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Dans son discours inaugural, Jean Charest a expliqué ses difficultés en disant qu’il faut du courage pour prendre des décisions difficiles. Mais qu’est-ce que le courage en politique ? Et en a-t-il vraiment montré?

Mon dictionnaire définit le courage comme étant la fermeté devant le danger. Mais allez donc voir la définition du mot témérité : c’est l’attitude qui vous fait entreprendre quelque chose sans réflexion et sans prudence. Je soutiens que le premier ministre prend pour du courage ce qui n’est que de la dépense d’énergie brouillonne sur des sujets sans importance. Pourtant, Dieu sait que le Québec a aujourd’hui désespérément besoin de vrai courage politique, autant qu’en 1960 ou qu’en 1976.

Le Québec est devenu une société profondément conservatrice. Non pas conservatrice au sens où les idées de droite seraient devenues dominantes. Pas du tout. Le Québec est devenu conservateur au sens où nous sommes devenus réfractaires à des changements essentiels que d’autres nous imposeront si on ne les fait pas nous-mêmes.

Nous restons cramponnés à des réflexes collectifs frileux qui ne pourront plus durer bien longtemps. Nous nions des problèmes fondamentaux et, quand nous finissons par les admettre du bout des lèvres, ils sont la faute de quelqu’un d’autre et nous refusons de nous remettre personnellement en question.

Le Québec vit à crédit, ne peut plus financer convenablement ses services publics, refuse de voir que la concurrence asiatique va nous manger tout rond si on ne bouge pas, refuse de voir que la mondialisation rend complètement inopérantes les vieilles recettes des années 80.

Au moment où il faudrait donc du courage pour mobiliser notre peuple sur un petit nombre d’enjeux essentiels en expliquant qu’il faut se réveiller, Jean Charest gaspille le précieux capital politique dont dispose un gouvernement sur des dossiers triviaux.

Les mauvaises cibles

Prenez la longue liste des dossiers qui ont rendu ce gouvernement si impopulaire. Aucun d’entre eux n’est un dossier essentiel au redressement du Québec : les écoles juives, Orford, les garderies, le Suroît, la société des alcools, les défusions. Rien de cela n’est structurant, n’est fondamental, ne prépare le Québec pour affronter le tsunami qui s’en vient.

Tous ces cafouillages s’expliquent par de l’incompétence pure et simple, par des promesses inconsidérées sur lesquelles on n’a pas eu le courage de revenir en s’excusant, et sur les difficultés à distinguer les affaires de l’État et les affaires de la famille libérale. Où est le courage là-dedans ?

Tout n’était pourtant pas faux, loin de là, dans le diagnostic que portait Jean Charest sur le Québec en 2003. Il avait en face de lui un gouvernement péquiste usé par neuf années de pouvoir, devenu déconnecté des vraies priorités des Québécois, et qui se cramponnait à une vision dépassée de la social-démocratie qui confondait le progressisme avec le paternalisme étatique. Au fond, ce n’était pas une mauvaise chose que le PQ aille recharger ses batteries dans l’opposition.

Le vrai courage pour Jean Charest aurait été de ne pas attendre les lucides pour s’attaquer à la dette. Le vrai courage aurait été de faire une révision complète du financement des universités en rappelant les étudiants à leurs responsabilités au lieu de s’en prendre aux seuls étudiants qui touchent des bourses. Le vrai courage aurait été de réussir un vrai partenariat privé-public, un seul, plutôt que d’en parler. Le vrai courage aurait été d’expliquer que les services publics ne sont pas gratuits et de réintroduire des péages. Le vrai courage aurait été de s’attaquer aux vrais moteurs de la création de richesse : la productivité, la recherche, les infrastructures, la lutte au décrochage scolaire.

Le vrai courage, c’est d’accepter de souffrir pour ce qui en vaut la peine et donne de vrais fruits d’avenir. Pas pour construire des condos sur une montagne.