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Le gentil voisin

Dès qu’il est question de terrorisme, beaucoup de gens chez nous font comme si le Québec et le Canada étaient dans une sorte de bulle qui nous mettrait à l’abri de cette réalité, qui n’existerait que dans de lointaines contrées ou pour les méchants Américains.

La semaine dernière, trois jeunes hommes ont été arrêtés à Ottawa par la GRC. On a découvert chez eux du matériel permettant de fabriquer des bombes avec lesquelles ils projetaient de commettre des attentats. Pas à Kaboul. Ici, chez nous.

Ce groupe posait «une menace réelle et grave». Ce n’est pas Stephen Harper, le «matamore», qui parle, mais le porte-parole de la GRC, qui n’a ici aucun intérêt politique ou idéologique à tordre les faits.

Malgré cela, nos esprits sont imprégnés par un discours qui ressemble plutôt à ceci : dans des pays du Moyen-Orient pauvres et maintenus sous tutelle par un Occident qui ne veut que leur pétrole, des jeunes désœuvrés et sans espoir donnent un sens à leur vie en s’attaquant à ce qu’ils perçoivent comme la cause de leur misère personnelle et de celle de leurs peuples. Le fond du problème serait donc économique, politique et sociologique.

Il est vrai que les États-Unis, en particulier, et l’Occident, en général, ne sont pas irréprochables. Il est vrai aussi que plus de prospérité économique, moins d’inégalités sociales et des classes moyennes robustes feraient baisser la tension dans cette région du monde. Mais revenons un instant aux jeunes hommes arrêtés jeudi dernier.                                                              

Khurram Syed Sher, 28 ans, est né au Canada. Médecin formé à McGill, il a longtemps vécu sur la rue Nancy, à Brossard, avec sa femme et ses trois enfants. Amateur de hockey-bottine, il a aussi participé à l’émission de télé Canadian Idol. Son acolyte, Misbahuddin Ahmed, 26 ans, est technicien en radiographie à l’hôpital d’Ottawa.

Peu de temps auparavant, un autre jeune homme avait tenté de faire sauter une auto à Times Square, en plein cœur de New York. Il était analyste financier au Connecticut. Lui non plus n’avait rien à voir avec le profil-type du paumé qui devient terroriste par désespoir.  On a affaire ici à des jeunes qui ont grandi chez nous, qui sont instruits et qui occupent des positions sociales enviables.

On comprend maintenant mieux ce phénomène. Pour toutes sortes de raisons, une crise survient dans leurs vies et les déstabilise. Leur route croise alors celle d’un recruteur islamiste, expert de la manipulation psychologique, qui canalise leur désarroi vers l’action terroriste, tout en leur offrant soutien et réconfort. Le recrutement se fait maintenant moins dans les mosquées, trop surveillées, et davantage sur le web.

Quand sa femme a mis au monde un de leurs bébés, Syed Sher distribuait, paraît-il, des biscuits à ses voisins de Brossard pour partager sa joie. Et alors ? Il a droit à la présomption d’innocence et le procès, si on se rend jusque-là, devrait clarifier bien des choses. L’Histoire est cependant remplie des semeurs de mort qui étaient des maris et des pères de famille exemplaires.

Il n’y a jamais d’explication simple et unique d’un phénomène complexe, mais il est angélique de s’imaginer que nous serions à l’abri du danger parce que nous n’aurions rien ou presque à nous reprocher.

17 réponses à “Le gentil voisin”

  1. le 30 août 2010 à 14:19 Robert Lachance

    La barre est haute !

    D’abord un commentaire sur cette phrase du sujet:

    … Il est vrai aussi que plus de prospérité économique, moins d’inégalités sociales et des classes moyennes robustes feraient baisser la tension dans cette région du monde. …

    Sans aucun doute. J’ajouterais une moyenne d’âge au dessus de 40 ans et un taux d’engendrement sous le seuil du renouvellement de la population aborigène. Nous ne sommes pas en danger de guerre comme eux. Ils en ont pour des décennies à se battre entre eux avant de venir nous déranger sérieusement autrement que par l’immigration. J’estime à partir de la lecture (connaissance) de Guy Spitaels, La triple insurrection islamiste, 2005. D’accord, ça ne fait pas de moi une compétence.

    Maintenant, j’imagine qu’il n’y a pas de lien entre le sujet abordé aujourd’hui et l’attentat dont votre blogue a été victime pour une deuxième fois en moins d’un an la semaine dernière selon toute apparence par des islamiques. À ma connaissance, ça vous a apporté plus de visiteurs que de mal à chaque fois.

    Ça saute aux yeux que dans la colonne de droite votre photo et la fonction de ce blogue ont été remplacés par nous, cinq derniers commentateurs, et je me donne un temps pour juger des retombées économiques de cette évolution.

    C’est moins évident que vous êtes seul maître chez-vous. Nous sommes plus en évidence et ça m’a déjà rapporté un visiteur, une chose que j’attends depuis plus d’un an, je ne le cache pas.

    Je ne sais plus qui adressait cette prière à Dieu, de mémoire: « Seigneur, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ». Si nous sommes en pertes démographiques, notre principal problème de l’heure depuis 30 ans, ce n’est pas la fautes des islamistes. Est-ce encore la faute des fédéralistes Mme Chouinard, des dépandantistes M. Tremblay ?

  2. le 30 août 2010 à 16:28 Marc Tremblay

    Je ne vois pas pourquoi des islamistes s’en prendraient au blogue de M. Facal. Il n’a jamais manifesté d’animosité envers les musulmans Et c’est quoi cette pique, Robert Lachance,à Carole Chouinard et à moi. Aucun rapport.

    Pour revenir à ces terroristes possibles, je pense qu’on en serait probablement pas là si le Canada ne s’était pas aligné sur les É.U., comme il le fait en Afghanistan. Cela n’excuse pas le terrorisme, bien entendu mais peut l’expliquer.

  3. le 30 août 2010 à 19:43 Carole Chouinard

    Marc Tremblay

    Cette pique vient de quelqu’un qui s’imagine qu’on met tous les maux de la terre sur le dos du fédéralisme alors qu’on ne met sur son dos que les maux qui le concernent.

    Concernant « le gentil voisin », ce que je crains c’est que ça nous rende encore plus méfiants envers les musulmans. Déjà, en particulier depuis les attentats de New York, plusieurs les voient d’un autre oeil. Comme faisant partie d’un groupe où il y a des individus potentiellement dangereux.

    Et là même le gentil voisin, celui qui nous empêche de généraliser, peut faire un 360 du jour au lendemain?

    Parfois, un homme devient violent après un divorce, il fait une dépression nerveuse grave, il pète les plombs et devient meurtrier. Ce que cette affaire suggère, c’est que lorsqu’un musulman pète sa coche, il y a des chances qu’il devienne endoctriné par des terroristes? Que son drame familial devienne national?

    Oui… je crains que cette affaire ne nous rende encore plus méfiants.

  4. le 30 août 2010 à 21:51 Paul Gagnon

    Que «les États-Unis, en particulier, et l’Occident, en général, ne sont pas irréprochables». Bien sur, c’est cela l’histoire, enfin c’est aussi cela.

    En 1830, le roi de France Charles X envoya son armée s’emparer d’Alger. La raison ou le prétexte: la piraterie à laquelle se livraient ceux qu’on appelaient les barbaresques ou les maures en Méditerranée et sur les côtes du sud de la France, entre autres, et cela depuis des siècles. Un de leurs objectifs étant la capture d’esclaves.

    Tous les pays musulmans devaient tomber, entre 1830 et 1914, sous la domination directe ou indirecte des puissances européennes sauf l’Empire Ottoman, du moins ce qui en restait, quelques oasis en Arabie et l’Afghanistan qui servait de tampon entre les empires russes et britanniques.

    Lorsque les anglais entrèrent dans Istanbul-Constantinople en 1918 et tentèrent de faire de la Turquie un protectorat comme l’Égypte, ils déclenchèrent une révolte des turcs et des émeutes dans les pays musulmans, jusqu’en Inde.

    Depuis les musulmans ont secoué le joug colonial, pour commencer, entre 1945 et 1962. Certains d’entre eux, parmi les plus extrémistes, voudraient recréer un Grand Empire Islamique selon des préceptes supposés remonter au VII° siècle. Ensuite terminer la conquête du monde, du moins à ce qu’on dit. On dirait un film de James Bond. Et pourtant il y a eu le 11 septembre 2001.

    Dommage que les États-Unis, leader par défaut de l’Occident, n’ait eu à offrir que les politiques complètements déconnectées de Georges II Bush et de sa clique. Pour ma part j’ai de moins en moins confiance en Obama. À peine un mince espoir…

  5. le 30 août 2010 à 21:55 Gilles

    Ce qu’ils sont ravis à Tawa vous avez pas idée. Enfin ils ont leur terroristes qui s’attaquent à leur beau plus meilleur pays.

    Maintenant on a des bonnes raisons pour aller guerroyer aux antipodes, ils nous agressent. Enfin ils nous agressent…

  6. le 31 août 2010 à 6:24 Twitted by josephfacal

    [...] This post was Twitted by josephfacal [...]

  7. le 31 août 2010 à 8:26 Robert Lachance

    Marc et Carole, j’ai honte de cette phrase où je vous mentionne ci-dessus. Elle est là trop tôt, minimum. Elle invite à dévier du sujet. Veuillez tous m’excuser.

    J’avoue que j’ai hâte de lire à nouveau du Victor Beauchesne. Il apporte une vue différente qui élargit nos conversations. Il n’a rien écrit depuis Que faire ?, 18 août. Il avait été généreux. Sans doute qu’il choisit plus sagement que moi les sujets où contribuer.

    Comme vous Marc, je ne vois pas pourquoi les Islamistes s’en prendrait au blogue de notre hôte. Je vous signale cependant que le 9 décembre dernier son article Tintin chez les Helvètes pour avoir été cité sur Point de bascule, je dirais à la GRC, lui a valu le lendemain des tonnes de visiteurs: plutôt 180 tonnes que 22 en moyenne par jour le mois précédent.

    J’accuse réception et j’accepte votre rectification à mon imagination Mme Chouinard.

  8. le 31 août 2010 à 9:53 Marc Tremblay

    Carole Chouinard,

    Comme à votre habitude, vos propos sont très pertinents.

    Ces musulmans sont innocents jusqu’à preuve du contraire. D’ailleurs, les accusations de complot indiquent que des activités terroristes auraient pu avoir lieu à Ottawa, en Iran, en Afghanistan, au Pakistan et à Dubaï.

    J’ai des amis iraniens et magrhébins et tous sont contre l’intégrisme musulman. Mais comme vous le dites en substance,on a tendance à mettre tous ces gens dans la même case.

    Robert Lachance,

    J’apprécie vos excuses, bien qu’elle semblent un peu mitigées. En effet, vous écrivez que cette phrase était là trop tôt. Je trouve qu’elle n’avait aucun rapport et n’en aura jamais. Mais vous avez fait un effort.

    Quant à Victor Beauchesne, il est dépendantiste, ce qui n’aide pas sa cause qui nous mène à rien.

  9. le 31 août 2010 à 20:14 Carole Chouinard

    Robert Lachance

    En ce qui me concerne, faute avouée est toujours complètement pardonnée. ;-) Non seulement j’accepte vos excuses mais je vous en remercie car les gens capables de cela sont particulièrement rares, surtout derrière un écran.

  10. le 31 août 2010 à 20:29 Carole Chouinard

    Merci Marc. Mes propos sont assez euh… simples, je parle là avec mon gros bon sens et mon coeur, certainement pas avec une connaissance approfondie du sujet.

    Anecdote… Ma fille a une amie musulmane qui a déjà refusé de manger de la pizza chez nous en prétextant une allergie au peperoni. Je le savais qu’elle était musulmane et j’ai trouvé triste qu’elle s’en cache. Ça démontre bien à quel point les musulmans ont peur du jugement.

    Depuis ce temps, je fais attention. Quand elle mange à la maison, on prend garde de lui offrir des choses qu’elle peut accepter sans problème (et sans doute dans sa tête!). Et aussi, avec le temps, elle s’en cache moins, avec la confiance j’imagine. Par exemple nous savons qu’elle jeûne en ce moment. En tout cas, je sais au moins qu’elle en parle ouvertement avec ma fille.

  11. le 31 août 2010 à 20:34 Carole Chouinard

    J’ai écrit trop vite mon message. Je dis que je savais qu’elle était musulmane mais je ne le savais pas au moment où je lui ai offert de la pizza. C’est son refus qui m’a fait allumer.

  12. le 01 sept 2010 à 10:32 Marc Tremblay

    Carole,

    Si vous permettez que je vous appelle par votre prénom, je trouve finalement que votre position face à Robert Lachance est meilleure que la mienne.

    Petit anecdote : mon fils cadet a quelque amis musulmans. Ils viennent manger à la maison et je fais attention pour leur servir des mets Halal i.e. où les viandes proviennent d’animaux abattus à la musulmane. De l’agneau, du veau, des merguez que j’achète dans une boucherie Halal.

    Des fois, je n’en ai pas. Alors je sers à ces amis des oeufs, du macaroni tomate fromage ou de la lasagne au tofu.

    L’autre jour, j’ai fait une blague : j’avais fait des hot-dogs et j’ai dit à l’ami de mon fils qu’elles étaient faites avec du porc halal. Il a ri aux larmes. Je lui ai servi autre chose.

    Mes propos sont sans rapport avec le texte de Joseph. J’en conviens.

  13. le 01 sept 2010 à 12:38 Carole Chouinard

    Marc,

    Pas si hors propos nos propos puisqu’ils parlent de nos gentils voisins.

  14. le 01 sept 2010 à 14:12 Normand ajoindre

    Bonjour Monsieur Facal,

    Je ne comprends pas pourquoi des gens quittent leur pays, c’est-à-dire leur lieu de vie où leur réalité comprenait tant de liens avec des gens ou des institutions identifiés à leurs valeurs très spécifiques et exigeantes pour aller vivre dans des lieux où les valeurs sont très différentes et, sur bien des plans, incompatibles avec les leurs. Moi, je n’irais pas émigrer dans des pays si je prévoyais ne pas vouloir m’intégrer suite à un désaccord (conflit) sur le plan de mes valeurs.

    Par ailleurs, je puis comprendre que ces gens qui ont décidé d’émigrer et qui n’ont pu s’adapter à cause des conflits dans leurs valeurs aient été exposés à des conséquences très traumatiques. Je pense surtout aux sentiments d’humiliation et d’impuissance.

    Comment un homme (car se sont surtout des hommes) peut-il se sentir heureux s’il se sent insécure et que sa famille le ressent ? Comment peut-il prendre des décisions quand le paradigme de la réalité qui l’entoure ne cadre pas avec l’enseignement qui l’a formé, ses valeurs et ses croyances ? Cet homme aura beau essayer de garder le contrôle, les chances sont grandes qu’il se décourage à un moment donné. Il deviendra alors une proie facile à ces organisations qui l’inviteront à se réhabiliter dans une mission qui fera de lui un héros.

    Certains diront que cela prend un esprit faible. Mais, n’est-ce pas un moyen pour eux de penser que c’est une bonne façon de chasser de leur pensée l’erreur d’avoir quitté leur pays où ils étaient si bien dans leur petite communauté ? Les activités d’un héros doivent occuper assez leur pensée pour faire oublier le sentiment d’échec. Non ? La nature et le sens d’une telle mission ne démontrent-elles pas qu’on possède un esprit fort ?

  15. le 01 sept 2010 à 15:15 Marc Tremblay

    Pour revenir au vif du sujet, je crois qu’en tant que Québécois et Canadiens, nous avons quelque chose à nous reprocher. Nous sommes citoyens d’un pays qui progressivement s’est éloigné de sa mission historique(maintien de la paix) pour épouser la réthorique guerrière des É.U. qui mènent une croisade contre des pays musulmans.

  16. le 03 sept 2010 à 23:04 Paul Gagnon

    … ET les islamistes (intégristes musulmans), de leur côté, mènent un djihad contre l’Occident depuis plusieurs années. Ce n’est pas mieux et pour ma part je n’apprécie pas beaucoup d’être considéré comme un mécréant par ces gens là. Pour les femmes occidentales c’est bien pire…

    En tant que québécois, je considère que je n’ai rien à me reprocher, personnellement, pour le rôle de moins en moins glorieux de « nos » soldats en Afghanistan (Karzaï n’en vaut pas la peine et les occidentaux risquent d’y être de moins en moins les bienvenus).

    Cependant, je ressens une certaine tristesse en pensant au sort des femmes afghanes qui ne risque pas de s’améliorer dans un avenir plus ou moins lointain. Ce serait plutôt le contraire.

    NB : les viandes provenant d’animaux abattus à la musulmane (ou « dhabiha ») fait référence à la méthode d’abattage rituelle prescrite qui « se pratique par une incision profonde et rapide avec un couteau effilé sur la gorge, de façon à couper les veines jugulaires et les artères carotides bilatéralement et rapidement, mais en laissant la moelle épinière, afin que les convulsions améliorent encore le drainage ». Comme dans les films de guerre quoi : un petit de couteau sec sur la gorge. Brigitte Bardeau n’apprécie pas!
    Les algériennes l’ayant subit, ces dernières années, de la part du GIA (Groupe islamique armé, 1991-2002+) n’ont pas du apprécier non plus…

  17. le 04 sept 2010 à 12:33 Robert Lachance

    Je n’ai pas suivi à partir du début. Cette semaine, que de brèves mises à jour dans Le Soleil.

    J’attends les mises en accusation avant de me préoccuper. Je ne me sens pas menacé et j’ai d’autres préoccupations en retard.