer une sorte d’école et de société dont il ne veut pas. Il a une désaffection pour le multiculturalisme à la canadienne furtivement avancé sous l’étiquette interculturalisme. La raison du plus faible en appelle à notre désapprobation et colère. Elle s’exprime contre un enfer conceptuel pavé de bonnes intentions.