Le coureur de marathon
29 mars 2007 par Joseph Facal
Mario Dumont et l’Action démocratique semblent sur un élan irrésistible. Mais monsieur Dumont est assez intelligent pour savoir que rien n’est jamais joué d’avance. Dans une chronique publiée le 10 janvier 2004, j’avais écrit que monsieur Dumont devrait abandonner un parti qui n’allait nulle part, élargir ses horizons professionnels et revenir à la politique quelques années plus tard. J’avais même qualifié son parti, véritable particule à l’époque, de radeau à la dérive.
J’avais sous-estimé l’incroyable ténacité de ce diable d’homme qui a dû se faire dire des milliers de fois de tout lâcher. Ce n’était ni ma première ni ma dernière erreur de jugement, mais je tenais à me confesser d’au moins celle-là. Il faudrait être de bien mauvaise foi ou complètement aveuglé par la partisanerie pour ne pas être admiratif devant ce parcours de marathonien.
Ce qui ne veut pas dire que la victoire de monsieur Dumont aux prochaines élections est acquise d’avance. Sa progression fulgurante en matière de circonscriptions remportées ne doit pas faire oublier que sept Québécois sur dix n’ont pas voté pour lui.
Les limites de la simplicité
L’ADQ a aussi servi de véhicule à toutes sortes de ressentiments: celui envers les vieux partis, celui de certaines régions envers la condescendance des élites urbaines, celui envers l’étatisme souvent doctrinaire des péquistes, celui envers la mollesse des libéraux face à Ottawa, celui de ceux qui se sentent les otages de la polarisation entre souverainistes et fédéralistes.
Il sera extraordinairement difficile de faire un tout cohérent et constructif à partir de motivations si diverses, tout en gardant cette clarté et cette simplicité qui font la force du message adéquiste. On ne peut pas être tout pour tout le monde sans y perdre un peu de son identité. Encore plus si l’ADQ devait un jour gouverner et prendre des décisions forcément impopulaires.
Hier matin, j’écoutais une animatrice de radio se moquer de la maigreur des expériences professionnelles de plusieurs des nouveaux députés adéquistes, dont beaucoup ne s’attendaient évidemment pas à gagner. Son mépris donnait envie de hurler, mais le problème est réel.
On a beaucoup évoqué René Lévesque et l’équipe de 1976. On oublie qu’avec Louis Bernard, Jacques Parizeau, Claude Morin et d’autres, René Lévesque était entouré d’une garde rapprochée qui connaissait parfaitement les arcanes du pouvoir. Plusieurs des nouveaux députés adéquistes s’illusionnent s’ils pensent que la fraîcheur de leur regard leur permettra de trouver comme par enchantement des solutions auxquelles personne n’avait pensé avant eux.
Quand vous êtes nommé ministre, vos fonctionnaires se chargent rapidement de vous faire découvrir qu’il n’y a pas de réponses simples à des problèmes compliqués.
Viser le centre
Mario Dumont sait tout cela fort bien et va gommer les aspects les plus problématiques de son programme. Les bons d’études évoqués en 2003 sont disparus en 2007. La remise au travail des 25 000 assistés sociaux, dont l’immense majorité des employeurs ne veulent pas de toute façon, risque de connaître le même sort lors des prochaines élections.
L’une des grandes qualités de Mario Dumont, c’est justement cette formidable capacité à s’ajuster et à ne jamais faire la même erreur deux fois.
Au fond, sa stratégie est claire. Tout en cultivant cette image de celui qui dit les vraies affaires, ce disciple de Robert Bourassa courtisera les nationalistes francophones modérés. S’il réussit, il ne restera alors aux libéraux provinciaux, inconditionnellement fédéralistes, que les anglophones, les communautés culturelles et l’Outaouais.
Si le PQ fait l’erreur historique de s’en aller du côté des verts et de Québec solidaire, Mario Dumont contrôlera alors le centre de l’échiquier, là où se trouve le vrai pouvoir. Et il s’y installera pour longtemps.
