L’argent, pas le vote ethnique
9 novembre 2005 par Joseph Facal
Connaissez-vous monsieur Al-Rauf Al-Jiddi ? Moi non plus. Dommage, car si vous le connaissiez, vous seriez millionnaire. Le gouvernement américain offre en effet une récompense de cinq millions de dollars US à quiconque fournira des renseignements qui mèneront à son arrestation. Al-Rauf Al-Jiddi, voyez-vous, est un terroriste présumé, lié au réseau Al-Qaeda.
Il se trouve que ce charmant personnage est citoyen canadien. Devinez depuis quand, et vous gagnez une semaine au Club Med de Baghdad. Eh oui, depuis le mois… d’octobre 1995, quand l’usine à fabriquer de nouveaux citoyens canadiens tournait à plein régime au complexe Guy-Favreau.. À quelques jours du référendum de 1995, les fonctionnaires fédéraux faisaient des heures supplémentaires les fins de semaine pour naturaliser le plus grand nombre de personnes avant la date de fin des inscriptions sur les listes électorales. Il y eut, en 1995, 43 850 naturalisations, alors que la moyenne annuelle, entre 1988 et 1998, fut de 21 733. Comme disait Woody Allen, même les paranoïaques peuvent avoir de vrais ennemis.
Un monsieur nommé Bruno Ricca, qui a eu le courage de parler, raconte comment s’est passée sa cérémonie d’assermentation : « on se doutait qu’il y avait quelque chose de spécial qui se faisait. On voyait bel et bien que c’était la rapidité qui l’emportait sur les vérifications ». Et pour s’assurer que le message passait bien, un individu, dit-il, se promenait dans la salle sitôt la cérémonie terminée en disant : « maintenant que vous êtes citoyen du Canada, vous savez pour qui voter ».
Pourquoi je vous raconte ça ? Parce que le journaliste Robin Philpot vient de publier une enquête là-dessus qui se lit comme un roman policier, et parce qu’on voudrait, ces jours-ci, nous faire croire que le rapport Gomery tourne pour de bon la page sur toutes les basses œuvres d’Ottawa à l’endroit des Québécois. Quand Jacques Parizeau a déclaré que les souverainistes avaient été battus par l’argent et le vote ethnique, il s’est tragiquement trompé sur la deuxième partie de la phrase, mais il était en plein dans le mille pour la première partie.
L’argent
La question fondamentale est : les lois québécoises sur le financement politique furent-elles respectées pendant la campagne référendaire de 1995 ? La réponse va de soi. Quand on demande à John Rae, un des principaux stratèges du camp du NON, comment fut financée la manifestation de l’amour du 27 octobre 1995, il répond qu’elle fut le fruit de la « combustion spontanée et de l’immaculée conception ». Air Canada offrait pourtant le vol Vancouver-Montréal pour 199$ alors qu’il valait normalement 2054 $, et le vol Toronto-Montréal, à 492$ habituellement, se vendait 99$. Via Rail fit pareil. Des autobus furent nolisés par dizaines.
Le Toronto Star publia gratuitement la publicité partitionniste des Cris. Me Casper Bloom travailla à temps plein pendant cinq mois pour enregistrer sur les listes électorales des électeurs à l’extérieur du Québec pendant que son bureau d’avocats continuait à lui payer son salaire. On ne sait toujours pas non plus où sont passés les 4,8 millions de dollars de fonds publics versés à l’organisme Option Canada. Et la liste des faits indiscutables dressée par Philpot se poursuit page après page. Tous ces messieurs se vantent de leurs gestes, disent ne rien regretter et annoncent qu’ils recommenceront. Aucun d’entre eux n’a jamais été inquiété.
Après avoir noté que la loi québécoise est inopérante en dehors des frontières québécoises, l’ancien directeur général des élections du Québec, Pierre-F. Côté, concluait avec tristesse : « nous sommes dans un État de demi-droit au Canada, parce que nous n’avons pas la capacité de faire observer notre législation référendaire (…). L’un des éléments fondamentaux d’une démocratie, c’est la liberté. Alors jusqu’où va-t-on aller pour bafouer la liberté des individus et d’un peuple ? ».
